Billet de Florestan:

La nouvelle année 2020 commence sur les chapeaux de roues avec un débat très intense et de qualité sur le forum de l'Etoile de Normandie avec pour objet, non pas la querelle nationale sur la réforme des retraites touillée par un Emmanuel Macron devenu un maître dans l'art funeste de diviser les Français mais la confirmation plus qu'inquiétante du manque du dynamisme démographique de notre Normandie...

En effet, la presse régionale a fait état en décembre 2019 de la confirmation par l'INSEE normande d'un dynamisme démographique régional totalement à l'étale, chose qui ne s'était jamais vue dans l'histoire démographique normande depuis la fin de la Seconde Guerre Mondiale.

Pour résumer la situation:

Le mouvement naturel (c'est- à- dire la différence jusque là positive entre le nombre de naissances et le nombre de décès) ne permet plus de compenser les conséquences d'un bilan migratoire doublement négatif pour l'avenir de la population normande. En effet, les jeunes normands nous quittent (c'est souvent nos jeunes talents qui nous quittent) et il y aurait entre 5000 et 7000 jeunes normands post-bac à quitter chaque année les académies de Caen et de Rouen. Tandis que dans l'autre sens, de nombreux retraités, souvent originaires de notre région, viennent s'installer en Normandie (notamment sur le littoral) après une carrière professionnelle passée en région parisienne ou ailleurs.

La conséquence de ce bilan migratoire est donc un vieillissement plus rapide par rapport à la moyenne nationale de la population normande avec, pour la première fois, sa diminution avec une natalité normande désormais en berne (comme ailleurs en France il faut bien le dire depuis la crise économique de 2008 et les mauvaises décisions gouvernementales prises à l'époque de François Hollande s'attaquant au principe d'universalité de la politique familiale française).

La situation est donc inquiétante, notamment pour le département de l'Orne qui cumule tous les inconvénients en tant que population la plus faible des cinq départements normands, la plus rurale, la plus âgée et la plus affectée par un bilan migratoire négatif (exode quasi absolu des jeunes).

La situation des trois grandes agglomérations normandes (Rouen, Caen et Le Havre) n'est guère brillante et elle est même plutôt alarmante car, contrairement à ce que l'on observe dans l'arc des régions démographiquement dynamiques qui s'étend de l'Ouest au Sud-Est, nos grandes villes normandes ne sont pas vraiment des locomotives démographiques qui attirent à elles la jeunesse régionale (qui y vient chercher la confirmation et l'épanouissement d'un avenir professionnel et/ou affectif) ou qui attirent à elles les populations actives venues d'autres villes ou d'autres régions.

Inutile de rappeler ici les diverses études ou classements dans lesquelles nos trois villes normandes ont des résultats plutôt moyens sinon médiocres en matière d'image, d'attractivité... à commencer par la soi-disant "métropole" de Rouen qui n'en est pas vraiment une si l'on en croit le tableau critique récemment dressé par le géographe rouennais Arnaud Brennetot que nous avons publié sur l'Etoile de Normandie.

Seules éclaircies dans ce sombre tableau:

1) Les territoires normands situés sur la frange Nord-Ouest de la région parisienne bénéficient du mouvement d'étalement et de déconcentration de cette dernière: le département de l'Eure gagne des habitants (autour de Vernon et d'Evreux) ainsi que le Perche ornais (l'Aigle) puisque ces territoires s'intègrent dans la quatrième couronne de la banlieue parisienne en cours de constitution avec des familles actives à la recherche du meilleur rapport entre qualité de la vie et coût de la vie.

2) La réunification normande et le volontarisme du conseil régional en matière de développement économique et d'intelligence territoriale provoque un frémissement positif sur des migrations professionnelles normandes jusque là négatives: en effet, des jeunes actifs d'origine normande sont aujourd'hui plus nombreux à tenter l'aventure du retour en Normandie après une formation supérieure ou une première expérience professionnelle en région parisienne ou dans une autre grande métropole régionale française plus dynamique que notre tripolitaine normande...

Face à ce constat, on ne pourra que dessiner en creux une politique régionale de l'attractivité métropolitaine normande qui n'existe pas faute d'avoir les outils, les institutions et surtout les hommes et femmes politiques pour l'incarner.

Depuis 2010 et plus encore, depuis la réunification normande, un collectif des géographes universitaires normands avait attiré l'attention sur l'urgence de créer une politique d'attractivité métropolitaine normande en faisant travailler ensemble les trois grandes agglomérations de Caen, Rouen et du Havre puisqu'aucune d'entre elles, prises séparement, n'ont les qualités requises et suffisantes pour être la seule et unique métropole pour toute la Normandie.

Depuis les années 1990, de nombreuses initiatives avaient été prises ou mises en oeuvre pour créer une communauté métropolitaine normande autour de la vallée de la Seine à partir de la "tripolitaine" normande avec Caen sur la rive gauche, Le Havre sur la rive droite et Rouen en amont sur la Seine.

Mais la géographie normande semble plus intelligente que le personnel politique qui tente de présider aux destinées d'un ensemble qui pèse démographiquement autant que la seule métropole de... Lyon à moins de deux heures de Paris dans le but de faire enfin exister le chaînon manquant du Nord-Ouest en terme de métropole régionale d'équilibre à la toute puissante région parisienne.

Pour éviter de nous faire trop de mal ou d'être trop méchant à l'égard d'anciens maires ou mairesses de Caen, de Rouen ou du Havre, on rappelera brièvement les étapes essentiels de l'effondrement de l'esprit métropolitain normand dans le localisme, ce poison diffusé, 50 années durant, par la division normande:

1) Sabordage de l'association "Normandie métropole" pourtant fondée en 1993 suite à une mésentente rabique entre Brigitte Lebrethon (Caen) et Antoine Rufenacht (Le Havre).

2) Sabotage d'un pôle métropolitain de l'Estuaire par Laurent Fabius (Rouen) dans le cadre de la vieille haine cuite et recuite entre Rouen et Le Havre.

3) Proposition du gouvernement Raffarin aux élus normands de financer un pôle métropolitain normand sur Caen, Rouen et Le Havre à titre d'expérience nationale... En vain!

4) Refus des villes de la rive gauche de la Seine de participer au pôle métropolitain de l'Estuaire (suite aux pressions de Jean-Léonce Dupont, président du Calvados, de Nicole Ameline, la députée du Pays d'Auge et des élus caennais).

5) Constitution de trois pôle métropolitains au lieu d'un seul en Normandie avec un pôle Ouest associant les villes bas-normandes à Caen, un pôle de l'Estuaire croupion autour du Havre et Deauville (sans Honfleur) et un pôle croupion sur la Seine autour de la métropole de Rouen et Elbeuf.

6) Mise à part une candidature unique entre Caen et Rouen pour candidater à un pôle de la "French Tech", l'action métropolitaine normande à partir des élus de Caen, Rouen ou du Havre est, aujourd'hui, totalement au point mort: les trois pôles métropolitains normands sont mêmes devenus des fantômes dont on ne se souvient de l'existence qu'ici.

7) Les grands blablas officiels des années 2010 sur le développement d'un Axe Seine d'intérêt national avaient pu faire croire à une prise de conscience de la part des grands élus locaux (localistes) normands concernés pour profiter de l'occasion dans le but de s'emparer de cet enjeu et le faire vivre. En vain! Il n'y a même pas, du côté normand, une structure commune (du type agence d'urbanisme) pour penser le développement de l'Axe Seine en tant qu'axe métropolitain normand...

Depuis plus de trois ans, la Normandie réunifiée a recouvré une unité de vision, d'action et de commandement sur son territoire régional avec, pour conséquence, le rétablissement et la renaissance de vieilles cohérences et évidences et une économie régionale qui se réveille.

En revanche, la locomotive métropolitaine normande est toujours à l'arrêt alors que c'est d'abord à elle de tirer le train de toute la région...

Pour en revenir à la démographie régionale dont l'atonie est le facteur révélateur de la panne de locomotive métropolitaine normande, il faut souligner avec raison que les fusions de communes sont plus pertinentes sur les territoires déjà urbanisés et agglomérés: pour éviter le décrochage financier en terme de DGF pour la commune caennaise, centre et coeur de la communauté urbaine de Caen-la-Mer, la fusion Caen-Hérouville-St Clair semble, à terme, inévitable et ce problème de fusions de communes est encore plus lancinant pour le dynamisme de la métropole de Rouen qui est la métropole de France la plus éclatée au niveau communal (71 communes sur le territoire de la métropole de Rouen: record national!) d'où l'idée récurrente, là-bas, de fusionner les communes pour augmenter la taille de la commune centre qui justifie la métropole de Rouen.

En revanche, il faudrait éviter, y compris sur le forum de l'Etoile de Normandie, de nous tirer une balle définitive dans le pied en cédant à la facilité d'un dénigrement de Rouen car il nous faut, de toute urgence, une métropole régionale forte pour faire exister la Normandie:

Rappelons-le encore:

La faiblesse de la métropolisation normande est le pire du passif de nos 50 années passées dans la division régionale et cette médiocrité localiste a engendré l'autre grand passif de la division normande: la fuite de la matière grise normande avec son corrolaire, le manque de dynamisme démographique de notre région.

Seul avantage à l'actuelle situation métropolitaine: Rouen, Caen et Le Havre proposent un excellent rapport entre le coût de l'immobilier, le coût de la vie et le niveau de salaire et d'emplois alors qu'on observe dans les métropoles attractives à la mode une explosion du coût de l'immobilier (cf Nantes ou Bordeaux).

La solution, là encore c'est de chasser en meute: il faudrait que les agglomérations de Caen, Rouen et Le Havre travaillent ensemble à une politique commune d'attractivité et d'image en coopération avec la région Normandie, avec, pour commencer cet argumentaire publicitaire tout trouvé:

Venez habiter en Normandie, le pays où la vie est moins chère!


 

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Hervé Morin a proposé d'agir plus d'une fois pour remettre en route la locomotive métropolitaine normande mais le localisme rouennais, havrais et caennais qui perpétuent la division normande, détruit toute prise de conscience métropolitaine normande à Caen (Joël Bruneau est un localiste) à Rouen (Yvon Robert est politiquement trop faible avec une métropole rouennaise qui n'en est pas vraiment une) et au Havre (le vrai maire du Havre ne s'appelle pas Jean-Baptiste Gastinne mais Edouard Philippe et ce dernier est très occupé au niveau national du côté de Matignon)

Donc, là encore, le seul à occuper politiquement le terrain dans une défense active et volontariste de l'intérêt général normand c'est, une fois encore, le président de la Normandie et on ne pourra que s'inquiéter du fait que la classe politique normande n'existe que par l'action d'un seul:

HERVE MORIN

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