Un autre proverbe, normand celui-là, dit aussi: "le mauvais temps c'est le temps qui dure trop longtemps" que l'on pourrait aussi compléter en disant: "... qui arrive au mauvais moment!"

Les arboriculteurs sont dans l'inquiétude la plus totale: les pommes, poires et cerises qui font la réputation de nos vergers normands risquent de se faire rare cette année. Avec dix jours de froid (qui continue avec cette très désagréable bise de Nord-Est) et plusieurs fins de nuit entre -2 près du littoral et -5 degrés dans les arrières pays-ruraux, les producteurs de fruits normands anticipent, d'ores-et-déjà des baisses de production dépassant les 50%.

Le bien nommé Julien Denormandie, ministre de l'Agriculture a, bien entendu, lancé la procédure de classement en "catastrophe naturelle" pour ouvrir les droits aux aides financières.

Mais ce sont les assureurs d'être, à leur tour inquiets: le déréglement climatique risque de rendre de plus en plus courant une inversion difficile à gérer pour les arboriculteurs avec un hiver doux auquel succède un début de printemps glacial qui impacte un cycle végétatif de plus en plus précoce...

https://actu.fr/normandie/mesnil-en-ouche_27049/a-mesnil-en-ouche-terre-de-pommiers-on-s-organise-pour-lutter-contre-le-gel_41023320.html

A Mesnil-en-Ouche, terre de pommiers, on s'organise pour lutter contre le gel

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Alors que les gels de ces derniers jours causent des dégâts aux pommiers, Mathieu Vandooren, producteur à la Barre-en-Ouche (Eure), fournit quelques conseils pour s'en prémunir.

Une fois de plus, comme pour les quatre dernières années le gel a sévi, avec des pointes à moins 5°C alors que les arbres fruitiers commencent à être en fleurs. Pour les agriculteurs cela devient dramatique. Dans la nuit du 6 au 7 avril certains vergers normands ont perdu jusqu’à 100 % de leur future récolte.

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Le sud du département de l’Eure a été particulièrement touché et Mesnil-en-Ouche n’a pas été épargnée. Or elle serait la « commune française comptant le plus de pommiers », d’après l’agriculteur et conseiller municipal Mathieu Vandooren.

Le gel, terreur des producteurs

Pour connaître l’impact réel des vagues de froid de printemps, tout est fonction de l’avancée du bourgeon et de la température. Par exemple, pour un bourgeon dont la couleur des pétales est visible le seuil critique est de -2,2 degrés. Si le gel atteint -4,4, cela créera 90 % de dégâts. Pour un bourgeon en pleine floraison, le seuil critique sera à -2. À -3,9 il est également possible de déplorer jusqu’à 90 % de pertes. Alors, lorsqu’il est indiqué que lors de la nuit du 6 au 7 avril, la température a baissé jusqu’à -5, l’angoisse des agriculteurs fruitiers est compréhensible.

Pour l’instant, il est encore trop tôt pour chiffrer les dommages mais ils s’élèveront très certainement au-delà de 50 %. L’État accordera peut-être des aides par l’intermédiaire des chambres de l’agriculture, mais celles-ci ne communiqueront que vers fin mai – début juin, après la floraison de toutes les variétés et une fois que toute l’étendue du désastre sera connue.

Il n’existe que peu de moyens pouvant diminuer le risque de voir les bourgeons gelés. Afin de grappiller quelques dixièmes de degrés en plus et de limiter les dégâts, quelques méthodes sont néanmoins utilisées.

Voici les techniques possibles pour limiter les dégâts

La bougie : c’est-à-dire mettre une bougie spéciale à brûler aux pieds des arbres ce qui représente plus ou moins 300 bougies à l’hectare et donc un prix de revient très élevé pour les vergers de pommes à cidre ou industrielles qui sont très nombreux dans la région. Cette méthode est beaucoup utilisée aux pieds des vignes en Alsace.

Les éoliennes mobiles : on peut les placer et déplacer dans le verger. En général, l’air au pied des arbres est plus chaud que celui à hauteur des bourgeons. Par le brassage de l’air près de la terre avec l’air près des bourgeons, cela permet de rehausser légèrement la température environnante et éventuellement d’éviter la destruction des futures pommes (ou fruits).

Les ballots de paille : Chez Mathieu Vandooren, à La Barre-en-Ouche, comme chez de nombreux de ses collègues la solution choisie est l’emploi de ballots de paille. Ceux-ci sont disposés à égale distance tout le long et de chaque côté du verger. Ils brûlent à petit feu. La fumée de ceux qui sont disposés dos au vent (on ne sait jamais d’où viendra le vent, c’est pourquoi les ballots sont placés de chaque côté de l’exploitation) crée un plafond au-dessus du verger et en même temps augmente sensiblement la température.

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L’exploitant doit vérifier très régulièrement l’avancée du feu afin de remplacer les bottes de foin, de jour comme de nuit. Les ballots sont aussi le moyen le plus accessible et le moins cher. Mais c’est surtout une belle preuve d’entraide entre agriculteurs puisqu’un grand nombre de ballots sont fournis par des collègues n’ayant pas de vergers à protéger afin d’essayer de limiter les dégâts chez les cultivateurs d’arbres fruitiers.

Ainsi que l’explique Mathieu Vandooren :

" On ne va pas éviter le gel mais nous mettons tout en œuvre afin d'arriver à gagner quelques dixièmes de degré pour que les dégâts soient moindres. "

Mathieu VandoorenAgriculteur à Mesnil-en-Ouche

 Les producteurs des environs souffrent déjà de la crise sanitaire et espèrent que les habitants pourront être solidaires en achetant plus local.

Par notre correspondante, Dominique Duvoux