Au cas où vous ne l'auriez pas encore remarqué mais il y a des élections législatives les dimanches 11 et 18 juin 2017. On se demande où est passée la campagne électorale. Voire, si l'Assemblée Nationale pourra encore avoir une réelle autonomie avec l'arrivée, semble-t-il, d'une énorme majorité dite "présidentielle" composée d'un bon tiers de députés totalement novices en politique et dont le premier acte législatif sera de transférer au gouvernement le droit de légiférer. On a quand même vu mieux dans une démocratie dite "parlementaire"!

Jamais la subordination du pouvoir législatif au pouvoir exécutif n'avait été aussi grande. Jamais nous n'avions été aussi éloignés de Montesquieu, Tocqueville et de quelques autres qui nous sont chers depuis la fin de la Seconde guerre mondiale: cette situation renvoie aux origines mêmes de la 5ème République, un régime d'exception bâti sur mesure pour un personnage d'exception (le Général de Gaulle) et qui avait, plus qu'un autre avant ou après lui, la légitimité de mettre tous les moyens  au service de l'intérêt général du pays dans un moment de crise exceptionnelle (la fin de la Guerre d'Algérie).

Nous réaffirmerons donc ici, une fois de plus, notre préférence pour un Etat de droit qui doit, en principe, contrôler l'action de son gouvernement autant qu'il gouverne parce que l'autonomie de la loi et du droit vis-à-vis du souverain est assurée, respectée.

Et vous savez d'où vient cette conception de l'Etat de droit qui n'est pas impériale romaine mais... normande.

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A nouveau, nous sommes saisis par le syndrome Bonaparte, c'est à dire, l'avènement d'un despote éclairé qui, par son génie propre, va tout mettre en oeuvre pour accomplir l'intérêt général selon le principe inexorable de la fin qui doit justifier tous les moyens.

Preuve supplémentaire nous est donnée que la République française n'est pas un véritable Etat de droit en ce sens que le droit n'est, en France, qu'un moyen de l'action politique, que la séparation des pouvoirs demeure toute relative et qu'elle reste à la discrétion du monarque présidentiel, que le pouvoir judiciaire n'est en France qu'une "autorité de justice" et que le conseil Constitutionnel ne s'oblige à son devoir élémentaire de contrôle de légalité  que depuis... 1971.

Avec Emmanuel "Macronaparte 1er" dont les éditorialistes en pamoison saluent l'audace et l'intelligence pour subjuguer tout ce qui pourrait encore lui résister dans le pays à l'occasion d'un "nouveau 18 Brumaire", la France s'en retourne à ses rêveries politiques les plus profondes pour le meilleur mais aussi pour le pire. Une sorte de sainte alliance entre Saint Louis et Jean-Jacques Rousseau:  un homme providentiel (autrefois le roi sacré de droit divin en la cathédrale de Reims) qui a le devoir d'utiliser tous les pouvoirs pour mettre en oeuvre l'intérêt général parce que la vertu éclairée d'une majorité de citoyens électeurs en aurait décidé ainsi. Et comme le projet d'intérêt général est vertueux et accepté comme tel par une majorité d'électeurs, il semble acceptable que tous les moyens soient mis en oeuvre pour arriver à cette fin vertueuse. Et que les citoyens ne sauraient se plaindre de ce qu'ils auraient eux-mêmes désiré... Quel citoyen raisonnable aurait la folie de s'opposer à un projet rationnel?

Nous ne sommes pas contraints de croire à ces sornettes et il faudrait, d'urgence, faire preuve d'un peu, juste d'un peu de lucidité sur ces élections législatives aux enjeux escamotés par la reine des élections consistant à élire notre Roi deux siècles après lui avoir coupé la tête.

Mais s'il s'agit de donner les pleins pouvoirs législatifs à celui qui fut arrivé premier dans un concours de circonstances alors c'est nous qui perdrions la tête: et il semble que la Normandie ne fasse pas exception !

La République en marche en tête ou la République en marche sur la tête?

Que ne faudrait-il jamais perdre de vue?

Une République en marche ou une République qui marche?

Que faudrait-il toujours suivre?

Le cap de la boussole ou une direction donnée par une girouette?


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Sondage BVA : La République en marche en tête en Normandie

 

Selon notre sondage BVA, La République en marche deviendrait la première force politique en Normandie avec 33 % des intentions de vote au premier tour des législatives, loin devant le FN et LR qui se tiennent dans un mouchoir de poche. Bien que crédité d’intentions de vote supérieures à la moyenne nationale, le Parti socialiste est très largement distancé en Normandie. L’ancrage local ne serait plus suffisant pour faire la différence, les Français souhaitant donner au président de la République et son Premier ministre une majorité parlementaire.

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Plus de 360 ! Soit environ les deux tiers des 577 sièges de députés. Selon notre sondage BVA-Salersforce pour la Presse quotidienne régionale et Orange, La République en marche d’Emmanuel Macron disposerait, au soir du 18 juin, d’une majorité absolue à l’Assemblée nationale. Avec une quinzaine de députés élus sous ses couleurs, le MoDem de François Bayrou viendrait conforter cette majorité qui donnerait les coudées franches au président de la République et son Premier ministre, Édouard Philippe.

La France insoumise et le PS loin derrière

Une projection de 360 députés en France - prévision en ligne avec les autres instituts de sondage - mais combien pour les 28 circonscriptions de Normandie ? L’enquête BVA est basée sur des « extrapolations » et fournit seulement des intentions de vote au premier tour région par région. En tout cas, si La République en marche est créditée de 30 % des intentions de vote en France, le parti présidentiel réaliserait un meilleur score en Normandie, à 33 %. Comme dans l’ensemble des autres régions de France, à l’exception de Provence-Alpes Côte d’Azur, LREM deviendrait ainsi la première force politique en Normandie, très loin devant le Front national.

Le parti de Marine Le Pen serait, dimanche prochain, deuxième avec 16 % des intentions de vote dans la région, un score inférieur à la moyenne nationale (18 %). Au regard du sondage BVA, Les Républicains colleraient d’un point le Front national en Normandie. À 15 % des intentions de vote dans la région, le parti de droite obtiendrait des résultats inférieurs à la moyenne nationale (20 %). Le FN et LR, associé à l’UDI, se tiennent dans un mouchoir de poche en Normandie. Compte tenu des marges d’erreur admises par les sondeurs l’ordre d’arrivée entre ces deux partis pourrait se trouver modifié.

Quant au vote de gauche, La France insoumise et le Parti socialiste semblent distancés à trois jours du premier tour. Le parti de Jean-Luc Mélenchon est crédité de 14 % des intentions de vote en Normandie (12,5 % pour la moyenne nationale). Quant à celui de Benoît Hamon, le candidat à la Présidentielle, BVA le place à hauteur de 11 % des intentions de vote en Normandie - en l’additionnant au Parti radical de gauche - contre une moyenne nationale à 8 %. Les deux formations de gauche se trouvent ainsi créditées d’intentions de vote supérieures au reste du pays. Un résultat logique au regard du poids traditionnel de la gauche dans la région, notamment en Seine-Maritime où huit des dix députés sortants sont des élus socialistes.

Ces intentions de vote du premier tour, avec une participation estimée aux alentours de 60 %, sont à rapprocher des résultats du premier tour de la Présidentielle. Emmanuel Macron était arrivé en tête dans deux des cinq départements normands, le Calvados et la Manche. François Fillon, lui, virait en tête dans l’Orne tandis que la candidate du FN distançait ses adversaires en Seine-Maritime et dans l’Eure. Par circonscription de l’ancienne Haute-Normandie, Marine Le Pen était en tête du premier tour dans les cinq euroises et dans cinq des dix de Seine-Maritime (4e, 5e, 6e, 9e et 10e). Emmanuel Macron, lui, virait en tête du premier tour de la Présidentielle dans les 1re et 2e circonscriptions de Seine-Maritime et Jean-Luc Mélenchon était au premier rang dans trois autres (3e, 7e et 8e). Au second tour, Emmanuel Macron l’emportait dans toutes les circonscriptions mais Marine Le Pen avait obtenu 49,59 % des suffrages dans la 6e circonscription de la Seine-Maritime.

Les chiffres de BVA sont à prendre avec prudence toutefois. Même si les études sont basées sur une « offre réelle » - autrement dit, les personnes sondées ont eu à se prononcer sur la base de la liste des candidats de leur circonscription - la part d’ancrage local pourrait rester forte.

Le national plus fort que le local ?

Souvent revendiqué, notamment par les sortants, cet ancrage local sera-t-il suffisant ? « Les Français placent clairement ces élections dans un contexte politique national, explique Christelle Craplet, directrice d’études chez BVA. Davantage que pour le programme qu’il défend (item cité par 33 % des électeurs), sa connaissance de leur territoire (13 %) ou sa personnalité (6 %), près d’un électeur sur deux (47 %) fera son choix en faveur d’un candidat en fonction de son étiquette politique pour peser sur la composition de l’Assemblée nationale ». En filigrane, 53 % des électeurs estiment qu’ils feront leur choix en tenant compte de la politique menée par Emmanuel Macron et Édouard Philippe. « L’offre politique dans la circonscription constitue un critère moins déterminant », souligne BVA qui note également que 60 % des Français souhaitent que le président de la République dispose d’une majorité parlementaire.

vingt-huit fauteuils à prendre

Quelle situation actuelle ? Sur les vingt-huit députés sortants (seize hommes et douze femmes) : 17 députés PS, 8 LR, 1 UDI, 1 PRG, 1 EELV.
Connu ou non ? Selon le sondage BVA, seuls 46 % des Français déclarent connaître le nom de leur député... Sauriez-vous citer le nom de votre député(e) ?
Les triangulaires ? Aucune triangulaire en 2012 dans la région. Pour accéder au second tour, un candidat doit recueillir les voix de 12,5 % des électeurs inscrits sur les listes électorales. Ce qui, sur la base d’une participation à 59 % comme l’a calculée à ce jour BVA, place la barre pour la qualification à 21 % des suffrages exprimés dans un contexte où le nombre de candidats est élevé. Le nombre de triangulaires pourrait donc être très limité en Normandie.
Stéphane SIRET

Didier Patte dans un communiqué récent adressé à l'Etoile de Normandie, revient sur ce qui est en train de se préparer à la Chambre des députés:
Le phénomène est si exceptionnel qu'il nous entraine dans des abîmes de perplexité. La dimension locale ou régionale souvent attachée aux élections législatives semble s'évanouir en sorte que l'on en revient à la pureté jacobine des origines: l'élection du député est une élection nationale car le député n'est pas titulaire d'un mandat impératif local mais d'un mandat universel national.
Si le Parlement était réellement indépendant en France, nous aurions affaire à une situation démocratique proche de l'idéal mais comme le palais Bourbon est devenu l'arrière cours de l'Elysée, le monarque républicain que nous venons d'élire dispose de la plus grande chambre d'enregistrement possible... Dans ces conditions, la réduction d'un tiers du nombre des députés semble aller de soi: on pourrait même supprimer l'Assemblée Nationale ou le Sénat (voire les deux) quant à faire !

LE SEMAINIER DU MOUVEMENT NORMAND

COMMUNIQUE N° 254 - SEMAINE 23 - JUIN 2017

L’EMBARRAS DU CHOIX OU LE CHOIX DE L’EMBARRAS ?

« L’embarras du choix », une de ces phrases passe-partout, devenue pratiquement proverbiale, exprime une sorte d’évidence. Son équivalence en allemand, « Wer hat die Wahl, hat die Qual », « Qui a le choix a l’embarras », est plus nuancée. D’un côté, l’évidence, de l’autre, la causalité.

Appliquées aux perspectives des élections législatives faisant suite aux élections présidentielles, il nous apparaît que la causalité de l’embarras du choix l’emporter sur l’évidence. Pour la première fois sans doute, le Mouvement Normand, qui avait l’habitude d’analyser la situation de toutes les circonscriptions des cinq départements normands, tout en restant prudent sur ses souhaits de voir élire tel ou tel, n’ayant pour seul critère que l’intérêt supérieur de la Normandie et seuls jugements le bilan des sortants et les professions de foi normandes des impétrants, exprime un certain désarroi et doit avouer sa perplexité. Moins que jamais nous devons considérer que les futurs députés sont des super-élus locaux.

Certes, la Constitution l’affirme : un député est un élu de la Nation, mais les faits montraient que ce personnage représentait un terroir et ses habitants, qu’il en exprimait les particularités et les sensibilités de « ses » électeurs… Cette année, il n’en est pas de même. Essayons de comprendre pourquoi.

D’abord, et avant tout, bien que cela soit la troisième fois que cela se produise, il y a l’effet du changement de la durée du mandat présidentiel, nous sommes passés du septennat au quinquennat et il y a coïncidence entre la compétition majeure de l’élection du Président de la République et les élections législatives qui suivent et sont ainsi grandement influencées par le résultat de la première consultation électorale. A telle enseigne que l’on accorde dix points de plus aux candidats se réclamant « de la majorité présidentielle » nouvelle, l’électorat jugeant qu’il faut donner les moyens de gouverner au nouvel hôte de l’Elysée. Cela a été le cas en 2012 à la suite de la désignation de François Hollande : il avait trouvé comme cadeau de bienvenue une majorité absolue au Parlement. Le phénomène d’amplification a joué à plein. Le Président était de gauche et l’Assemblée Nationale était dominée par la Gauche… C’était au temps où l’opinion publique française se divisait entre la Gauche et la Droite et l’on parlait volontiers d’alternance. Un coup, la Gauche, un coup, la Droite. Les nuances apparaissaient dans les votes dans les circonscriptions en fonction de l’implantation des principaux candidats, de leur charisme personnel, de leur bilan lorsqu’ils étaient sortants. Par là, les considérations locales jouaient encore….

Aujourd’hui, tout est changé.

Une première cause, l’application de la loi sur le non-cumul des mandats a conduit nombre de sortants à faire le choix de garder prioritairement leurs mandats locaux lorsqu’ils se trouvent à la tête d’un exécutif de collectivité locale… La deuxième cause est plus circonstancielle : le « dégagisme », qui résulte d’un mécontentement de l’opinion publique à l’égard des partis dit de gouvernement, place en porte-à-faux les candidats du P.S. et de la Droite et du Centre. Le nouveau Président de la République, M. Emmanuel Macron, qui se dit « ni de droite, ni de gauche », a entrainé l’apparition avec les candidats de La République en Marche (L.R.E.M.) de nouvelles têtes, dont on ne sait trop rien, avec, souvent, des profils contradictoires et difficilement classables selon les schémas habituels. Bien entendu, « homines novi », ils ne présentent pas de bilan de mandat (sauf ceux qui ont opportunément quitté les formations desquelles ils étaient les représentants… et qui ne tiennent pas tellement qu’on leur rappelle leurs votes lors de la précédente législature). En disant cela, nous n’émettons pas une quelconque suspicion quant aux capacités des uns ou des autres, mais nous voyons bien que les conditions ont changé, que, quoi qu’il advienne, ils ne s’inscrivent pas dans une continuité avérée.

Changement, tel est le mot d’ordre et le saut dans l’inconnu. Jusqu’à quel point d’ailleurs ?

Il est possible que des sortants qui se représentent conservent l’adhésion de leurs électeurs, surtout s’ils ont fait le boulot. On en trouve autant au P.S. qu’à Droite et au Centre. Résisteront - ils à la poussée du mouvement L.R.E.M. ? Les sondages tendent à penser le contraire, mais on pourrait avoir des surprises et ne pas oublier que le système électoral à deux tours favorise le bipartisme, donc le maintien de la séparation du corps électoral entre la (ou les) Droite(s), et la (ou les) Gauche(s).

Allons-nous revenir aux vieux tropismes ? De quel côté va pencher la majorité des élus de La République en Marche, surtout si elle parvient à atteindre la majorité absolue des sièges au Parlement ? Tout dépendra de la politique menée par le nouveau Président de la République qui, il faut le constater, tient une telle place éminente dans ses premières démarches présidentielles qu’il en occulte presque complètement la campagne des législatives. A dire la vérité, l’opinion publique est tellement fatiguée par la longueur (et l’insipidité) de la campagne présidentielle (à cause du système nouveau, et déjà, obsolète, des primaires) qu’elle ne se passionne pas pour la campagne des législatives… Bref, bien malin est celui qui peut dire ce vers quoi le système va évoluer.

Cependant, au-delà de ces incertitudes, les problèmes demeurent. Au plan national, chacun les connaît. Nous n’y reviendrons pas : ce n’est pas notre vocation et chacun de nous en juge d’après ses convictions, mais ce qui intéresse le Mouvement Normand, c’est l’avenir de la Normandie et, disons-le franchement, nous nous sentons frustrés car les problèmes d’aménagement du territoire, d’une part, les questions institutionnelles régissant les rapports entre l’Etat et les collectivités territoriales, d’autre part, n’ont guère été abordés pendant les élections présidentielles et, plus grave, elles ne semblent pas préoccuper la campagne des élections législatives. D’où notre déception.

On dit généralement qu’on a les élus qu’on mérite. Il y a donc lieu de s’interroger sur la volonté des Normands à prendre en mains leur destin. Les Normands sont-ils prêts à assumer une vraie politique normande, exigeant volontarisme, constance, opiniâtreté et sens prospectif ? Y a – t- il en Normandie une ambition de renouer avec le dynamisme qui faisait la grandeur de la duché, lorsque celle-ci était un ferment dans toute l’Europe (Iles britanniques, Italie du Sud, Espagne de la première Reconquista, principautés latines d’Orient) ? Cette Normandie fondait son dynamisme sur l’ouverture maritime et les capacités d’adaptation des descendants de Vikings. La mer et l’ouverture au monde restent aujourd’hui les conditions incontournables d’un avenir normand. L’actuelle population normande en est-elle consciente ?

Jusqu’à quand accepterons-nous que les Grands Ports Maritimes de la Basse Seine restent sous la coupe d’une technocratie plus ou moins jacobine alors que la prospérité des ports du Northern Range procède de l’alliance fructueuse des Villes portuaires, des Régions et des usagers de ces ports qui en assument la gouvernance ?

Certes, comparaison n’est pas raison et nous savons bien que l’héritage jacobin place l’Etat en France comme un partenaire exigeant et quelque peu totalitaire. Mais les faits sont têtus (comme disait Lénine) : les ports qui progressent sont ceux qui ont le soutien actif de leur population, de leurs représentants élus et des armateurs et autres membres de la communauté portuaire. Ce n’est pas le cas, en France comme en Normandie, pas plus que l’Etat parisien n’a de véritable politique maritime.

En face de cela, y a – t-il seulement un « lobby » des Elus des régions maritimes ?

Que trouve – t-on à ce sujet dans les professions de foi des candidats à la présente élection législative ? La Normandie ne se résume pas à sa seule dimension maritime, essentielle et fondatrice : elle a été – elle est toujours – une grande région agricole et, de ce fait, ressent, comme d’autres régions, les aléas de la crise qui touche le secteur secondaire. Il faudrait faire des choix : redevenir la ferme de Paris (se pose alors le problème de la proximité ferroviaire… là, comme ailleurs) ; faire le choix de la qualité, plutôt que de la quantité (se pose alors la question des « niches agricoles » qu’il faudrait aider, le développement des circuits courts, etc.) ; donner en outre une ampleur déterminante à l’agriculture biologique (selon la demande pressante des consommateurs et la mode actuelle pour l’authentique).

Dans ce domaine, comme dans bien d’autres, c’est une affaire de volonté transcendée par une ardente demande du public. La Normandie a des atouts en la matière, mais elle reste faiblarde – on se demande pourquoi – en ce qui concerne la transformation des produits agricoles : le développement de l’agro-industrie et des industries agro-alimentaires devrait être une priorité de nos futurs Elus.

Qui, parmi eux, le dit ?

La Normandie est une grande région énergétique et – encore – industrielle : il faudrait que les électeurs sussent les intentions des candidats en matière énergétique (quid de l’avenir du nucléaire ? Quid de l’avenir du raffinage ? Quid de la transition énergétique ? Quid des énergies renouvelables et, tout particulièrement, des E.M.R. – Energies Maritimes Renouvelables- ?). Quant à la relance industrielle, elle n’a d’autre impératif que de remplacer tout ce qui a été perdu au cours des dernière décennies, avec le sentiment que la Normandie est l’une des premières régions industrielles de France.

Quelles sont les positions des candidats en la matière ?

La Normandie, jadis « pays de sapience », n’est pas une grande région universitaire : Paris a absorbé et absorbe toujours sa substance. La Recherche – consubstantielle au développement universitaire – y est moins dotée qu’ailleurs et nombreux sont les étudiants normands contraints d’aller autre part pour se former. Même dans la formation initiale (primaire et secondaire), la Normandie est mal placée. Ce n’est pas la qualité des membres de l’enseignement qui est en cause, mais la déshérence dans laquelle l’Etat a mis la Normandie depuis des décennies. Où est le plan de rattrapage que l’opinion publique normande, lorsqu’elle est informée, réclame avec véhémence ? Cela figure – t-il dans les programmes des candidats ?

Les Normands veulent-ils vraiment prendre en mains leur destin ?

La question est posée par la gouvernance de l’Axe Seine. L’Axe Seine, c’est d’abord une volonté PARISIENNE de donner, par un accès direct à la mer, un statut de ville-monde à la Capitale, mais l’Axe Seine est aussi la colonne vertébrale de la Normandie (fille de la Mer et du Fleuve).

Toute la question est de savoir qui doit en assumer la gouvernance. On sait que les anciens dirigeants des exécutifs des demi-régions haute et basse Normandie, MM. Mayer-Rossignol et Beauvais, ont imprudemment ou fallacieusement approuvé la mainmise par le titulaire de l’Hôtel Matignon sur les destinées de l’Axe Seine. La demande des Normands devrait être, d’une part, la prise en compte non seulement de la Vallée de la Seine, mais aussi de la Baie de Seine dans le projet Axe Seine (ce qui implique en fait TOUTE la Normandie) et, d’autre part, que les responsables normands, les premiers concernés, soient chargés de la direction du Schéma de Développement de la Vallée de la Seine. Voilà un point sur lequel les Normands ne devraient pas transiger : en est-il seulement question dans les programmes des candidats aux élections législatives ?

Ainsi s’aperçoit-on, finalement, que les exigences des électeurs normands, si elles étaient clairement formulées, pourraient être les feuilles de route des députés qu’ils vont désigner. C’est ainsi, d’ailleurs, que les députés de Normandie, avec leurs casquettes d’Elus de la Nation, pourraient utilement orienter la politique du pays car, ne nous y trompons pas, la Normandie « est terre de France et entend le rester » et son rôle immémorial est de rappeler à un Etat d’esprit centralisateur et continental que la France pourrait, devrait avoir une vocation maritime d’ouverture au monde.

En ces temps de Brexit, se souvenir que les Normands constituent le « people between » entre les deux civilisations à prétention universaliste, l’anglo-saxonne (on devrait dire l’anglo-normande) et la française. C’est, là, un héritage sur lequel les candidats à la députation des circonscriptions normandes devraient méditer. En tout cas, le Mouvement Normand saura le rappeler aux futurs Elus.

DIDIER PATTE

Porte-parole et ancien Président du Mouvement Normand