La nationalisation des élections régionales est désormais totale! Avec l'effet de souffle des attentats du 13 novembre dernier et le rôle de Croque mitaine ou de parti du "Père Fouettard" (rappel: nous votons le jour de la Saint Nicolas, le vrai nom du Père Noël) joué par le Front National dans la perspective de la prochaine élection présidentielle de 2017 ont contribué à faire passer totalement au second plan les enjeux locaux et régionaux.

En Normandie, pourtant, on aurait pu croire qu'il en aurait pu en être autrement puisque la Normandie fusionnée devient sur la carte de France, la seule vraie région pour mettre en oeuvre un projet de territoire authentique, pour expérimenter réellement en France l'idée de région: selon divers sondages, l'attente normande des électeurs serait forte, estimée à 52% des personnes sondées dans le dernier sondage BVA du 29 novembre 2015 tandis que 69% des lecteurs de La Manche Libre avaient répondu OUI à la question posée la semaine passée: "voterez vous en fonction des enjeux régionaux?"

Mais au delà de ces raisons conjoncturelles qui renvoient au fonctionnement nationalo-jacobin de la vie politique française, il y a aussi, hélas, des raisons structurelles profondes pour nourrir le désintérêt médiatique et politique profond pour l'idée de région en France. Et ces raisons sont justement pointées par Jean-Luc BOEUF dans son dernier ouvrage: "un seul lit pour deux rêves" qui vient de paraître et qui dénonce le fait que la France n'a toujours pas clairement choisi entre le modèle du centralisme jacobin et le modèle émergent de la décentralisation régionale.

Selon ce haut-fonctionnaire (un tantinet jacobin départementaliste) l'institution régionale ne peut faire concrètement (finances et compétences) ce que le discours politique officiellement décentralisateur voudrait lui faire jouer: la réforme de janvier 2015 consistant à faire 13 "grandes" régions qui sont en fait de grands machins qui ne ressemblent à rien à l'exception remarquable de la Normandie, est un trompe l'oeil mal fichu, barbouillant un mauvais paravent de modernité réformatrice régionale (à la demande de la Commission européenne) masquant un centralisme jacobin étatique qui demeure largement en place.

L'idée de région n'a pas été pensée: les technocrates des ministères parisiens n'en veulent pas sauf pour externaliser au moindre coût vers des collectivités territoriales n'ayant aucune marge de manoeuvre financière (l'essentiel du budget régional est attribué par l'Etat central) et quasiment aucune liberté politique (l'essentiel des compétences régionales sont obligatoires) les politiques publiques qui, autrefois, dépendaient des administrations de l'Etat central.

Bref! les conseils régionaux même réduits à 13 avec des territoires plus grands (et souvent incohérents au niveau géo-historique sauf en Normandie) n'ont aucun intérêt politique car il n'y a toujours pas en France de pouvoir régional: Jean-Luc BOEUF avec son pavé lancé dans la mare affirme donc que l'institution régionale en France, dans son état actuel, n'a aucune utilité...

On ne partagera pas cet avis mais, hélas, la réalité observable donne raison à cette critique... jacobine du jacobinisme !


 

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http://www.jean-luc-boeuf.fr/actualites/seul-lit-pour-deux-reves-la-france-ses-regions-2/

Vient de paraîtreUn seul lit pour deux rêves – La France et ses régions présente cent cinquante ans de débats et de réformes du monde local, en consacrant à chaque année depuis 1865 un thème qui a fait l’objet d’une mesure concrète et sa contribution à la nouvelle France des territoires. Dans quelques jours, les élections de décembre 2015 dans les nouvelles régions marqueront-elles le début d’une nouvelle ère ?

Les provinces et l’Etat. L’Etat et les régions. Les régions et les communes. Ces couples se cherchent depuis que la France se façonne. Le retour fréquent des régionalismes révèle ce jeu complexe que la France entretient avec le monde local, qu’il s’agisse des provinces hier ou des collectivités locales aujourd’hui.

Mot d’ordre. En 1865, dix-neuf intellectuels lorrains, notables et hommes politiques de divers horizons, publient un document qui reprend leurs discussions relatives à la décentralisation. Leur mot d’ordre est simple : « ce qui est national à l’Etat ; ce qui est régional à la région ; ce qui est communal à la commune ». La décentralisation tient ici son mot d’ordre.

Demain. Particulièrement réticent au départ, l’Etat a souhaité contrôler fermement la place prise par la région, dans ce paysage institutionnel chargé où communes et départements sont les véritables acteurs historiques. Demain, les régions réussiront si l’Etat leur fait confiance, si les élus font preuve de pédagogie et si les citoyens participent.

 

Jean-Luc Bœuf, Un seul lit pour deux rêves – La France et ses régions, Primset éditions, 2015 – 20 €