A quelques semaines de la décision définitive de la Commission européenne pour boucler le financement du projet de Canal Seine Nord Europe qui mettra en liaison fluviale directe les ports d'Anvers et de Rotterdam au port fluvial autonome de Paris, l'inquiétude est vive dans les milieux logistiques et portuaires normands.

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LE HAVRE                                                                  ANVERS

En réalité, il s'agit moins de s'opposer frontalement à ce projet qui va désenclaver la vallée de la Seine vers le Nord que de s'inquiéter de la faiblesse actuelle des infrastructures logistiques multi-modales en amont des GPM du Havre et de Rouen: le dossier du fret ferroviaire est toujours aussi catastrophique, le projet de terminal multimodal ferroviaire du Havre a du retard, les écluses sur la Seine sont vétustes et on attend toujours la création de ses fameuses bases multi-modales le long de la Seine pour faire de la vallée de la Seine normande ce fameux "Gateway" dont certains encravatés officiels se gargarisent autour de tables pas si rondes que cela !

Avec un CPIER Vallée de la Seine (2015 /2020) quelque peu sous-financé quant à l'apport réel de l'Etat, on a donc raison de s'inquiéter à la perspective prochaine du canal SNE.

Il faudrait surtout un vrai LOBBY NORMAND !


En attendant, c'est Jacques Attali qui s'y colle...

http://blogs.lexpress.fr/attali/2015/06/01/un-choix-cache-quel-port-pour-la-france-rotterdam-ou-le-havre/

Un choix caché : quel port pour la France, Rotterdam ou le Havre?

La démocratie est ainsi faite que les Parlements et les opinions publiques passent parfois des mois, sinon des années, à discuter de sujets absolument mineurs, (comme le nombre de dimanches d’ouverture de quelques magasins) , et zéro minute sur des sujets structurant pour des siècles l’avenir d’un pays. Ainsi du choix entre la création d’un canal Seine Nord, et le renforcement du port du Havre. Un des choix majeurs, qui devait être fait durant ce quinquennat. Et qui a été fait de la pire des façons dans la forme comme sur le fond.


Un choix majeur, parce que l’avenir d’une nation se décide depuis des millénaires par l’avenir de ses ports, par lesquels transitent encore 80% du commerce mondial. En France, l’essentiel des marchandises passent aujourd’hui par les ports d’Europe du Nord, et le reste par quelques ports français, dont le Havre et Marseille sont les deux premiers.


La décision, à prendre depuis dix ans, était de savoir si on tente de donner un avenir aux ports français, ou si on y renonce en améliorant les capacités de transit du cœur de notre pays, l’ile de France, vers les ports d’Europe du nord.


Le premier projet serait le renforcement du port du Havre. Il le mérite : port en eau profonde, accessible 24h/24, bénéficiant d’une position stratégique face à l’Ile-de-France et à l’entrée de l’Europe du Nord. Par lui passe 68 millions de tonnes de marchandises, soit l’essentiel du trafic français de conteneurs et 40% des approvisionnements de pétrole brut du pays.

Pour le renforcer, le projet serait de construire une autoroute ferroviaire d’acheminement de fret allant du Havre jusqu’en Europe centrale en passant par Amiens et Chalons en Champagne. Le cout en serait de 160 millions d’euros, auquel il faudrait ajouter celui de la ligne à Grande Vitesse entre le Havre et Paris, et la poursuite de l’aménagement du port du Havre, ou plutôt du port devenu commun entre le Havre, Rouen et Paris, pour en faire un port de dimension mondiale. Pour ses partisans, ce premier projet supposerait aussi de faire du Havre la capitale de la nouvelle région Normandie, pour sortir de la rivalité entre Rouen et Caen et pour que le Grand Paris ne se limite pas à un métro circulaire, et qu’il inclut la vallée de la Seine. (sic !!!)


Le deuxième projet viserait au contraire à faciliter le passage par les ports d’Europe du Nord des marchandises venant et allant à Paris. Il prévoit pour cela la réalisation entre Compiègne et Cambrai d’un canal de 54 mètres de large, profond en moyenne de 4,5 mètres et long de 106 km reliant l’Oise au canal Dunkerque-Escaut. Pour ses partisans, cette liaison devrait permettre la traversée de barges de grande capacité (jusqu’à 4400 tonnes) et d’une longueur de 185 m (soit l’équivalent de 200 camions de transport.) Il ferait basculer une partie des marchandises qui encombrent aujourd’hui l’autoroute du nord sur un trafic fluvial et il aiderait à développer l’économie de la Picardie. Ce projet couterait 4,3 milliards d’euros, qui seraient financés à 60% par l’État et les collectivités locales, et à 40% par l’Union Européenne, qui doit en décider en juillet prochain.


Car, entre ces deux projets, le choix vient d’être fait, d’une façon clandestine : et c’est le pire choix possible ! On a choisi sans en débattre le deuxième projet, qui détruit le Havre au bénéfice d’Anvers et de Rotterdam (respectivement 3 et 7 fois plus importants). On a choisi le Nord contre la Normandie, en prétendant qu’on peut favoriser les deux. Sans aucun débat national.


Deux ans avant le cinq centième anniversaire de la création du Havre, on vient de mettre un clou sur son cercueil. Et ceux qui, depuis des décennies, pensent qu’il faut aider Rouen contre le Havre, finiront peut être par comprendre que la mort de l’un précèdera de peu la mort de l’autre. Suivra ensuite celle de Paris. Ceux qui auront pris cette néfaste décision ne seront plus là depuis longtemps.


j@attali.com


 

Commentaires de Florestan:

La seule solution pour que cette prophétie de malheur soit conjurée c'est l'unité normande avec un projet normand fort et ambitieux et la naissance enfin d'un LOBBY NORMAND !

Nous aurons l'occasion de rencontrer François Philizot, le délégué interministériel au développement de la Vallée de la Seine à l'occasion d'un prochain colloque au centre culturel international du château de Cerisy  (Manche) sur le projet et l'avenir normand qui se tiendra du 12 au 15 juin prochain: nous l'interrogerons sur ce sujet.

Quant à la vallée de la Seine, que Monsieur Attali veuille bien considérer qu'elle soit normande et qu'un port puisse par lui-même décider de la maîtrise de son hinterland: si Anvers et Rotterdam peuvent se permettre d'ambitionner d'être les ports de Paris c'est que les ports d'Anvers ou de Rotterdam ne seront jamais dirigés depuis... Paris.

En conséquence, l'une des propositions les plus importantes à mettre au coeur du futur projet normand est la suivante:

Faire en sorte que la direction commerciale et stratégique d'HAROPA soit au Havre avec la création d'un véritable "port center" comme à Anvers ou à Rotterdam...

http://www.doka.com/web/newsroom/press/New_Port_House1.fr.php

Vues d'artiste du projet architectural plutôt audacieux pour le nouveau siège du port d'Anvers "port center" ou "Nieuw havenhuis" en cours de construction... Pour mémoire, le patron du port d'Anvers c'est l'échevin, c'est à dire le maire de la ville.

Autre grand projet qui vient de démarrer dans le port d'Anvers: la construction de la plus grande écluse du monde (500 mètres de long sur 68 mètres de large et plus de 17 mètres de fond) pour relier les bassins de la rive gauche de l'Escaut à la mer.

http://meretmarine.com/fr/content/le-port-danvers-va-construire-la-plus-grande-ecluse-du-monde

Au Havre, le député-maire Edouard Philippe a repris heureusement la même idée: mieux vaut tard que jamais !

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http://www.lehavreportcenter.com/