Oui, oui c'est de l'allemand et c'est un fameux extrait du poème de Schiller (1785) mis en musique par le grand Ludwig pour le 4ème mouvement de sa IXème symphonie que nous avons réécouté ce jour dans la version magnifiquement musculaire et vitaliste qu'en avait donné le grand chef Nikolaus Harnoncourt à la tête de l'orchestre des Jeunes de l'Europe puisque ce grand visionnaire de la musique vient de nous quitter.

L'Europe des valeurs (les vraies, pas celles qui sont côtées en bourse) s'effondre dans la boue où pataugent des jeunes désespérés fuyant malheur et misère, dans la frilosité confortable contre ces "indésirables" venus nous emmerder et qu'il faudrait reconduire à la frontière... dans un canot pneumatique? Sans même parler des trafiquants de chair humaine qui prospèrent et de la pusillanimité des gouvernements asthmatiques craignant "l'appel d'air"...

Le texte de la chansonnette européenne mérite donc d'être cité en entier:

Texte original allemandTraduction française
O Freunde, nicht diese Töne!
Sondern laßt uns angenehmere anstimmen
und freudenvollere.
Ô amis, pas de ces accents !
Laissez-nous en entonner de plus agréables,
Et de plus joyeux !
Freude, schöner Götterfunken
Tochter aus Elysium,
Wir betreten feuertrunken,
Himmlische, dein Heiligtum!
Deine Zauber binden wieder
Was die Mode streng geteilt;
Alle Menschen werden Brüder
Wo dein sanfter Flügel weilt.
Joie, belle étincelle divine,
Fille de l'assemblée des dieux,
Nous pénétrons, ivres de feu,
Ton sanctuaire céleste!
Tes charmes assemblent
Ce que, sévèrement, les coutumes divisent;
Tous les humains deviennent frères,
lorsque se déploie ton aile douce.
Wem der große Wurf gelungen,
Eines Freundes Freund zu sein;
Wer ein holdes Weib errungen,
Mische seinen Jubel ein!
Ja, wer auch nur eine Seele
Sein nennt auf dem Erdenrund!
Und wer's nie gekonnt, der stehle
Weinend sich aus diesem Bund!
Celui qui, d'un coup de maître,
a réussi
D'un ami d'être l'ami ;
Qui a fait sienne une femme accorte,
Qu'il mêle son allégresse à la nôtre!
Oui, et même celui qui ne peut appeler sienne
Qu'une seule âme sur la Terre!
Mais celui qui jamais ne l'a su,
Qu'en larmes il se retire, de cette union !
Freude trinken alle Wesen
An den Brüsten der Natur;
Alle Guten, alle Bösen
Folgen ihrer Rosenspur.
Küsse gab sie uns und Reben,
Einen Freund, geprüft im Tod;
Wollust ward dem Wurm gegeben,
und der Cherub steht vor Gott.
Tous les êtres boivent la joie
Aux seins de la nature ;
Tous les bons, tous les méchants,
Suivent sa trace parsemée de roses.
Elle nous a donné des baisers et la vigne ;
Un ami, éprouvé par la mort ;
La volupté fut donnée au vermisseau,
Et le Chérubin se tient devant Dieu.
Froh, wie seine Sonnen fliegen
Durch des Himmels prächt'gen Plan,
Laufet, Brüder, eure Bahn,
Freudig, wie ein Held zum Siegen.
Joyeux, comme ses soleils volant
À travers le somptueux dessein du ciel,
Hâtez-vous, frères, sur votre route,
Joyeux comme un héros vers la victoire.
Seid umschlungen, Millionen!
Diesen Kuß der ganzen Welt!
Brüder, über'm Sternenzelt
Muß ein lieber Vater wohnen.
Ihr stürzt nieder, Millionen?
Ahnest du den Schöpfer, Welt?
Such' ihn über'm Sternenzelt!
Über Sternen muß er wohnen.
Soyez enlacés, millions.
Ce baiser au monde entier !
Frères ! Au-dessus de la voûte étoilée
Doit habiter un père bien-aimé.
Vous vous effondrez, millions ?
Monde, as-tu pressenti le Créateur ?
Cherche-le par-delà le firmament !
C'est au-dessus des étoiles qu'il doit habiter.

Depuis les opérations de démantèlement d'une "jungle" célébrée par ailleurs dans la presse bobo parisienne par des journalistes qui n'y habiteront jamais, les réfugiés ont le choix (fortement suggéré par le gouvernement) d'être accueillis dans de nombreuses villes françaises bien éloignées des côtes de la Manche et de la désirée et perfide Albion...

Perfide en effet, car depuis 2003 et les léonins accords du Touquet signés entre Tony Blair et Jacques Chirac (qui s'est fait avoir...) c'est à la police française de faire sur le sol de France le sale boulot de tri et de répression des populations jugées indésirables outre Manche: la police britannique pousse, en ce moment, l'outrecuidance jusqu'à encadrer elle-même et à donner les ordres adéquats aux policiers et douaniers français à Calais. C'est une vraie humiliation mais Londres paie bien. Pour une fois, on donnera raison au ministre Macron qui a averti les Anglais qu'en cas de "Brexit" la France dénoncerait immédiatement les accords du Touquet et laisserait passer sans sourciller toute personne amoureuse de l'Angleterre.

Mais il y a plus abject: il y a ces centaines de jeunes adolescents, mineurs ou jeunes adultes qui errent désormais sur toutes "les côtes de la Manche" (comme on disait sous la Révolution et l'Empire lorsque nous étions en guerre contre notre ennemi héréditaire préféré) car leur passage vers l'Angleterre, pour x mauvaises raisons, leur est refusé par les autorités britanniques avec la complicité des forces de l'ordre française alors que les familles de ces jeunes piégés chez nous sont déjà installées en Angleterre.

C'est la raison pour laquelle, près de 25% des jeunes déplacés de la jungle de Calais... reviennent sur les côtes de la Manche. Non plus à Calais mais plus à l'Ouest.

Et c'est alors que leur problème devient le nôtre: depuis quelques jours, les camps improvisés de réfugiés désireux de prendre un ferry ou n'importe quel esquif ou périssoire pour aller de l'autre côté de l'horizon (étrange... on dirait l'été 1940) se multiplient à proximité des ports normands équipés d'une passerelle ferry. Ils seraient près d'une centaine à Caen et Ouistreham. Plusieurs dizaines au Havre, à Dieppe et... Cherbourg, la ville du ministre de l'Intérieur qui ne voudrait, en aucun cas, l'installation d'une "jungle" dans la zone portuaire...

En attendant, on fait quoi?

Voir ci-après, le témoignage d'une photographe originaire de l'Orne qui était en reportage récemment dans la "jungle" de Calais:

Hymne___la_joie

(source: Ouest-France édition caennaise, 05/03/16)


 

  • Voir aussi cet article de Paris-Normandie qui fait le point de la situation sur le port de Dieppe:

http://www.paris-normandie.fr/detail_article/articles/5248065/newsletters/demantelement-de-la-jungle-accueil-des-refugies--la-normandie-face-a-la-crise-migratoire#.Vt37reYneM9

Démantèlement de la « jungle », accueil des réfugiés : la Normandie face à la crise migratoire

Publié le 06/03/2016 á 22H50

À l’heure du démantèlement de la « jungle » de Calais, la Normandie prend sa part dans la nécessaire relocalisation des migrants. 102 places ont été ouvertes à l’échelle des cinq départements, dans différents centres agréés où les personnes accueillies sont invitées à méditer plus sereinement une potentielle demande d’asile en France. Sur le terrain, l’afflux de migrants vers les ports transmanche du littoral normand, à Dieppe notamment, s’est nettement accru, bien qu’encore modeste. Le point sur la situation avec Nicole Klein, préfète de la région Normandie.

Démantèlement de la « jungle », accueil des réfugiés : la Normandie face à la crise migratoire

«Tout se bouscule», admet Nicole Klein. La préfète de région, en poste depuis le 1er janvier 2016, tient à faire le point en personne, au cœur d’une actualité alimentée quotidiennement par la crise migratoire. Une crise qui se répercute en Normandie via deux problématiques à la fois très proches et distinctes : l’organisation de l’accueil des demandeurs d’asile à travers le volontariat des communes (lire ci-contre), et la gestion immédiate du démantèlement progressif de la « jungle » de Calais.

Concernant cette dernière, 102 places ont officiellement été mises à disposition dans les cinq départements normands, indique la préfecture. Ces places à vocation temporaire – six mois maximum - sont ouvertes dans des centres d’accueil et d’orientation (CAO), au nombre de huit dans la région : cinq en Seine-Maritime (sur les communes du Grand-Quevilly, du Havre, de Saint-Etienne-du-Rouvray et de Gonfreville-l’Orcher), deux dans le Calvados (à Caen) et un dans l’Eure (Saint-Marcel).

Médecins du monde à Dieppe

Ces CAO, « ce sont des centres de vacances, des établissements Afpa, d’anciennes résidences pour personnes âgées », détaille Nicole Klein. Des lieux, en tout cas, où les associations financées par l’État (Coallia, Adoma) sont à même de pouvoir assurer l’accompagnement nécessaire en matière d’hébergement, de restauration et d’apprentissage de la langue. « Dix hommes de nationalité irakienne sont arrivés chez nous dans l’ancien foyer pour travailleurs migrants, dans la foulée de l’annonce du démantèlement de la «jungle»», confirme ainsi Jean-Paul Lecoq, maire de Gonfreville. « Quelques agents communaux sont prêts à donner un coup de main pour l’aide à l’alphabétisation, précise-t-il. Mais l’État n’a pas repris contact avec moi depuis que ces personnes sont descendues du bus.»

« Au début, il avait été prévu beaucoup d’endroits pour trois ou quatre personnes, mais c’est trop peu, explique quant à elle la préfète. On s’est rendu compte qu’il fallait plutôt accueillir une quinzaine de personnes ensemble pour faciliter l’intégration. » Bien avant que n’ait été décidée la fermeture d’une partie du bidonville calaisien, la Normandie a contribué à « la mise à l’abri» de migrants. Ainsi, début novembre dernier, une dizaine d’hommes (Soudanais, Afghans, Albanais) avait débarqué dans les locaux de l’organisme de formation Afpa, à Saint-Etienne-du-Rouvray. Cinq d’entre eux avaient ensuite été dirigés vers le Cada de Grand-Quevilly. Que sont-ils devenus ? « A ce jour l’ensemble des migrants accueillis ont quitté l’Afpa», indique la direction de l’établissement, évoquant « une régularisation administrative effectuée ». « Il y a beaucoup plus de demandes d’asile qu’au début, note Nicole Klein. L’idée, c’est de leur dire: de toute façon, vous ne pourrez pas aller en Angleterre. Ce qu’on vous propose, c’est de prendre le temps de vous poser, de réfléchir. »

Ce discours est tenu de la même manière à Dieppe par les membres d’Itinérance Dieppe, à l’égard des migrants qui tentent aujourd’hui leur chance sur le littoral normand. Cette association à vocation humanitaire est née il y a seulement quelques mois alors que les conséquences de l’impasse calaisienne, quasi-inexistantes encore l’été dernier, sont aujourd’hui clairement visibles. Il n’est pas question pour autant de submersion : ils seraient un peu moins d’une centaine d’individus regroupés aux abords de la cité portuaire, alors que l’ONG Médecins du Monde y est attendue cette semaine pour établir un diagnostic. « La situation est sensiblement la même à Ouistreham et à Cherbourg», complète également la préfète normande.

Itinérance Dieppe a vu le jour sous l’impulsion de Nicolas Legrand, un habitant de la région « sans passé associatif particulier », mais simplement estomaqué par les conditions de vie des personnes ayant pris l’habitude d’errer au pied des falaises proches du terminal transmanche.

«Éviter les points de fixation»

Son appel à la solidarité relayé sur les réseaux sociaux a suscité un élan de générosité inattendu. Depuis, la communauté turque dieppoise (près de 150 familles) s’est mobilisée pour assurer quotidiennement le secours alimentaire, les membres d’Itinérance Dieppe s’employant désormais à rechercher un local. Un besoin essentiel pour limiter les rassemblements qui ont pris l’habitude de se former à proximité du port, mais aussi pour accueillir, informer de manière plus discrète et sereine chaque migrant sur ses possibilités en matière de droit d’asile.

L’association bénéficie pour cela du concours « de la communauté d’agglo », explique Nicolas Legrand, tout en profitant de la bienveillance des services de l’État. « Chacun est dans son rôle », confie Nicole Klein, qui appelle néanmoins à « éviter les points de fixation ». « Je ne crois pas trop aux points de fixation, beaucoup repartent au bout de deux-trois jours », estime Nicolas Legrand, Dieppe n’offrant guère plus de chances que Calais. Preuve que le rêve d’Angleterre reste pour l’instant le plus fort : les 102 places mises à disposition par la préfecture en Normandie ne sont, aujourd’hui, pas toutes pourvues.

Thomas Dubois

t.dubois@presse-normande.com

Réfugiés : les communes attendent

François Hollande l’a redit la semaine dernière: la France restera fidèle à l’engagement d’accueillir sur son territoire 30000 réfugiés syriens et irakiens.

«Il ne suffit pas de dire: venez chez moi!»

«havre de paix»

T. D.

Calais : démantèlement et manif

Entamé il y a une semaine sous haute tension, le démantèlement de la zone sud de la « jungle » de Calais reprend aujourd’hui. Selon la préfecture du Pas-de-Calais, un peu plus d’un quart de la surface concernée avait été évacuée vendredi, soit « un peu plus de deux hectares» sur 7,5 ha. La préfète du Pas-de-Calais, Fabienne Buccio, a estimé que ces opérations pouvaient durer « un mois, peut-être plus».

Par ailleurs, environ 500 Calaisiens, dont nombre de commerçants qui estiment payer un lourd tribut à la crise migratoire, se rendent aujourd’hui près de l’Élysée à Paris. « Il y a une volonté de notre part de dire que les médias, surtout anglais, nous ont assassinés. Il faut redorer le blason et dire qu’il ne se passe strictement rien à Calais. Certes, il y a un bidonville à côté de chez nous mais l’État a repris la main», explique le président de l’Union des métiers et des industries de l’hôtellerie du Calaisis.

Pour parvenir à cet objectif, les communes ont été invitées, en septembre dernier, à faire part de leurs logements disponibles. Six mois plus tard, celles ayant répondu à l’appel sont toujours dans l’attente. En effet, contrairement à Calais, cet accueil durable, lui, dépend de la capacité de l’Europe à organiser la répartition des familles depuis les fameux hotspots, ces centres de contrôle qui permettent, aux frontières de l’Union européenne, d’identifier les réfugiés éligibles au droit d’asile*. Or, « pour l’instant le dispositif européen ne fonctionne pas », rappelle Nicole Klein.

À Rouen, son prédécesseur Pierre-Henry Maccioni avait tenu une grande réunion d’information le 17 septembre dernier à l’attention des municipalités seinomarines. Près de 120 d’entre elles y étaient représentées. Aujourd’hui, seulement 24 communes du département ont réellement fait part de solutions acceptables, qu’il s’agisse de logements communaux ou de logements sociaux vacants. Parmi elles : LeHavre, Rouen, Sotteville-lès-Rouen, Neufchâtel-en-Bray ou encore Yvetot...

D’autres ont uniquement relayé le souhait de certaines familles d’accueillir chez elles des réfugiés. C’est le cas de Fultot, dans le pays de Caux, ou encore d’Acquigny dans l’Eure. « Ce n’est pas possible, ça ne marche pas comme ça, tranche Nicole Klein. Les gens ne se rendent pas compte de ce que ça implique. Il ne suffit pas de dire: «Venez chez moi»!»

Seules ont été retenues les propositions prenant en compte un parcours d’accompagnement structuré et pérenne. « Dès l’instant où l’on se porte volontaire, il faut compléter un dossier officiel, où l’on renseigne le type de logement, sa surface, la proximité des écoles, d’un CCAS... », explique Denis Lebaillif, maire de Charleval dans l’Eure. La municipalité y reste déterminée à accueillir une famille de réfugiés, malgré l’organisation de manifestations hostiles, soutenues par le Front national. À Yvetot, la Ville s’est engagée à recevoir deux familles, rappelle le premier magistrat Émile Canu, « en lien avec les bailleurs sociaux, le Secours catholique, les écoles,etc. ». Cette proposition n’a pas vocation à être remise en cause, maintient l’élu, même si rien n’a bougé depuis six mois.

D’autres communes, qui n’ont pas attendu l’appel du mois de septembre, hébergent déjà des réfugiés. Varengeville-sur-Mer, près de Dieppe, abrite une famille syrienne depuis janvier. « Nous avons considéré que notre havre de paix ne devait pas se fermer au sort de ces personnes», réaffirme le maire Patrick Boulier, qui évoque une solidarité exemplaire de sa population. Amara, Jawad et leur fils de 3 ans Elyas ont trouvé peu à peu le chemin de leur autonomie. « Nous ne sommes pas non plus dans l’assistanat, précise Patrick Boulier. Vous savez, après avoir traversé la Méditerranée, ils n’ont pas besoin de nous pour faire trois kilomètres.»