Une nouvelle étude de statistiques sociales particulièrement cinglantes confirme la présence de ce réel que les bac + quelque chose qui ont voté Macron dès le premier tour en 2017 refusent de voir.

Ce qui est évident pour les uns ne l'est pas forcément pour les autres et il faut, parfois, montrer l'eau chaude à nos gouvernants et à nos dirigeants qui du centre de leurs métropoles sécurisées, opulentes et confortables, car ils ne se donnent plus la peine de la faire chauffer...

La fracture sociale, culturelle, économique, territoriale est devenue évidente pour tous les observateurs qui ont gardé les yeux grand ouverts. L'accès de la jeunesse aux études supérieures, qui aurait été un sujet majeur d'une politique publique de l'aménagement et de péréquation du territoire qui n'existe plus, est l'objet de cette étude dont les résultats devraient alarmer tous les décideurs politiques.

Cette étude confirme de façon implacable l'évidence: plus on vient de province et du plus profond de sa province, plus il est difficile de faire des études supérieures dans une métropole.

La Normandie, de par la structure socio-professionnelle de sa population, sa géographie humaine, sa culture sociale, son économie régionale et sa géographie urbaine, est directement concernée: la jeunesse normande est (ou était il y a peu encore) une jeunesse essentiellement rurale dont les éléments les plus talentueux et ambitieux convergent vers les universités et grandes écoles de Caen, de Rouen ou du Havre (quand elle ne va pas plus loin encore à Paris, Nantes et Rennes pour ne pas revenir ensuite en Normandie) tandis que demeurent des poches de difficultés socio-scolaires importantes dans la jeunesse des petites villes de la Normandie rurale ou dans les quartiers périphériques des grandes agglomérations.

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Nous l'avons déjà écrit ici plusieurs fois:

Le déclin normand dans la division régionale et dans le crétinisme localiste pendant les années 1980/2000 n'a pas permis de penser une politique sociale et territoriale de la jeunesse régionale avec, notamment, un accueil et une intégration des jeunes venus dans la métropole régionale pour y faire leurs études supérieures: la question des transports et du logement étant les réalités sur lesquelles il fallait agir.

L'université de Caen a eu quelques véléités en la matière en développant dans les années 1990 un réseau d'IUT dans les petites villes de l'ex Basse-Normandie. En Haute-Normandie, une politique vigoureuse des transports publics avait été mise en oeuvre. Mais toutes ces initiatives restèrent limitées tant par les moyens mis en oeuvre que par le manque total d'une vision normande globale en raison de la division régionale qui sévissait alors. Mais surtout, il a manqué et il manque encore à la Normandie un rayonnement métropolitain régional suffisant pour attirer tous les jeunes Normands vers les études supérieures: c'est là le pire du passif de la division normande car c'est dans les métropoles que les jeunes se fixent un avenir.

Depuis la réunification, une grande politique régionale de la jeunesse normande tarde à se mettre en place car il faut forger des outils qu'on n'a toujours pas, la réunification normande n'est pas encore achevée par exemple au niveau académique et l'Etat central, actuellement dans un moment de centralisme jacobin plutôt autoritaire, ne fait que compliquer la mise en oeuvre d'une politique publique régionale efficace sur des sujets aussi essentiels que la formation professionnelle, les contrats de plan, l'aménagement du territoire, les fonds européens, la fiscalité locale.

On espère donc que la future agence régionale normande de l'Orientation aura dans son périmètre d'action, l'urgence de faciliter l'accès aux études supérieures des jeunes Normands.

Voir par exemple:

https://caen.maville.com/actu/actudet_-l-universite-de-normandie-parmi-les-meilleures-au-monde_52656-3540105_actu.Htm

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 Les résultats du sondage réalisé par la fondation Jean Jaurès et l'association chemins d'avenir:

https://www.francetvinfo.fr/societe/enfance-et-adolescence/info-franceinfo-une-famille-sur-deux-ne-peut-pas-financer-le-logement-etudiant-de-son-enfant-en-dehors-de-sa-region-selon-une-etude_3704161.html

INFO FRANCE INFO.

Une famille sur deux ne peut pas financer le logement étudiant de son enfant en dehors de sa région, selon une étude

A la veille du déplacement d'Emmanuel Macron dans la Somme, consacré à la jeunesse, Franceinfo vous dévoile en exclusivité les résultats d'une étude de la fondation Jean Jaurès et de Chemins d'Avenirs, réalisée par l'Ifop, sur le sujet.

En pleine contestation des étudiants sur le coût de la vie et à la veille d'un déplacement de deux jours d'Emmanuel Macron sur la jeunesse dans la Somme, un sondage*, révélé mercredi 20 novembre par franceinfo, sonne comme un dur rappel de la réalité : une famille sur deux n'a pas la possibilité de financer un logement à son enfant en dehors de sa région/académie, selon une étude de la Fondation Jean Jaurès et de l'association Chemins d'Avenirs réalisée par l'Ifop "auprès des jeunes de 17 à 23 ans sur leurs choix d'orientation et leur rapport à l'avenir".

A la question : "Vos parents peuvent-ils ou pouvaient-ils financer le fait que vous soyez obligé de prendre un logement pour suivre des études qui ne se situent pas à proximité de chez eux ?", 48% des sondés répondent "non". "Cela fait écho au mouvement des 'gilets jaunes' où l'on s'est aperçu de l'augmentation, notamment dans un certain nombre de grandes villes, du prix au mètre carré, analyse Jérémie Peltier, directeur des études à la Fondation Jean Jaurès. La part du budget consacré au logement est aussi aujourd'hui la part la plus importante pour les familles".

Jeunes des villes et jeunes des champs

Ce chiffre masque également d'importantes disparités territoriales. Alors que 47% des jeunes qui habitent en centre-ville répondent "non" à la question posée, ce pourcentage grimpe à 56% pour les jeunes qui résident en zone rurale. "La question des études supérieures, mais aussi la question du logement, touchent forcément de façon plus criante et plus déterminante des jeunes qui grandissent dans des hameaux ou des villages éloignés des grandes métropoles", analyse Salomé Berlioux, présidente de l'association Chemins d'avenir et co-auteure de l'étude.

"La question de bouger va se poser pour les jeunes ruraux à l'heure de faire leur choix d'orientation, à 15 ou à 18 ans. Alors que les jeunes urbains pourront rester chez leurs parents au moment de leurs études supérieures."

Salomé Berliouxprésidente de Chemins d'avenir et co-auteure de l'étude

Autre chiffre marquant : un tiers (31%) des jeunes interrogés a dû renoncer à une formation en raison de la distance de son domicile. "Evidemment, la question matérielle est importante (...) mais le frein psychologique est également majeur", soulève Salomé Berlioux, nommée par le ministre de l'Education nationale, Jean-Michel Blanquer, à la tête d'une mission de réflexion sur la jeunesse des villages. "A résultat académique équivalent à l'échelle nationale, les jeunes des territoires ruraux et des petites villes vont souvent avoir tendance à s'auto-censurer au moment d'imaginer leur avenir ailleurs. Car lorsqu'on n'a pas l'habitude de fréquenter un autre territoire que le sien, cela fait peur", poursuit-elle.

On note d'ailleurs que le lieu de résidence de la famille a influencé les choix en matière d'orientation scolaire et universitaire de plus de la moitié (52%) des jeunes interrogés.

La problématique de l'orientation

Outre la précarité, le manque d'information concernant l'orientation apparaît particulièrement flagrant à la lecture de cette étude. Un jeune sur deux (49%) éprouve des regrets concernant son orientation, quelque 66% des sondés estimant n'avoir pas eu suffisamment d'information pour s'orienter. 

Extrait de l\'enquête auprès des jeunes de 17 à 23 ans sur leurs choix d\'orientation et leur rapport à l\'avenir de la fondation Jean Jaurès. 

 

 

"Les jeunes sont dans des situations très différentes, entre ceux qui peuvent se tourner vers leur famille, et dont la famille a des réponses, et ceux pour qui la famille n'en a pas forcément", soutient Salomé Berlioux. "On voit le caractère très injuste de ce capital familial et social entre jeunes d'un même pays. Cela ne repose pas sur la méritocratie républicaine mais sur les inégalités de naissance", ajoute Jérémie Peltier. 

L'accès à la culture et à une expérience internationale

L'accès à la culture et à une expérience internationale ont également été sondés. Si 54% des jeunes ont déjà pratiqué un sport en club durant leur scolarité (avant le bac), ils ne sont que 36% à s'être inscrits à la bibliothèque municipale et 27% à avoir pratiqué une activité culturelle (théâtre, musique, dessin). 

Les possibilités d'études à l'étranger semblent aussi bien limitées puisque 88% des jeunes n'ont pas eu l'opportunité, au cours des cinq dernières années, de passer un semestre ou une année hors de France dans le cadre de leurs études supérieures. D'ailleurs, à la question "vos parents vous incitent-ils ou vous ont-ils incité à faire une partie de vos études dans un pays étranger ?", 67% répondent par la négative. Quelque 73% des jeunes interrogés n'ont également reçu aucun cours de langues étrangères financé par leurs parents en dehors de l'école.

Une étudiante recherche un logement, à Nancy (Meurthe-et-Moselle), le 25 août 2017.Une étudiante recherche un logement, à Nancy (Meurthe-et-Moselle), le 25 août 2017. (MAXPPP)

Extrait de l\'enquête auprès des jeunes de 17 à 23 ans sur leurs choix d\'orientation et leur rapport à l\'avenir de la fondation Jean Jaurès. 

Extrait de l'enquête auprès des jeunes de 17 à 23 ans sur leurs choix d'orientation et leur rapport à l'avenir de la fondation Jean Jaurès.  (IFOP POUR LA FONDATION JEAN JAURES)

"Les jeunes sont dans des situations très différentes, entre ceux qui peuvent se tourner vers leur famille, et dont la famille a des réponses, et ceux pour qui la famille n'en a pas forcément", soutient Salomé Berlioux. 

"On voit le caractère très injuste de ce capital familial et social entre jeunes d'un même pays. Cela ne repose pas sur la méritocratie républicaine mais sur les inégalités de naissance", ajoute Jérémie Peltier.

Extrait de l\'enquête auprès des jeunes de 17 à 23 ans sur leurs choix d\'orientation et leur rapport à l\'avenir de la fondation Jean Jaurès. 

Extrait de l'enquête auprès des jeunes de 17 à 23 ans sur leurs choix d'orientation et leur rapport à l'avenir de la fondation Jean Jaurès.  (IFOP POUR LA FONDATION JEAN JAURES)

Que ce soit dans le domaine culturel et par rapport à l'ouverture sur le monde, les disparités territoriales ressortent de plus belle. "Il faut faire attention à ces effets de mode et de tendance qui laissent penser que les jeunes Français seraient des sortes de jeunes citoyens monde capables d'aller regarder d'un claquement de doigts du côté de Londres ou de New York pour décrocher un stage, met en garde Salomé Berlioux. Les jeunes des territoires, qui vivent loin des grandes métropoles, sont – le terme est fort – 'assignés à résidence' alors qu'il n'y a aucune raison qu'ils le soient."

Conséquence : "Vous avez un champ des possibles largement ouvert pour les uns et fortement réduit pour les autres", conclut l'auteure, avec Erkki Maillard, du livre Les Invisibles de la République (éditions Robert Laffont).

* Enquête réalisée du 10 au 15 octobre 2019 auprès d'un échantillon de 1 000 personnes, représentatif de la population française âgée de 17 à 23 ans, via un questionnaire auto-administré en ligne. La représentativité de l'échantillon a été assurée par la méthode des quotas (sexe, âge, statut en étude/sur le marché de l'emploi) après stratification par région et catégorie d'agglomération. 

>>Ne manquez pas Pièces à conviction, mercredi 20 novembre à 21h sur France 3

"Loin des villes : génération oubliée", un documentaire de 90 minutes qui sera suivi d'un débat en présence de Gabriel Attal, secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'Education nationale et de la Jeunesse.