Chères lectrices normandes, chers lecteurs normands de l'Etoile de Normandie, nous avons le plaisir de vous proposer, à nouveau, la publication du billet suivant que nous avions été contraint de supprimer suite à la décision arbitraire d'un haut-fonctionnaire abusant de sa position dominante.

Aussi, nous lui rappelerons ces deux évidences:

1) Il n'y a aucun bénéfice à tirer de l'abaissement de la liberté d'expression et d'information.

2) En démocratie tout finit par se savoir.

A bon entendeur salut!


 Depuis longtemps, sur l'Etoile de Normandie, nous dressons régulièrement le constat des conséquences néfastes de l'absence de culture normande en matière d'intelligence économique ou territoriale et nous avons encore récemment rappelé l'urgence nécessité de créer un "soft power" normand à partir des exceptionnelles ressources culturelles, patrimoniales mais aussi économiques et sociales du bien public normand, à l'échelle régionale (reconquête de la Normandie par les Normands: sortir de la haine de soi et de l'ignorance de soi), à l'échelle nationale (concurrencer le soft power breton et proposer une alternative régionale au centralisme parisien) et à l'échelle internationale, européenne et mondiale (constituer un réseau international normand à partir des liens historiques et culturels profonds liant la Normandie avec de nombreux pays étrangers à commencer par le Royaume-Uni, les pays scandinaves, l'Italie ou l'Amérique du Nord...)

Pendant plus de 40 années, cette réflexion sur l'intelligence économique et ses stratégies en terme de valorisation du potentiel régional normand mais aussi en terme de protection de ce potentiel, est demeurée marginale sinon totalement inconnue dans une Normandie coupée en deux, s'ignorant largement elle-même puisque radicalement nationalisée par l'Etat central parisien pour sa reconstruction et sa modernisation après le désastre de la Libération de 1944:

Tant que la Normandie heureuse du plein emploi industriel et agricole de l'Après Guerre aura pu prospérer, la réflexion stratégique économique des hauts fonctionnaires  de l'Etat menée au sein des grands schémas du planisme gaullien tenait lieu de stratégie normande: cette notion était même considérée à l'époque comme absurde sinon ridicule par des "élites" économiques et politiques normandes qui avaient pris l'habitude d'aller chercher le pouvoir et les décisions auprès de l'Etat central parisien qui est tout prêt...

Et c'est ainsi que les décideurs normands acceptèrent sans trop maugréer le nucléaire dans le Nord Cotentin ou l'éventuelle disparition de l'ancienne métropole de Rouen dans une banlieue parisienne étendue jusqu'à la mer.

On sait pourtant que l'on n'est jamais assez bien servi que par soi-même et cette confiance aveugle de décideurs normands somnambules envers l'Etat central parisien qui n'a fait qu'asservir la Normandie en la transformant en armoire technique de la Région parisienne au nom de l'intérêt général, ne sera troublée que par les serviteurs les plus lucides et dévoués de cet état central en Normandie, à savoir deux préfets de région:

Pierre CHAUSSADE, préfet de région en Haute-Normandie en 1967

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http://www.lesechos.fr/15/11/1995/LesEchos/17025-138-ECH_pierre-chaussade.htm

qui a eu le courage d'intervenir pour stopper le "Schéma directeur d'aménagement et d'urbanisme de la Basse Seine" lancé au début des années 1960 par Paul Delouvrier et qui prévoyait, outre la fusion des ports de Rouen et du Havre (une bonne idée qui se réalise enfin ou presque de nos jours) la création d'un continuum urbain et industriel de long de la vallée de la Seine depuis Paris jusqu'à la mer (Le Havre et Deauville, voire... Caen): de Normandie il n'aurait plus jamais été question si ce projet avait été mené jusqu'à son terme!  La création de la nouvelle région de Haute-Normandie aurait été ainsi justifiée avant l'absorption définitive de cette Haute-Normandie "basse séquanienne" par la région parisienne.

Le combat de Pierre Chaussade pour faire préserver le patrimoine naturel et culturel des boucles de la Seine Normande ( parc naturel créé en 1969) et la crise économique des années 1970 eurent raison de ce terrible serpent de mer plus grand parisien que séquanien qui hante aujourd'hui encore un Antoine Grumbach et quelques huiles rouennaises qui ne savent toujours pas ce que c'est qu'une "métropole régionale": on dira pour leur décharge, qu'ils reviennent de loin. La Normandie aussi!

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https://www.cairn.info/revue-vingtieme-siecle-revue-d-histoire-2003-3-page-53.htm

Rémi PAUTRAT, préfet de région en Basse-Normandie en 1996

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http://www.campus-ie-basse-normandie.fr/?page_id=696

qui a eu l'intelligence de révéler aux élus de la Basse-Normandie d'alors qu'ils ne pilotaient pas grand chose sur cette demi-région trop faible ou trop petite programmée à n'être qu'une carpette d'un Grand Ouest breton dirigé depuis Nantes ou Rennes:

Alors que la Normandie se retrouvait littéralement à poil au creux de la plus sévère crise de désindustrialisation de sa longue histoire économique, c'est ce préfet dévoué (proche de Michel Rocard) qui sema la graine de l'intelligence économique en lançant un premier schéma régional de l'intelligence économique aussi inédit qu'innovant ainsi que l'idée des pôles stratégiques qu'il lance avec son chargé de mission Philippe Clerc et Philippe Caduc PDG d'une agence pour la diffusion de l'information technologique dans une région bas-normande pas encore caduque mais dont les emplois stratégiques de direction avaient déjà été, hélas, en grande partie déménagés à Rennes, Nantes ou Paris...

Même tardive, il faut saluer encore aujourd'hui l'action de ce grand serviteur de l'Etat qui tenta de faire des premières assises régionales de l'intelligence économique, à Caen, le 29 mai 1997 un grand événement national... En vain puisque Jacques Chirac, invité, annula sa visite suite à la dissolution de l'Assemblée nationale, le national parisien passant toujours avant notre pauvre Normandie!

Néanmoins, le préfet Pautrat persista dans sa volonté et son oeuvre en mettant en place le 10 juillet 1998 la toute première convention pour le "développement de l'intelligence économique et l'internationalisation des PME en Basse-Normandie" avec l'Etat et le président de région d'alors, un certain René Garrec, un breton qui découvrait enfin que la Basse Normandie pouvait valoir mieux que d'être dévorée toute crue comme un Biscuit Nantais.

Prise de conscience tardive qui teintera d'amertume la fin du parcours chez nous de ce préfet militant pour l'intelligence économique normande lorsqu'il constata que le désastre social de la fermeture de Moulinex résultait avant tout du manque quasi total d'anticipation des élus et décideurs publics régionaux sur l'évolution de l'environnement économique régional.

http://www.oftt.eu/think-tanks/generalites/entretiens/article/entretien-avec-remy-pautrat

Aussi, c'est sous cette double égide des préfets Chaussade et Pautrat que nous plaçons la nomination d'un "right man at the right place" comme disent nos cousins britanniques: à savoir, Philippe HUGO qui a su maintenir et développer avec d'autres l'impulsion donnée par le préfet Pautrat dans les années 1990 en créant à Caen cette culture régionale de l'intelligence économique et territoriale et qui est la marque d'une certaine souveraineté régionale dans la décentralisation, idée qui était celle d'un certain Michel Rocard proclamant à Saint Brieuc en 1966 l'urgente nécessité de "décoloniser la province"..

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http://normandie.canalblog.com/archives/2016/07/03/34041032.html

Philippe HUGO, spécialiste reconnu de l'intelligence économique depuis 26 ans au CESER de Basse-Normandie et encore dans l'actuel CESER réunifié de Normandie, va justement intégrer la toute nouvelle mission "stratégie et intelligence économique" que le président de région Hervé MORIN désire mettre en place auprès de la Direction de l'Economie au siège du Conseil Régional de Normandie, sur le site de l'abbaye aux Dames de Caen.

Pour en savoir plus sur le pôle caennais (ex bas-normand) d'intelligence économique:

http://intelligence-economique.normandie.fr/

http://intelligence-economique.normandie.fr/index.php?option=com_content&view=article&id=79:bientot-un-campus-pour-lintelligence-economique-a-caen&catid=17:actualites-nationales&Itemid=46

Voir aussi:

https://www.facebook.com/PortailIE/posts/1128196290556945


 Commentaire de Florestan:

Nous souhaitons que cette nouvelle mission du conseil régional soit une belle réussite: mettre en oeuvre une intelligence économique territoriale justifie l'idée même de réunification normande. C'est une question vitale pour l'avenir de la Normandie et son affirmation nationale entre la puissante région parisienne et la bruyante Bretagne comme elle vitale pour le rayonnement de la Normandie à l'international.

L'intelligence économique territoriale est le moteur du projet normand.