En raison du confinement inédit à cette échelle dans l'histoire de la population française à des fins de prophylaxie contre l'épidémie mondiale du Covid-19, c'est un violent cataclysme qui s'abat sur l'économie culturelle de notre pays: au fur et à mesure que s'étiole la vie sociale, la vie culturelle disparaît. On ne compte plus les fermetures, les annulations ou les reports, dans le meilleur des cas. Le spectacle vivant qui fait vivre de nombreux intermittents artistes et techniciens est subitement à l'arrêt tout comme les grandes structures culturelles labelisées et subventionnées par les collectivités territoriales et l'Etat central.

Les indépendants sont aussi durement touchés, à commencer par les librairies qui, contrairement à la Belgique, n'ont pas été jugées suffisamment essentielles à la vie nationale en cette période de crise totale par le gouvernement Macron-Philippe...

En France, les librairies restent fermées mais Amazon reste ouvert. Cherchez l'erreur!

A l'instar du réseau de salles de cinéma, le réseau des librairies indépendantes fait l'originalité du modèle culturel français grâce à la politique du prix unique du livre voulue et décidée par Jack Lang, ancien ministre de la Culture.

Les villes normandes ont su garder un certain nombre de librairies indépendantes: combien en restera-t-il après le passage de la crise actuelle?

  • A Caen, nous en avons au moins trois voire quatre avec la librairie religieuse Publica:

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  • Trois à Rouen:

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  • Trois au Havre:

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  • Trois à Cherbourg:

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  • Trois à Evreux:

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  • Trois à Vernon:

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  • Trois à Pont-Audemer:

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  • Deux à Dieppe:

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  • Deux à Granville:

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  • Deux à Lisieux:

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  • Deux à Louviers:

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  • Mais seulement une petite dizaine dans tout le département de l'Orne (une à Flers, Argentan, Sées,  l'Aigle,  Alençon, Mortagne, Bellême, Domfront, Alençon...)

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  • Quant à Saint-Lô, la préfecture de la Manche, il semble qu'il faudrait qu'il y en ait deux...

https://www.lamanchelibre.fr/actualite-845915-saint-lo-plus-de-13-000-euro-recoltes-pour-creer-une-librairie

845915

Mais c'était avant l'actuelle crise...

En attendant que le ministère de la Culture se réveille, les libraires indépendants doivent se débrouiller:

https://www.lefigaro.fr/livres/comment-les-librairies-s-organisent-contre-le-covid-19-et-amazon-20200317

Comment les librairies s’organisent contre le Covid-19 et Amazon

Pas considéré comme un «commerce essentiel», les enseignes tentent de mettre en place des systèmes de livraison à domicile pour faire face au géant de la vente en ligne.

« En restant chez vous, occupez-vous des proches qui sont dans votre appartement, dans votre maison. Donnez des nouvelles, prenez des nouvelles. Lisez, retrouvez aussi ce sens de l'essentiel », a dit le président de la République lors de son allocution du 16 mars. «Lisez», oui, mais comment faire quand les librairies restent fermées et que la plupart des maisons d’édition ont suspendu leurs parutions ?


 Interrogé sur l'antenne de France Inter ce matin du 19 mars, Bruno Lemaire, le ministre de l'Economie a promis de regarder de près cette question difficile: le géant américain de la vente par correspondance voit son chiffre d'affaires exploser depuis le début du confinement... il ne faudrait pas, qu'une fois de plus, l'occasion fît le larron!

Et du côté du ministère de la Culture, que se passe-t-il?

https://amp.lefigaro.fr/culture/franck-riester-l-avenir-de-notre-modele-culturel-est-en-jeu-20200318

Franck Riester: «L'avenir de notre modèle culturel est en jeu»

Pour limiter la casse auprès des acteurs culturels, le ministre de la Culture a présenté mercredi 18 mars des premières mesures de soutien.

Alors que tous les musées, théâtres, opéras, cinéma sont fermés, le secteur de la Culture subit la crise sanitaire de plein fouet. Certes, tout le monde sent bien qu’il n’est pas le seul à souffrir. Mais le secteur, pris au sens large, emploie près de 400.000 personnes et constitue l'un des fleurons de l’activité en France. Il englobe par ailleurs l’audiovisuel et la presse, sans lesquels un pays, notamment lorsqu’il traverse une période de crise, ne peut plus fonctionner.

«Nous devons tout mettre en œuvre pour assurer la survie des acteurs culturels», explique ainsi le ministre de la Culture et de la communication, qui a publié ce mercredi une première série de mesures de soutien à leur égard.

Outre les mesures déjà annoncées par le gouvernement (accompagnement du chômage partiel, délais de paiement, fonds de solidarité pour les petites entreprises, etc.), qui visent toutes les entreprises, Franck Riester a demandé aux Centres du Livre, de la Musique, du Cinéma ou des Arts plastiques de se mobiliser pour faire plus – et de puiser dans leurs réserves pour aider leurs filières respectives.

Quel sort pour les artistes ?

Le CNC (cinéma) qui a déjà pris un ensemble de mesures, s’est engagé à verser de manière anticipée les soutiens aux salles d’art et d’essai et à la distribution. Un fonds de soutien (dix millions d’euros) va être mis en place pour la filière musicale, à destination des entreprises les plus fragiles. La taxe sur la billetterie sera suspendue pour le mois de mars. Le théâtre privé pourra bénéficier d’un fonds d’urgence de cinq millions, centré sur l’emploi.

Côté livre, le Centre national du Livre va débloquer cinq autres millions pour répondre aux difficultés des libraires, des auteurs et des éditeurs. Enfin, un dernier fonds de deux millions sera créé en direction des galeries ou des centres d’art gérés par le CNAP ou les DRAC.

Il restera à s’occuper du sort des artistes, des auteurs et des intermittents– pour eux, la réflexion est en cours avec les organismes professionnels, les organisations syndicales et patronales, ainsi qu’avec le ministère du Travail. Il restera aussi à se pencher sur toutes les structures, musées, scènes ou monuments, gérées et financées par les collectivités locales.


 La crise du Coronavirus met en crise l'actuel modèle culturel... Raison de plus pour la penser autrement après la crise!

Paul Astolfi, l'un de nos fidèles lecteurs, réagit à cet article du Figaro:

Le ministre de la culture découvre que notre modèle culturel est menacé. Belle découverte. Ce n'est pas nouveau. Mais ce n'est pas le seul fait d'un confinement pour se préserver du virus qui sévit actuellement. Ce qu'il décrit actuellement c'est la vie des artistes et celui de l'économie culturelle qui sont menacées. C'est dans ce sens que le ministre lance un appel aux autres et en particulier à l'énorme machine de l'administration culturelle, sorte de minotaure de la culture jacobine administrée. Mais pas un mot pour les pratiques culturelles des français voués à l'isolement social. Une solution pourrait être explorée dans ces circonstances. Elles en donnent l'occasion. Celle d'ouvrir une large voie à la déconcentration culturelle. Mieux encore à la décentralisation culturelle en donnant aux présidents de Régions la possibilité d'exercer une expérimentation et une différenciation culturelle qui leur est chichement mesurée. Il faut se rendre à l'évidence, la culture mondialisée, standardisée, centralisée est un échec manifeste depuis la création du ministère de la culture. Ce modèle culturel n'a pas l'assentiment des français et n'a aucune résonnance avec notre mode de société et moins encore avec notre choix de civilisation.

Puisque nous assumons ici un angle régionaliste normand, on ne saurait lui donner tort!

Concrètement, ce choix de civilisation peut se manifester dans la question concrète qui n'est toujours réellement tranchée de faire un choix justement:

Voulons-nous encore et toujours de cette offre culturelle standardisée administrée, subventionnée et diffusée tant par l'Etat central que les grandes collectivités territoriales "en régions", "dans les territoires" (pour ne plus dire "en province") sur prescription médiatique et idéologique parisienne?

Ou voulons-nous une offre culturelle plus authentiquement liée à la région et au territoire où cette offre peut s'élaborer et se diffuser en privilégiant les acteurs locaux et régionaux ou en mettant en valeur les pratiques culturelles des amateurs?

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Un point commun entre le Centre Dramatique de Normandie (ou d'ailleurs) et le... Zénith de Caen (ou d'ailleurs)?

Une certaine standardisation et banalisation d'une offre culturelle à consommer. Problème: le premier est largement subventionné par les tutelles publiques contrairement au second...

Concrètement:

Soit financer, valoriser et labeliser un archipel de grosses structures professionnelles qui proposent les mêmes programmations, les mêmes spectacles, les mêmes expériences d'un bout à l'autre du territoire national selon une idéologie militante critique de plus en plus saillante et clivante qui renforce le consumérisme culturel de quelques uns au prix de l'indifférence et du refus du plus grand nombre.

Soit financer, valoriser et labeliser en priorité les initiatives et les projets culturels portés par la société civile régionale en privilégiant les pratiques culturelles concrètes (faire de la musique, de la danse, apprendre à dessiner, peindre, etc...) sur la consommation culturelle dans une logique de transmission et d'éducation populaire.

On devinera sans peine où va notre préférence.

Mais la violente crise du Coronavirus ébranle le modèle dominant de diffusion culturelle, celui qui confond l'aménagement culturel du territoire avec son aménagement industriel.

Comme l'a dit justement le 12 mars 2020 lors de sa première intervention à la télévision un certain Emmanuel Macron, la crise extraordinaire dans laquelle nous sommes mondialement plongés fera qu'il y aura un avant et un après et que plus rien ne sera comme avant:

Cette évidence vaut tout particulièrement pour l'offre culturelle qu'on nous impose de façon uniforme sur tous nos territoires.


 Avant la crise, justement, le projet de loi "ASAP" (pour Accélération et Simplification de l'Action Publique) était en cours d'examen au parlement. Le texte est passé récemment au Sénat: le titre second de ce projet de loi s'intéresse, justement, à nos affaires culturelles et régionales...

 http://www.senat.fr/espace_presse/actualites/202002/acceleration_et_simplification_de_laction_publique.html#c653303

Le Gouvernement entend, avec ce projet de loi, "accélérer la dynamique en matière de simplification et d'efficacité administrative à travers plusieurs mesures très concrètes, visant à rapprocher les Français de leurs services publics et à libérer leurs énergies".

Le projet de loi initial comporte 5 titres tendant à :

  • encourager une administration plus simple avec la suppression ou le regroupement de commissions administratives consultatives (titre Ier) ;

  • développer une administration plus proche des citoyens en renvoyant au niveau déconcentré davantage de décisions administratives individuelles dans les domaines de la culture, de l'économie et de la santé (titre II) ;

  • simplifier les procédures applicables aux installations classées pour la protection de l'environnement (titre III) ;

  • simplifier diverses procédures administratives (titre IV) notamment en supprimant l’obligation de justificatifs de domicile pour l’obtention de certains titres, en supprimant l’obligation de fournir un certificat médical pour l'obtention ou le renouvellement d'une licence sportive pour les enfants ou en facilitant le développement de la vente en ligne de médicaments ;

  • revenir sur des surtranspositions de directives européennes en droit français (titre V).

 L'article 17 de cette loi a fait l'objet d'une attention particulière des sénateurs à commencer par celles et ceux siégeant à la commission des affaires culturelles: on pensait pouvoir dire du Sénat que c'est une enceinte acquise à la décentralisation voire à l'idée régionale puisque la chambre haute du parlement se présente volontiers comme celles des "territoires" comme on dit de façon trop abusive maintenant...

Que nenni! si nous lisons ce qui suit:

 

Article 17 - Déconcentration de diverses décisions individuelles dans le domaine de la culture

Cet article vise à transférer aux autorités déconcentrées plusieurs décisions dans le domaine de la culture aujourd'hui prises, soit par le ministre chargé de la culture, soit par l'administration centrale, à savoir :

-- la reconnaissance des établissements d'enseignement supérieur privés dispensant des enseignements artistiques ;

-- l'autorisation de consultation des archives publiques avant l'expiration des délais et l'autorisation de destruction d'archives privées classées archives historiques mais dépourvues d'intérêt historique ;

-- le commissionnement des agents publics autorisés à dresser procès-verbal en matière d'infraction aux règles du droit des monuments historiques et des sites patrimoniaux remarquables et du droit de l'urbanisme ;

-- le changement d'affectation ou la démolition d'une salle de spectacle, ainsi que l'autorisation des baux d'immeubles à usage de spectacles et les locations, sous-locations et cessions de fonds de commerce d'entreprises de spectacles ;

-- l'attribution des labels de la création artistique.

Au regard de l'objectif d'accélérer la prise de décision et de rapprocher celle-ci du terrain pour mieux prendre en compte les réalités locales, la commission approuve la majorité de ces transferts. Elle a en revanche jugé le transfert des décisions concernant les labels de la création artistique inopportun.

Il pourrait porter préjudice à la prise en compte des enjeux en matière d'aménagement culturel du territoire, qui sont au coeur de la politique de labellisation.

La commission a adopté un amendement supprimant les alinéas concernés.

Les arbitrages de la commission des affaires culturelles du Sénat présidée par Mme Catherine Morin-Desailly, sénatrice de la Seine-maritime et conseillère régionale de Normandie nous laissent perplexes quant à savoir où doit passer la limite entre ce qui doit relever du niveau du ministère central qui doit assumer la continuité régalienne du service de l'intérêt général et ce qui peut être déconcentré voire décentralisé au niveau régional...

Par exemple: la commission ne voit, par exemple, rien à redire à l'idée de déconcentrer le contrôle et l'inspection des Monuments et Sites historiques (on est là, pourtant, au coeur du devoir régalien de l'Etat central) mais rechigne à déconcentrer l'attribution des labels de la création artistique de peur, peut-être, qu'un conseil régional n'ait la volonté saugrenue de promouvoir une culture régionale authentique au même niveau que l'offre culturelle prescripte par l'Etat central parisien en régions...

Doit-on considérer que l'intérêt général régalien de la défense de l'intégrité du patrimoine classé MH passe après la préoccupation idéologique de garder à la main d'un ministère central une autre question d'intérêt général?

A savoir: l'aménagement culturel d'un territoire régional...

 


 Terminons, cependant, sur une note positive. Voici une bonne initiative normande qui fera écho à la suggestion proposée plus haut:

Puisque nous sommes confinés officiellement entre nos quatre murs et que les lieux de culture qui reçoivent du public sont fermés ainsi que les librairies, que les festivals, les concerts, les événements, les expositions sont annulés ou reportés, l'idée émerge d'utiliser les écrans et les réalités numériques et virtuelles pour montrer ce que l'on ne peut plus physiquement montrer...

https://www.ouest-france.fr/sante/virus/coronavirus/confinement/coronavirus-l-exposition-sur-les-iles-anglo-normandes-du-musee-de-normandie-decouvrir-en-ligne-6785613

Coronavirus. L’exposition sur les îles anglo-normandes du musée de Normandie à découvrir en ligne

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Guernesey, Val Port-soif, 1998 "là où affleurent les roches assassines" (Victor Hugo)  Olivier Mériel

Jersey, Guernesey, Sercq… Ces gros cailloux à cheval entre la Normandie et l’Angleterre et semblant coincés entre deux époques trouvent un très bel écho derrière l’objectif du photographe normand Olivier Mériel. Faute de pouvoir admirer cette exposition en vrai, il est possible de la découvrir en ligne grâce au musée de Normandie. Une belle initiative qui résonne comme une invitation au voyage.

L’exposition a démarré à la Saint-Valentin et était censée être visible jusqu’au 17 avril 2020. Malgré les mesures de confinement généralisé, elle le reste dans une certaine mesure. L’offre « bis » n’a évidemment pas la saveur, ni la chaleur d’une visite en chair et en os, mais c’est une petite aubaine quand même en cette période asphyxiante, et une vraie invitation à s’évader un peu depuis chez soi.

Deux films de 7’30 et 18’ signés Hiroz sont mis en ligne par le musée de Normandie de Caen. Le premier montre le photographe dans les secrets de son atelier. Le second ouvre grands les portes de l’exposition « L’île dans les isles », avec d’abord une galerie de portraits, puis de paysages et enfin de scène de vie quotidienne.

« Le noir et blanc est la couleur du spirituel », aime à dire Olivier Mériel. Ce travail au long cours capte « une sorte de rêve intérieur ». « Le but, c’est que chacun découvre sa propre île ».

Lien : https://liledanslesisles.fr/