Confier la diffusion de nos précieuses identités culturelles régionales aux journalistes du réseau de radio public "France Bleu" revient à jeter des perles à des cochons sachant que les autres cochons d'une bande FM française de plus en plus malentendante avec la langue française (langue parlée médiatique de plus en plus pauvre et avachie, invasion des anglicismes), les ignorent plus encore!

Dans son dernier billet, Michel Feltin-Palas, infatigable défenseur de notre patrimoine linguistique de nos régions de France, un patrimoine gravement menacé de disparition, revient sur la quasi disparition des émissions en langue d'oc occitane sur les ondes d'une radio qui ne devrait plus s'appeler "France Bleu Occitanie"...

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Michel Feltin-Palas

L'occitan occis sur France Bleu Occitanie
Les langues régionales sont quasiment exclues des grands médias. Y compris sur le réseau France Bleu censé pourtant "contribuer à leur expression".
C'est une histoire tristement symbolique que je vais vous raconter cette semaine. Le récit d'une microdécision, prise sans doute sans vraiment penser à mal, mais qui, ajoutée à d'autres allant dans le même sens, ruine progressivement notre patrimoine linguistique.
France Bleu Occitanie, qui émet pour l'essentiel dans les contours de l'ancienne Région Midi-Pyrénées, a récemment procédé à différentes modifications dans sa grille, dont deux en particulier nous intéressent ici. La première a trait à la chronique de Géraud Delbès, "Les mots d'oc", qui présente en français et en oc la richesse linguistique occitane. Alors qu'elle était programmée en semaine à 6 h 10 et à 7 h 40, cette seconde diffusion - bénéficiant de la meilleure écoute - a été supprimée (1). La seconde concerne l'émission Conta Monde, officiellement consacrée à l'actualité culturelle occitane. C'est bien simple : il est désormais interdit d'y diffuser... des chansons en occitan, sauf dans le cas - rare - où l'invité est un artiste utilisant cette langue (et encore : à une seule reprise).
Le 22 novembre dernier, les auditeurs ont par exemple eu droit à... Phil Collins, Angèle et Louane, dont l'engagement en faveur des langues régionales n'a pas pour le moment marqué les esprits.
La raison ? Je l'ai demandée au directeur des programmes et de la musique du réseau France Bleu, qui a procédé à ces changements - en accord avec la direction de la station. "En raison de la période exceptionnelle que nous traversons, nous avons décidé de créer de nouvelles rubriques pour soutenir les commerçants et l'économie locale, m'a expliqué Frédéric Jouve. Pour cela, il fallait trouver de la place à l'antenne. C'est tout. Il n'y a aucune volonté de notre part de nous attaquer aux langues régionales."
Quand je lui ai fait remarquer que, comme par hasard, le couperet était tombé sur les émissions en occitan, il a ajouté ceci. "D'une part, les émissions en langues régionales réalisent moins d'audience que la moyenne. D'autre part, malgré ces modifications, je continue de respecter les obligations légales qui me sont fixées."
Sur ce dernier point, il a parfaitement raison. L'article 6 du "cahier de mission et des charges" de Radio France prévoit en effet que "la société veille à ce que les stations locales contribuent à l'expression des langues régionales". Or, stricto sensu, la part de l'occitan sur France Bleu Occitanie vient d'être réduite à la portion congrue, mais elle n'a pas totalement disparu. Le "cahier des missions" est donc toujours honoré...
La faille, on le voit, est dans le flou dudit cahier. Se contenter d'indiquer que les stations doivent "contribuer à l'expression en langues régionales", sans dire comment ni à quelle hauteur, c'est ouvrir la voie à leur marginalisation. Il n'en est heureusement pas de même pour la langue française. Pour ce qui la concerne, les médias audiovisuels sont soumis à des quotas rigoureux, que précise le Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA) : "40 % d'oeuvres musicales d'expression française ou interprétées dans une langue régionale en usage en France sur les radios privées" ; proportion qui doit atteindre une "place majoritaire" à Radio France (elle s'élève à 60 % sur France Bleu).
C'est grâce à ce dispositif que les artistes francophones parviennent vaille que vaille à résister au rouleau compresseur anglo-saxon.
J'ai évidemment demandé à Frédéric Jouve s'il serait favorable à ce que le cahier de mission de Radio France prévoie également des quotas en faveur des langues régionales. "Ce n'est pas à moi de me prononcer", m'a-t-il prudemment répondu.
J'ai sans doute l'esprit mal tourné, mais j'ai cru comprendre que cela voulait dire "non"...
Soyons précis. Selon les chiffres que Frédéric Jouve m'a fournis, le réseau France Bleu propose chaque semaine 49 heures d'émissions en corse, en breton, en basque, en alsacien, etc. Ce n'est pas rien, a-t-il insisté, d'autant que celles-ci ne sont pas reléguées à trois heures du matin mais diffusées le plus souvent entre 6 heures et 9 heures et entre 16 heures et 20 heures, soit de bonnes tranches horaires. C'est une manière de voir les choses.
Il en est une autre. Sachant que l'antenne est ouverte sept jours sur sept et vingt-quatre heures sur vingt-quatre et que le réseau compte 44 radios, une petite règle de trois permet d'aboutir au résultat suivant : la part réservée aux langues régionales sur France Bleu s'élève à... 0,6 %. Soyons large et, pour tenir compte de la poignée de créateurs qui peuvent avoir accès à d'autres émissions, arrondissons à 1 %. Cela suffit-il pour donner à ces langues l'exposition qui permettra de les valoriser et de faire vivre les artistes qui les utilisent ? Posons la question différemment : le français aurait-il la moindre chance de résister à l'anglais s'il "bénéficiait" d'un pourcentage aussi dérisoire ?
Ne soyons pas trop cruels, pourtant, avec France Bleu. Au moins les radios locales de Radio France font-elles entendre de temps à autre à leurs auditeurs l'occitan, le breton, l'alsacien ou le catalan, ce qui n'est quasiment jamais le cas de France Inter, d'Europe 1, de RTL et des autres.
De fait, en leur consacrant 1 % de son temps d'antenne, France Bleu peut revendiquer le titre de plus grand défenseur des langues minoritaires parmi les grandes radios. C'est bien le problème.
A LIRE AILLEURS:
L'émission de France Bleu Occitanie Les mots d'oc, que j'évoque ci-dessus, a donné naissance à un livre, précisément consacré aux "mots d'oc, mots d'ici" (Éditions Privat). Rédigé par son animateur, Géraud Delbès, il présente des termes offerts au français comme niaque, tcharrer, castagne, bidasse et bien sûr le plus célèbre d'entre eux : amour ou encore des expressions typiques comme "il me tarde " (j'ai hâte) ou "ça sent à tabac". Cet ouvrage permet aussi de mieux comprendre l'origine des noms de lieux (Mayol = malhòl, la jeune vigne) et de personnes (Soulage = endroit boueux, Bouygues : terres en friche. Pompidou : petit plateau).
L'université de la Sorbonne est régulièrement accusée sur les réseaux sociaux d'avoir trahi la culture nationale. La raison : depuis 2018, elle s'appelle "Sorbonne Université". Oubliée, la construction traditionnelle de la phrase française ? Vive l'inversion à l'anglo-saxonne ? "Pas du tout, répond à L'Express Jean Chambaz, le président de l'institution. Certes, cette formulation est utile à l'international, mais elle est tout à fait correcte en français puisqu'il s'agit d'une apposition, procédé que l'on retrouve ailleurs avec Paris Habitat ou Lyon Capitale".
Ce proche de Joe Biden aura surtout pour tâche de relancer les alliances et de faire revenir les Etats-Unis dans les accords multilatéraux. Les années qui viennent diront si la nomination de ce francophile élevé en France constitue aussi une bonne nouvelle pour la francophonie.
C'est le résultat d'une enquête du Journal de Montréal, qui s'inquiète : " Le controversé "Bonjour-Hi" dans les commerces du centre-ville de Montréal est-il en train de devenir tout simplement "Hi" ?"
Tels sont les termes recommandés à la place de l'anglicisme click and collect par la Commission d'enrichissement de la langue française pour désigner le fait de retirer dans un magasin physique une commande effectuée en ligne. Des propositions à retrouver sur le site France Terme
À REGARDER:
En 2010, Jean-Luc Mélenchon s'opposait à l'introduction des langues régionales dans la Constitution à l'article 1 (c'était l'hypothèse de l'époque). Une initiative qui introduisait selon lui l'idée qu'"il y aurait une définition ethnique du peuple français" (vers 2'30). Dans la foulée, il qualifiait également leurs défenseurs "d'ethnicistes" (vers 4'15). Quelqu'un aurait-il la gentillesse d'expliquer à l'actuel chef de file de la France insoumise que quiconque peut apprendre une langue, quelle que soit son ascendance familiale ?

Autre sujet récent source de polémiques lié à la question des langues régionales et qui prend, comme d'habitude, notre affaire par le petit bout de la lorgnette au risque d'agrandir inutilement la "cage aux phobes" (Jack Dion) alors qu'il s'agit de savoir si nous voulons encore faire quelque chose pour éviter un désastre écologique supplémentaire, à sa voir: la disparition de la diversité culturelle linguistique francophone en France!
Il faut donc ajouter une nouvelle phobie à une liste qui ne sera jamais exhaustive...
La glottophobie qui serait l'art de discriminer par la façon de parler "avé l'accent!"
On lira avec intérêt l'entretien suivant donné à France Culture par Philippe Blanchet, le sociologue qui a inventé le terme de "glottophobie"...

Glottophobie : comment le français "sans accent" est devenu la norme

Entretien | Depuis la Révolution, deux grandes phases d’unification ont conduit à la marginalisation des accents régionaux. L’imposition du modèle de la bourgeoisie parisienne, en tant que langue de référence, aboutit à des discriminations. L'inventeur du terme glottophobie, Philippe Blanchet, y revient.

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L’accent sera-t-il ajouté dans l’article 225-1 du code pénal qui interdit les discriminations en France ? C’est ce que demande le député héraultais Agir Christophe Euzet dans une proposition de loi pour combattre la glottophobie, soit toutes les discriminations linguistiques

Un Français sur deux estime parler avec un accent, selon un sondage IFOP publié en janvier 2020. Plus d'un quart d'entre eux affirment être régulièrement l’objet de moqueries dans leur quotidien. Et d'après les résultats de cette étude, quelque 11 millions de Français auraient été victimes de discriminations lors d'un concours, d'un examen ou d'un entretien d'embauche, à cause de leur accent.

Deux grandes époques, deux grandes phases d’unification ont conduit à la stigmatisation des accents régionaux : l'imposition du français après la Révolution à la fin du XVIIIe siècle et l’imposition, à partir du XXe siècle, d’une même prononciation.

Le modèle de la bourgeoisie parisienne a été, depuis 1789, le modèle de référence. 

Au début du XXe siècle, le français n’est encore parlé que par une minorité de la population. D’autres langues, le provençal, le breton, le catalan ou encore le flamand restent majoritairement utilisés, de région en région. Le français ne s’installe que progressivement, quand la monarchie devient absolue au cours du XVIIIe siècle. 

C’est à partir de la Terreur révolutionnaire que la langue s'officialise, selon l’idée alors de créer une nation unie autour du français, la langue du bassin parisien, celle de la capitale, dans le cadre de la mise en place d’un système centralisé. 

Avec l’école puis les médias comme acteurs-clés, la stigmatisation des langues régionales, lors de l’imposition du français, a évolué depuis les années 1970 vers une stigmatisation des accents qui aboutit parfois à des phénomènes de discrimination

Entretien avec Philippe Blanchet, professeur de sociolinguistique à l’université de Rennes 2 et auteur de Discriminations : combattre la glottophobie

Comment le français "sans accent" est-il devenu la norme dans l’Histoire ?

Avant le XVIIIe siècle, la question ne se pose pas. Le royaume de France est constitué de provinces extrêmement diverses avec des statuts très différents les unes par rapport aux autres. Plusieurs sont réputées étrangères et disposent de très fortes autonomies. Le fait qu’on n’y parle pas français et qu’on y utilise d’autres langues est alors considéré comme banal.  

Au XVIe siècle, le français n’était parlé que dans la région parisienne et ses alentours. Il était à peu près totalement inconnu ailleurs à l’oral.

L’ordonnance de Villers-Cotterêts de 1539 ne cherchait pas à imposer le français mais seulement à mettre en place l’utilisation d’une langue, écrite et parlée, compréhensible par les administrés et les justiciables. Et tout au long du XVIe siècle, cette ordonnance a été comprise comme prescrivant qu’on utilise la langue locale. Et finalement à cette époque, le latin a été remplacé par l’occitan, le breton, le provençal, le gascon...

Progressivement, le français a été imposé comme langue de l’écrit et uniquement comme langue de l’écrit. Personne ne le parlait et cela ne venait à l’idée de personne de le parler. Tout le monde trouvait normal que chacun parle sa langue. 

Le français, comme langue écrite, est mis en place à partir du XVIIe siècle, avec la création notamment en 1635 de l’Académie française, chargée d’élaborer une langue normative, une langue de pouvoir. Cela a conduit à une généralisation de l’usage du français par les aristocrates de la Cour, au XVIIIe siècle

Pour combattre le latin et pour affirmer le pouvoir du roi, à la place du pouvoir de l’église, le français est alors imposé dans les textes juridiques et administratifs.

A quelle époque le français s’est-il répandu, en tant que langue parlée ?

A la Révolution française, la grande bourgeoisie, la partie les plus aisée du tiers état, prend le pouvoir à la place de l’aristocratie. Et comme la Révolution, évidemment, se déroule principalement dans la capitale, c’est donc la grande bourgeoisie "parisienne", qui prend le pouvoir, avec l’aide de certains aristocrates "éclairés", comme Mirabeau et de membres du clergé, comme l’Abbé Grégoire. La grande bourgeoisie parisienne prend le pouvoir en récupérant parmi ses attributs, la langue française

Une deuxième étape intervient lors de la mise en place du régime de la Terreur, à partir de 1793. La Révolution se transforme en dictature, en écrasant les "fédéralistes", les Girondins, ceux qui voulaient une France unie dans sa diversité.

Les Jacobins, pour une France très centralisée, avec pour modèle - le modèle parisien - prennent alors le pouvoir, avec la volonté de faire de la langue française, un outil emblématique pour unifier le pays, en lui donnant une même langue, une seule et même langue.  

Par la loi, le français est imposé et les autres langues sont interdites. Une série de dispositions sont prises en 1793 et 1794, en relation avec le rapport de l’Abbé Grégoire sur la nécessité de l’éradication de ce qu’ils appelaient à l’époque les dialectes et les patois, sur la nécessité d’universaliser l’usage de la langue française. 

C’est un outil de pouvoir et un outil pour mettre en place une certaine forme d’unification nationale. Au lieu de former un pays constitué d’entités, de composantes ayant leurs particularités, leurs différences, la décision est prise de l’uniformiser, au détriment des provinces, qu’on a appelé ensuite les régions, et au détriment de leurs langues. 

Mais pendant très longtemps encore, les langues régionales restent majoritaires. Le français n’est utilisé que comme langue seconde, notamment dans les grandes villes, par les classes aisées, par les personnes ayant fait des études, dans son bassin historique, le bassin parisien élargi à Orléans et la vallée de la Loire. 

Il faudra un siècle et demi, jusqu’au début du XXe siècle, par la force et par la pression pour décourager les populations de parler leurs langues - avec parfois des interdictions - et pour les convaincre de passer au français, pour la promotion ou la réussite sociale de leurs enfants. 


Ecouter aussi sous le lien suivant, le billet politique de Stéphane Robert sur France Culture (27/10/2015)

"La France bégaie ses langues régionales"

Mais fort heureusement, depuis peu, du moins en Normandie, il a été décidé conjointement entre le conseil régional et les associations culturelles concernées de ne plus tomber dans le panneau de la haine linguistique de soi avec, enfin, une politique publique régionale de promotion de la visibilité de la langue normande en Normandie.
Par exemple, en diffusant un double affichage, langue normande/ langue française pour le nom de la commune sur le panneau d'entrée d'agglomération lorsqu'il est possible de le faire...
Dernier exemple en date à Epaignes commune du Lieuvin (Eure) dont l'actuel président de région fut longtemps le maire qui inaugure ce 5 décembre 2020 un panneau bilingue français/normand:

Capture d’écran du 2020-12-02 11-03-53

Lire aussi cet article proposé le Réveil Normand (Pays d'Ouche):

https://actu.fr/normandie/cheronvilliers_27156/sud-eure-des-communes-veulent-installer-des-panneaux-en-langue-normande_36967590.html

Sud Eure. Des communes veulent installer des panneaux en langue normande

A l'image de Chéronvilliers, Breteuil ou Le Lesme (Eure), certaines communes veulent mettre sur les panneaux de ville leur nom en parler normand. Objectif : valoriser les villages.

A l’entrée et à la sortie du village de Chéronvilliers (Eure), va-t-on voir deux panneaux : l’un écrit en français et l’autre en normand.  C’est en tout cas ce que souhaite la municipalité dirigée par Patrice Boudeyron.

« Nous avons répondu favorablement à la demande faite par la Région Normandie et son pôle Développement du patrimoine », explique le premier magistrat de la commune. En effet, depuis un mois et demi, Hervé Morin, le président de la Région, a lancé une vaste campagne de promotion de la culture normande en permettant aux cités d’afficher leur nom en langue normande.

« Donner une âme à nos villages »

Enfin, attention, parler de « langue » n’est pas  une vérité, rétorque Stéphane Laîné, docteur en science du langage spécialisé dans l’histoire de la langue française et la dialectologie. Il faut plutôt choisir le terme de "parlers normands" qui sont des variations régionales de la langue française . Ceci est dit.

Dans le sud de l’Eure, Chéronvilliers n’est pas la seule cité à vouloir connaître son vrai nom normand. Le linguiste qui, avec deux collègues, travaille sur ce projet, les détaille : « nous avons aussi Chennebrun, Breteuil et Le Lesme ».

En 2017, déjà, Brestot, village de 500 habitants dans le nord de l’Eure, n’avait pas attendu Hervé Morin. Six nouveaux panneaux d’entrée du village avaient été installés avec le nom Brétot.

Si le coût pour les municipalités – « entre 200 et 300 euros pour un panneau » annonce Patrice Boudeyron – est minime du fait que la traduction, elle, est gratuite, c’est surtout un formidable élément de valorisation.

Oui, cela valorise nos communes et donne une âme à nos villages auxquels nous sommes attachés. En faisant cette demande, nous voulons défendre notre patrimoine et nos valeurs. J'ai une pensée particulière pour mes administrés. Pour les plus anciens, cela va sans doute leur rappeler des choses, une manière de parler le patois normand. C'est important de maintenir cela.

Patrice Boudeyron Maire de Chéronvilliers

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Dans l’Eure, la Ville de Brestot donne Brétot en parler normand

Conseil scientifique

Au sein du conseil municipal, « nous sommes curieux de savoir ce que ça va donner ».

A environ 140 kilomètres de Chéronvilliers, c’est à Caen (Calvados), que Stéphane Laîné, le linguiste et deux de ses collègues archiviste et historien vont plancher pour mener à bien ces travaux. Un véritable conseil scientifique se met en place. Et le tout de façon bénévole.

En tout, c'est au moins une demi-journée de travail. Nous devons, à chaque fois, établir une méthodologie précise. Nous avons plusieurs axes de recherche. Dans les sources et archives, afin de trouver de potentielles formes anciennes des noms de communes, des étymologies sous l'Ancien Régime.

Stéphane Laîné Linguiste

Le conseil scientifique tient compte également de la forme orale du nom, « dans certains documents, nous nous apercevons de l’évolution de la prononciation des noms ». Comme le souligne Stéphane Laîné, « rien ne vaut le fait d’aller frapper à la porte des personnes âgées et aînés des villages ». En effet, grâce à eux, certaines questions peuvent trouver une réponse.

Parfois, pas de solution

A l’issue des heures de recherche et selon les éléments trouvés, « nous formulons quelques préconisations et réponses aux municipalités. C’est ensuite à elles de faire un choix ».

S’agissant de Chéronvilliers, « nous n’avons pas encore eu le temps de nous pencher sur ce sujet ». Parfois, il suffit simplement d’enlever une lettre. « À l’image d’Épaignes dans l’Eure, confirme Stéphane Laîné. En réalité, quand la lettre i  est suivie des lettres  et  n , il ne se prononce pas. Ainsi, la commune se dit:  Epagne . D’ailleurs, des écrits passés l’ont prouvé ». Le linguiste prend l’exemple du mot que l’on connaît tous: dans le mot oignon, le i ne se prononce pas ».

Mais attention, cet enthousiasme exalté de vouloir trouver son nom normand ne conduit pas forcément à un résultat probant. « Notre démarche est scientifique, nos analyses rigoureuses et notre travail d’archives se veut le plus complet. Parfois, il faut se rendre à l’évidence qu’il n’y a pas d’autres formes ».