Mardi 24 novembre 2015, le MEDEF Normandie avait invité MM. Mayer-Rossignol et Morin pour un débat au Havre sur l'avenir économique de la région et les projets pour développer la Normandie. Il est regrettable que la parole des autres candidats n'ait pas été prise en compte: MM. Soubien et Bay ont été écoutés à part et au préalable tandis que MM. Jumel, Calbrix sans même parler des deux autres, n'ont pas été consultés.

Quant aux attentes du MEDEF en Normandie et pour la Normandie, la limitation du débat ou du temps de parole que les patrons ont décidé pour nous faire gagner du temps en nous épargnant la peine d'écouter des considérations lénifiantes sans imagination ou de véritables propos d'ivrognes, pourrait aussi s'appliquer aussi à eux-mêmes: moins de contraintes en Normandie, voilà en somme, comment résumer la réflexion normande du MEDEF.

Franchement! On est au ras des paquerettes dans la campagne normande!


Voir ci-après le compte rendu proposé par la lettre d'informations "Normandie XXL":

http://www.normandiexxl.com/article.php?id=1174

collectivités

Le Medef fait débattre les candidats : Hervé Morin force de proposition, Nicolas Mayer-Rossignol adepte du statu quo

 Nicolas Mayer Rossignol, Gilles Sergent l'animateur, Hervé Morin

Collectivités- Les Régionales sont dans 12 jours et les entreprises sont au premier chef concernées par les choix politiques que feront les citoyens. Le Medef qui rassemble 5.000 entreprises en Normandie a organisé mardi 24 novembre, un débat entre ce qu’il considère comme les deux principaux candidats : Nicolas Mayer-Rossignol (PS – PRG) et Hervé Morin (UDI – LR – Modem) au Centre du Commerce International du Havre. Son conseil d’administration avait rencontré au préalable Yanic Soubien, candidat écologiste et Nicolas Bay, candidat frontiste qui ont eu chacun 45 minutes pour exposer leurs idées sur la Normandie.

Si les quelque 500 personnes présentes s’imaginaient une rencontre du style de celle qu’on peut suivre sur BFM avec candidats chauffés à blanc et s’étripant jusqu’à l’injure, parlant tous ensemble dans une cacophonie parfois inaudible, ils seront restés sur leur faim. Avec le Medef, nous sommes entre gens bien élevés et chacun respecte la parole de l’autre, simplement s’il n’est pas d’accord il apporte une précision complémentaire. Ce qui n’exclut pas à certains moments la montée sensible d’une tension. Le débat a éclairci bien des points et la première impression qui se dégage est celle d’un candidat centriste riche en propositions pour arracher la Normandie à sa torpeur, quand le PS garde plutôt le pied sur le frein pour ne rien changer.

Des paroles plutôt que des actes

Dans son propos liminaire Arnauld Daudruy, président du Medef Normandie a rappelé que les chefs d’entreprise sont : « plus sensibles aux actes qu’aux paroles et qu’ils n’attendent pas des directives d’un pouvoir politique mais aimeraient qu’on leur facilite le travail. Malgré les éléments économiques positifs (prix du pétrole, cours de l’euro etc.) 32 entreprises normandes d’importance ont encore fermé au 2e trimestre de cette année. » Les grandes priorités du Medef ont été données dans le livre blanc présenté récemment dans nos colonnes et désormais il s’agit de faire de la Normandie « une marque à haute valeur ajoutée. »

Gilles Sergent, président de Récréa et président du comité économique du Medef a animé le débat, 11 questions avaient été préparées dont les candidats n’avaient pas eu connaissance auparavant, le tirage au sort a désigné Nicolas Mayer Rossignol pour commencer. Des deux heures de débats quelques grandes lignes se dégagent.

Arnauld Daudruy, président du Medef Normandie

Franche opposition sur l’organisation des territoires

Si la proposition des 15 géographes qui suggèrent un développement polycentrique de la Normandie a globalement l’accord des deux candidats, la différence se marque quant à la répartition des pouvoirs Hervé Morin se prononce clairement pour « la localisation du Conseil Régional à Caen, puisque la Préfecture est à Rouen car il importe que les Bas-Normands ne se ferment pas et qu’aucune région ne se sente dégradée. » Nicolas Mayer Rossignol ne prend pas vraiment position sur ce point mais plaide pour des pôles de développement « Caen l’universitaire, Le Havre la maritime ». Pas de doute selon le choix des électeurs, l’organisation territoriale normande sera bien différente.

Financement des entreprises : grosse Bertha ou impressionnisme ?

Une des idées force d’Hervé Morin réside dans la nécessité de mettre en place un fonds de 100 millions d’euros pour le financement d’une économie normande qu’il juge « sous capitalisée et en manque de fonds propres ». Il propose la mise sur pieds d’un fonds qui constituera un écosystème favorable au développement des entreprises, en n’analysant pas les dossiers à la manière des banquiers frileux et peu disposés à prendre des risques, mais constitué de chefs d’entreprises à la retraite (pour éviter les conflits d’intérêts). Il faut doper la start-up, la PME et même le canard boiteux.

Nicolas Mayer Rossignol rappelle : « qu’il existe déjà de nombreuses structures pour soutenir les entreprises et que le risque c’est de créer simplement une structure de plus qui accroîtra encore la complexité de la situation » Hervé Morin précise son projet : « il faut tout regrouper en une seule agence réactive», et signale au passage : « que NCI (ndlr: Normandie Capital Investissement) le fonds d’investissement normand qui joue les business-angels n’est intervenu que sur 120 dossiers en 10 ans, on est loin du financement massif dont a besoin la Région. » Pour résoudre ce problème Nicolas Mayer Rossignol évoque « un changement de méthode », terme qui reviendra fréquemment dans ses analyses et qui fleure bon la technocratie.

Les mots clés de la Normandie

Nicolas Mayer Rossignol met en avant la nécessaire valorisation du mot « Normandie », ainsi que celle de ses compétences il reprend une de ses phrases familières : « le Normand a le savoir-faire et manque de faire savoir ». Pour lui une place décisive est à accorder à l’innovation.

Pour Hervé Morin il s’agit de : « reconstruire une identité normande qui a été cassée par la scission en deux, de développer une stratégie d’image et de réactiver notre imaginaire » Il met aussi en avant la valorisation de l’ensemble des territoires normands et en accorde une place capitale à nos600 km de côte et au fleuve pour retrouver la vocation maritime oubliée. Nicolas Mayer Rossignol conteste la notion « d’identité normande» et le recours fréquent d’Hervé Morin au modèle breton.

Rapport avec les entreprises : la coopération ou l’évaluation ?

Hervé Morin fait l’éloge de la politique de filière telle qu’elle est menée par NAE (Normandie Aero Espace) et dont la technique est à développer dans d’autres secteurs industriels, il souhaite que : « les entrepreneurs bénéficient de la commande publique qui doit servir au développement des infrastructures de la Région mais surtout il souhaite la création d’un vrai dialogue avec les entreprises par la création d’un conseil de chefs d’entreprises consulté régulièrement par les élus pour suivre l’évolution de la situation. »

Nicolas Mayer Rossignol annonce qu’il faut changer les façons de faire, là encore il analyse : « que tout est une question de méthode et qu’il est évident que le temps administratif diffère du temps administratif ». Il souhaite mettre en place : « des méthodes d’évaluation de l’action publique à la manière de ce qui se passe dans les pays du Nord. » Au pragmatisme du centre s’oppose la méthodologie administrative de la gauche.

Détérioration des infrastructures : trains et avions

Suite à une enquête du Medef les chefs d’entreprises considèrent à 35% que l’offre aéroportuaire est plus mauvaise qu’avant et à 65% que l’offre ferroviaire s’est dégradée.

Il ne fait pas de doute pour Nicolas Mayer Rossignol que: « la connectivité soit la clé du développement de la Région, celle-ci ne concerne pas seulement les transports mais aussi le haut débit. »

Il rappelle que: « pour la LGV la décision dépend du pouvoir central, les lignes entre Paris et la Normandie sont saturées, 1.500 trains arrivent quotidiennement à St Lazare et 100 seulement concernent la Normandie. » Bref selon le leader socialiste on ne peut pas faire grand-chose. Son action a consisté à « rapatrier » ce qui pouvait l’être comme les ateliers de maintenance, comme l’amélioration de la qualité des gares. Le ferroviaire représente un coût colossal et il souligne que « les 10 Régiolis Dieppe /Rouen coûtent 80 millions d’euros. »

Hervé Morin n’entend pas rester inactif en attendant une hypothétique LNPN dont on comprend maintenant qu’elle n’arrivera guère avant 2050. Pour développer la Région il souhaite: « instaurer un cadencement rapide entre Caen et Rouen (1h 05) pour qu’étudiants et travailleurs puissent circuler quotidiennement entre ces deux villes, idem pour Rouen / Le Havre ; quant à la liaison Caen / Le Havre c’est par autocar qu’il faut la prévoir. » Il entend bien faire le siège de Guillaume Pépy pour obtenir des améliorations et du rattrapage puisque le président de la SNCF reconnaît que : « sa société a une dette à l’égard de la Normandie ».

« Puisque la Région contribue largement au financement des trains pourquoi n’en prendrait elle pas la gouvernance ? » propose-t-il. Là Nicolas Mayer Rossignol voit rouge et évoque : « l’ampleur des budgets en jeu rien que l’électrification Serqueux / Gisors coûte 260 millions d’euros et le budget de la Région n’est que de 1,6 milliard d’euros. »

Quant aux aéroports, Nicolas Mayer Rossignol rapporte que: "toutes les compagnies aériennes consultées sont favorables au développement de Deauville mais si l’aéroport de Caen est autonome financièrement il pourra continuer à exister". Pour Hervé Morin, les 4 aéroports doivent réunis dans un syndicat mixte.

Incontestablement cette rencontre éclaire plus précisément les positions des candidats sur certains points clés et les points de rupture se dessinent plus nettement, s’ils sont tous deux pour les énergies décarbonées, s’ils souhaitent favoriser le développement des économies d’énergie par l’isolation des établissements publics, Hervé Morin a pu afficher sa foi dans le nucléaire qui est atout extraordinaire pour les énergies décarbonées quand Nicolas Mayer Rossignol dépend sur ce point des écologistes qui le rejoindront au 2e tour et sont violemment contre.

Le plus surprenant fut sans doute l’écart entre la boîte à idées que représente Hervé Morin et la quasi résignation de Nicolas Mayer Rossignol.


 

Commentaire de Florestan:

A quoi bon une bonne boîte à idées s'il n'y a pas une bonne tirelire pour financer les bonnes idées? Ne serait-il pas temps d'explorer la voie des solutions de financement alternatives? En plus des fonds structurels européens au profit de la Normandie qui va bénéficier de la clause de la "région intermédiaire" qui avait été obtenue par la Basse-Normandie et qui sera généralisée à toute la Normandie, on pourrait lancer un grand emprunt régional en mobilisant l'épargne normande. Ou alors: avoir recours à un fonds de pension ami de la Normandie pour des raisons historiques et culturelles évidentes: nous ne pensons pas, bien entendu, au Qatar mais à la Norvège...