Autour des élections régionales et des questions régionales que ces élections qui sont les plus démocratiquement représentatives de note République sont censées trancher (pour mémoire: depuis 1986, scrutin universel à deux tours avec une dose de proportionnelle) nous sommes plongés dans une brume automnale épaisse...

Seule certitude:

Des questions régionales, et de la Normandie en particulier...

TOUT LE MONDE S'EN FOUT!!!

... Ou presque!

Au mieux, les élections régionales sont considérées comme un marche-pied des élections présidentielles, voire comme une primaire: c'est le sens de la candidature de Xavier Bertrand président de la région dite des "Hauts-de-France" non pas aux régionales mais aux présidentielles: si Emmanuel Macron qui nous vient, rappelons-le, d'Amiens ou du Touquet, a probablement l'envie qui le démange fortement de reporter les régionales après les présidentielles de 2022 c'est qu'il aimerait couper l'herbe sous le pied d'un ancien ministre de Jacques Chirac et de Nicolas Sarkozy qui prétend revêtir, à nouveau, le costume du gaullisme social, un habit peut-être un peu trop large pour cet impétrant...

Le Covid a bon dos et on craint de répéter le fiasco sanitaire et démocratique des élections municipales. Craint-on l'abstention? On y est, hélas, habitué pour les élections régionales qui mobilisent le moins les électeurs avec les élections européennes car la culture politique française est, soit  localiste, soit nationale: l'héritage jacobin reste pesant et le fait d'avoir à voter pour des projets régionaux dans le cadre de territoires artificiels n'arrangent rien.

Restent quelques cas particuliers où les réalités régionales peuvent s'approcher des électeurs soit parcequ'elles sont bien incarnées par l'histoire et la géographie mais aussi par un homme politique, soit parce qu'elles sont portées par un substrat d'identité ethno-linguistique régionale encore fort: ce dernier point concerne, évidemment, la Corse et la Bretagne (et concernera probablement, à nouveau, l'Alsace après 2022) tandis que le premier, cas unique, concerne la Normandie, seule région-province en France (avec la Corse) au point que son président, Hervé Morin, pour ne pas le nommer, fait partie des présidents de région dont le nom est le plus connu des citoyens...

L'évidence normande devrait être un atout pour que les réalités et les questions régionales soient appropriées par les gens mais un sondage récent nous a montré que les Normands sont, en même temps, très heureux et satisfaits de l'être mais ils n'ont toujours pas bien compris que la Normandie était désormais une institution publique qui pouvait agir directement sur le réel et leur quotidien pour nous garantir un avenir commun.

Pour le dire simplement: la Normandie n'est pas qu'une carte postale estivale et n'est pas qu'un souvenir patrimonial et historique aussi prestigieux soit-il.

La pédagogie en profondeur de la Normandie en tant qu'action publique régionale n'est pas assez faite et il ne faut pas compter sur les médias dits "régionaux" pour la faire en tant que telle: au- delà de telle ou telle émission dédiée à la télévision ou sur telle ou telle radio, au- delà de la publication de tel ou tel article paraissant parfois dans nos quotidiens et hebdomadaires, nous n'avons toujours pas de médias grand public qui pourrait nous faire la pédagogie permanente de la Normandie.

Bien entendu, l'Etoile de Normandie et notre séminaire de l'université populaire de Caen existent ainsi que nos confrères régionalistes normands de TVNC, mais cela fait bien peu au regard de la taille du corps électoral normand qu'il faudrait toucher et informer, soit peut-être un peu plus de deux millions de personnes...

On dit "peut-être" car il est paradoxalement très difficile d'avoir accès à cette information sur Internet: visiblement, savoir combien il y a de Normandes et de Normands inscrits sur les listes électorales des cinq départements normands, ça n'intéresse pas grand monde. En tout cas pas le journaliste de Paris-Normandie:

https://www.paris-normandie.fr/breves/l-essentiel/elections-2017-pres-de-47-millions-d-inscrits-sur-les-listes-electorales-FH8832546

L'information est "muchie" et on finit par la trouver en fouinant au fin fond du site l'INSEE, en ouvrant, avec patience, un fichier EXCEL et en faisant, pour finir, un peu de calcul pour additionner le croît de 2017 au chiffre de l'année précédente (pourquoi faire simple alors que l'on peut faire... compliqué!):

D'après l'INSEE, il y aurait, en Normandie, au 1er janvier 2017, 2 402 000 électeurs inscrits pour une population de 3,3 millions d'habitants.

https://www.insee.fr/fr/statistiques/2499456

Bref!

TOUT LE MONDE S'EN FOUT!


 Sur le report des élections régionales après les présidentielles on lira ceci:

https://www.midilibre.fr/2020/10/16/coronavirus-vers-un-report-des-elections-regionales-apres-la-presidentielle-9142304.php

Coronavirus : vers un report des élections régionales après la présidentielle ?

Une commission indépendante va réfléchir sur la faisabilité d’un scrutin prévu en mars prochain. La tendance est plutôt à un report en 2022.

Depuis plusieurs jours, la question était évoquée, sous le manteau, entre responsables politiques. Pas un déjeuner entre élus sans cette interrogation à mi-voix : Emmanuel Macron va-t-il reporter les élections régionales ? Au sein de la majorité, mercredi, la barre penchait clairement pour le report.

Mise en place d'une commission

"Même Xavier Bertrand et Valérie Pécresse, qui ne sont pas dans des positions favorables, y auraient intérêt", explique un cadre de LREM. Finalement, l’Élysée a confirmé, jeudi 15 octobre, la mise en place d’une commission indépendante pour réfléchir à la faisabilité des élections de mars. "On a décidé de mettre en place une commission qui va associer l’ensemble des forces politiques, avec un éclairage sanitaire pour regarder quand est-ce qu’on peut tenir ces élections" régionales et départementales, a déclaré le porte-parole du gouvernement Gabriel Attal, ajoutant : "Il faut que la décision soit prise avant que la campagne officielle commence, d’ici à la fin de l’année, début de l’année 2021".

Ne pas reproduire le cafouillage des municipales

L’idée première est de ne pas reproduire le cafouillage des municipales dont le maintien, juste avant le confinement, a pu accélérer la propagation du virus. Un premier tour qui a été suivi, en juin, d’un second tour sans réelle campagne électorale. La manœuvre serait possible car le mandat des conseillers régionaux dure six ans. Or, en 2015, les élections ayant eu lieu décembre, celui-ci devait normalement s’achever en décembre 2021. Mais en 2015, le législateur a décidé exceptionnellement de le raccourcir et de fixer la date des régionales suivantes en mars 2021 afin que le scrutin n’ait pas lieu trop près de la présidentielle prévue au printemps 2022.

Une campagne qui ne pourra pas se dérouler normalement

Aujourd’hui, avec la deuxième vague de l’épidémie de Covid-19, les choses ont changé. Ce jeudi, François Patriat assurait : "Je ne vois pas, dans les conditions actuelles, comment une campagne pourrait se tenir dans des conditions normales. Il faut repousser les élections départementales et régionales après la présidentielle, c’est clair. Surtout si le virus est encore là dans un an." Et d’ajouter : "L’heure est à protéger les Français. Les préoccupations électorales peuvent céder le pas à l’exigence sanitaire. Il faut se concentrer sur l’essentiel. Les Français ont déjà connu les municipales", a affirmé le sénateur LREM de la Côte-d’Or.

Objectifs politiques

Mais au-delà des légitimes préoccupations sanitaires, la manœuvre pourrait servir des objectifs plus politiques en compliquant la stratégie de deux candidats aux régionales, Xavier Bertrand et Valérie Pécresse, qui n’excluent pas de défier le chef de l’État à la présidentielle.

Tous les deux espéraient sortir victorieux des régionales pour aborder sous de bons auspices la campagne de 2022.

Christelle Bertrand
Commentaire de Florestan:
On sait qu'Hervé Morin, le président de la Normandie et candidat à sa propre succesion s'est déclaré opposé à ce report des élections régionales après les présidentielles.
Le problème est de savoir s'il est possible de faire vivre authentiquement un débat politique de qualité sur les questions régionales avant ou après le trou noir national jacobin des présidentielles qui aspire à lui toutes les attentions, toutes les énergies.
On craint d'avoir à penser qu'il n'y a aucune réponse satisfaisante à ce problème...

 Voir aussi:

https://www.lemonde.fr/politique/article/2020/10/22/jean-castex-lance-les-consultations-pour-un-report-des-elections-territoriales-de-mars-2021_6056903_823448.html

https://www.franceculture.fr/emissions/le-billet-politique/le-billet-politique-du-mardi-29-septembre-2020

Voir enfin:

https://www.tendanceouest.com/amp-372345-normandie-elections-regionales-quel-candidat-pour-la-gauche-en-2021.html

Élections régionales : quel candidat pour la gauche en 2021 ?

La gauche partira-t-elle rassemblée pour les régionales de mars 2021 ? Rien n'est moins sûr. Tour d'horizon des forces en présence.