Pendant que notre attention est captivée par un cirque politico-médiatique presque quotidien depuis plus d'un an (l'abstention massive au premier tour des élections législatives du 11 juin 2017 traduit certainement une certaine lassitude de nos concitoyens ), des décisions importantes sont à prendre concrètement sur les grands dossiers qui vont déterminer l'avenir de nos territoires.

Car pendant qu'on cause et que l'on glose sur la fin du parti socialiste ou sur l'art cosmétique de notre tout nouveau, tout jeune et sémillant président, l'aménagement du territoire avec le retrait de l'Etat républicain (la DATAR ne sert plus à rien) est devenu un nouveau terrain de jeu de la géopolitique avec ses inévitables rapports de force plus ou moins clandestins.

Exemple, une fois encore, avec le Canal Seine Nord Europe dont l'ouverture programmée aux alentours des années 2025 va totalement réorganiser l'économie logistique de tout le Nord de la France avec, pour enjeu, l'affirmation d'un raccordement terrestre de l'Ile de France, première région urbaine d'Europe par la taille et par la richesse au centre de gravité de l'économie européenne dont les débouchés maritimes branchés sur le reste de l'économie mondiale ne sont pas au Havre mais à Anvers, Rotterdam ou Hambourg.

Notre ami lecteur et impertinent du Havre qui suit pour nous de très près cette grande affaire de  l'avenir de l'économie maritime et logistique en Normandie (et dont le maintien en Normandie est un enjeu essentiel pour que notre région ait encore un avenir)  a retrouvé pour nous, en musardant sur Internet, l'article qui suit sur un site spécialisé dans la logistique:

Il concerne Sénalia qui est l'un des plus gros opérateurs de la place portuaire rouennaise en tant que premier port européen exportateur de céréales: Cet article date de 2014 et son actualité, trois ans après n'a fait que s'accentuer.

On ne pourra que s'inquiéter du manque de lucidité des opérateurs du Grand Port Maritime de Rouen vis-à-vis de ce qui se prépare avec l'ouverture du canal Seine Nord Europe car si on ne se prépare pas, dès maintenant en Normandie, pour anticiper l'ouverture de ce canal par les travaux de modernisation indispensables pour remettre à niveau l'axe Seine, le "canal historique" et naturel reliant la région parisienne à l'économie maritime mondiale via les grands maritimes de la Basse Seine normande, l'opportunité du canal Seine Nord Europe (grignoter un hinterland rouennais vers le Nord et l'Est) risque de se transformer rapidement en machine de guerre anti-rouennaise au profit du port de Dunkerque (un port pétrolier qui va préparer sa diversification vers le trafic des céréales avec l'aide d'une experte en logistique portuaire auparavant en poste à l'agence d'urbanisme de la région du Havre) et du port d'Anvers (lobby du corridor "Amsterdam Marseille" dont nous avons déjà parlé ici).

Avec le nouveau gouvernement Macron, le lobby nordiste qui promeut le Canal Seine Nord Europe sera d'autant plus actif qui lui faudra neutraliser un Premier ministre havrais qui est, officiellement, opposé à ce projet: ils ont la ferme intention d'aboutir et il serait illusoire en Normandie de compter seulement sur les lenteurs d'un chantier pharaonique qui s'annonce complexe (par ex: la question des gabarits des ponts et des canaux belges entre le port d'Anvers trop étroits par rapport au gabarit "européen" du futur canal prévu dans le Nord de la France qui pourrait limiter la capacité d'emport des barges entre Paris et Anvers) pour gagner du temps... et ne rien en faire !

Suite à la perspicacité de notre ami Michel Duval, nous avons fouiné à notre tour sur le Net et avons trouvé un autre article datant de mars 2014 faisant état des déclarations du président d'une puissante coopérative agricole et céréalière picarde qui pose assez clairement les futurs enjeux d'une véritable géopolitique de la logistique portuaire: confirmation que la bataille des ports ne se joue pas en mer mais bel et bien sur terre !

D'où notre inquiétude sur la santé mentale (ironie) des grands céréaliers qui font encore la fortune du Grand Port Maritime de Rouen: sont-ils schizophrènes pour courir deux lièvres si différents en même temps?

silo senalia


 

Senalia : une campagne stable à 6,5 Mt

L’Antenne 13 janvier 2014

Le groupe Senalia, l'un des tout premiers acteurs de l'activité portuaire rouennaise, a manutentionné au cours de la dernière campagne 6,5 Mt de marchandises. Céréales export et activités de diversification font quasiment jeu égal.

Au cours de la dernière campagne 2012-2013 (du 1er juillet 2012 au 30 juin 2013), le groupe agro-industriel Senalia a manutentionné un total de 6,5 Mt, soit un volume stable par rapport à la campagne précédente. Les céréales à l'export (3,27 Mt) atteignent quasiment le même niveau que les volumes issus des activités de diversification du groupe (3,24 Mt). Les exportations de blé (2,25 Mt) sont en retrait, les sorties d'orge venant compenser cette baisse. L'Algérie demeure la principale destination des céréales traitées par Senalia avec 44 %. En matière de pré-acheminements, la route assure 75 % des volumes, la voie fluviale 15 % et le rail 10 %. Côté diversification, les volumes réalisés par la trituration ont progressé de 10 %. Senalia intervient également dans le secteur du sucre, du cacao, des engrais et des produits pour l'usine de bioéthanol BENP Lillebonne.

Laurent Martel, directeur général du groupe, a indiqué que, pour la première moitié de la campagne 2013-2014 (juillet-décembre 2013), les volumes manutentionnés étaient en nette progression. Les céréales export atteignent déjà 1,83 Mt, soit + 23 % par rapport à la situation de l'an dernier

Poursuite des investissements

Le groupe est engagé dans un important programme d'investissements. Jean-Jacques Vorimore, président du groupe Senalia, souligne : "Un programme de travaux de plus de 50 millions d'euros a été engagé. C'est énorme, l'équivalent d'un an et demi de chiffre d'affaires. L'enjeu, c'est la compétitivité de l'outil Senalia et sa modernisation pour les trente années à venir. Ce programme est bien engagé".

D'importants travaux ont été réalisés sur le silo 3 de la presqu'île Elie : cette installation est aujourd'hui à nouveau pleinement opérationnelle. Par ailleurs, Senalia étudie la modernisation de son installation portuaire de Grand-Couronne et prépare le remplacement des deux portiques de chargement du silo 2. Senalia travaille également à l'habillage visuel de ses silos de la presqu'île Elie.

"Tout ce qui peut être fait pour augmenter la part du fluvial doit l'être"

Jean-Jacques Vorimore a également évoqué l'importance des transports : "C'est un élément essentiel de notre compétitivité". En matière de transport fluvial, son discours est clair : "Tout ce qui peut être fait pour augmenter la part du fluvial doit l'être, et c'est pourquoi nous sommes fortement engagés dans le dossier canal Seine Nord-Europe, en union avec Noriap et les coopératives de la zone". Dans le cadre de cette coopération baptisée EuroSeine, il est projeté de développer une plateforme multimodale et multi-métiers à Languevoisin, sur le tracé du futur canal.

Le président n'oublie pas le ferroviaire, moyen de transport essentiel pour certaines zones comme la région Centre : "Mieux relier la région Centre à Rouen par le ferroviaire constitue un enjeu majeur pour le développement économique à long terme de cette région : 10 % de ferroviaire pour assurer le pré-acheminement des marchandises au port de Rouen, c'est très insuffisant ! Il faut développer le ferroviaire".

Jean-Claude CORNIER

 Lundi 13 Janvier 2014


euroseine_ok_2013

 

http://www.noriap.com/euroseine/

Noriap a saisi, depuis le début des réflexions sur la création du Canal Seine Nord, l'opportunité pour la coopérative de positionner son site de Languevoisin, situé dans l'Est du département de la Somme, en site stratégique pour la filière céréales.

Associée à l'Union de coopératives EuroSeine pour l'étude de la mutualisation du silo de Languevoisin de Noriap et la création d'une plate-forme multimodale, Noriap est reconnue par ce projet Noriap-Euroseine par les pré-figurateurs du canal et fait partie des acteurs dynamiques (sic!) pour ce dossier d'avenir pour la compétitivité des métiers de l'agriculture liés à la logistique.

Euroseine :

Président du Conseil de surveillance d'EuroSeine : Jacques de VILLENEUVE  
Coopératives agricoles régionales partenaires : Agora, Cap Seine, Sana Terra, Acolyance, Cerena, Vivescia et Noriap
2 acteurs partenaires : Sénalia, leader européen du chargement portuaire de céréales basé à Rouen et InVivo, Union Nationale des coopératives française


 

27 mars 2014

http://grandes-cultures.reussir.fr/actualites/creons-une-dynamique-autour-du-canal-seine-nord-europe-propose-le-president-d-euro-seine:C7LB3QD8.html

Créons une dynamique autour du canal Seine-Nord Europe " propose le président d’Euro Seine

Le projet de creusement d’un canal entre Compiègne et Cambrai vient d’être relancé. Une réelle opportunité pour la filière céréalière française. Interview de Jacques de Villeneuve, président d’Euro Seine.

Jacques de Villeneuve : " « Le monde économique
n’a pas encore pris conscience de la révolution que représente le transport en conteneurs. »
Jacques de Villeneuve :  « Le monde économique n’a pas encore pris conscience de la révolution que représente le transport en conteneurs. » - © DR
(Commentaire de Florestan: surtout à Paris !)

Le projet du canal Seine-Nord Europe semble être remis à flot. Que s’est-il passé ?

Ce projet a couru un risque maximum dans l’été 2012, après l’élection de François Hollande. Le canal Seine-Nord Europe visant à créer un canal grand gabarit de 106 kilomètres, afin de relier le canal Dunkerque-Escaut à l’Oise, était porté par Nicolas Sarkozy. Son financement avait été imaginé dans le cadre d’un partenariat public-privé, modèle remis en cause par le gouvernement. De plus, certains lobbies au sein de la haute administration étaient opposés à ce projet. D’où un rapport de l’Inspection générale des finances et du Conseil général de l’environnement fin 2013 qui estimait le coût du projet à 6 ou 7 milliards d’euros et préconisait de le reporter purement et simplement à une période économique plus faste. Heureusement, le ministre des Transports, Frédéric Cuvillier, a commandé un nouveau rapport avant de trancher.

 Ce rapport lui est plus favorable ?

Tout à fait. C’est le député-maire de Maubeuge, Rémi Pauvros, qui a été chargé d’une mission de reconfiguration du canal, après une large consultation des filières concernées. Le transport fluvial étant peu développé en France, le monde économique n’imagine pas toujours quel pourrait être l’intérêt d’un nouveau canal sur leur activité. On n’a pas encore pris conscience de la révolution du transport en conteneurs dans lequel on peut mettre de tout, y compris du grain, le poser sur tous les moyens de transport – bateau, péniche, train, camion – en les combinant, et lui faire traverser la planète pour un moindre coût et une empreinte carbone quasi nulle.

(Commentaire de Florestan: est-ce encore utile de faire remonter plus de 120 km de fleuve à de grands navires vraquiers jusqu'à Rouen si l'on peut transporter du grain par conteneurs notamment par voie... fluviale?)

 Avez-vous retrouvé un appui des pouvoirs publics ?

Mieux que cela, un appui de l’Union européenne qui est engagée dans la création d’un réseau transeuropéen des transports. La liaison Seine-Escaut fait partie des cinq projets prioritaires. Alors qu’en 2004, au moment du premier plan de financement, l’Europe n’intervenait qu’à hauteur de 6 %, celle-ci est aujourd’hui susceptible d’apporter 40 % du budget, sur un total de 4,5 milliards d’euros environ.

Quel est l’enjeu pour la filière céréalière ?

L’ouverture de ce canal va modifier en profondeur la géographie logistique de notre filière vis-à-vis du port de Rouen. Au niveau des coopératives de la grande région et avec Sénalia et InVivo, nous avons vite compris que notre intérêt était de nous mutualiser, dans le cadre d’une union appelée Euro Seine, pour créer une plateforme multimodale. Celle-ci sera située à Languevoisin, à mi-chemin entre Anvers et Rouen. Elle sera suffisamment isolée pour éviter les nuisances de riverains, et connectée aux différents moyens de transport ainsi qu’à la plateforme multimodale industrielle de Nesle.

(Commentaire de Florestan: la concurrence d'Anvers et de Dunkerque contre le port de Rouen va s'accentuer pour savoir quel port choisir pour exporter les grains depuis la plateforme de Languevoisin.)


Une telle plateforme est-elle rentable pour transporter du grain ?

Le port fluvial céréalier que nous voulons construire va aussi servir à transporter des engrais, du sel de déneigement, des pulpes de betteraves, des granulats ou encore de la biomasse. On ne construit pas un canal uni-quement pour des produits pondéreux. Il faudra aussi développer des solutions logistiques pour les autres secteurs économiques, afin de créer une dynamique économique le long du canal. Tout reste à inventer.

La connexion des canaux à grand gabarit au port d’Anvers, n’est-ce pas une concurrence pour le port de Rouen ?

Si, au départ, ce projet de canal a pu être perçu comme une menace pour Rouen, le port y voit aujourd’hui l’opportunité d’élargir son hinterland vers l’est de la Somme, le nord de l’Aisne et même jusque dans la Marne. Ces régions pourront participer au marché export et faire venir plus facilement leurs engrais.

(Commentaire de Florestan: cette vision optimiste ne pourrait valoir que si les travaux pour moderniser l'axe Seine seront enfin réalisés de préférence, avant l'ouverture du Canal Seine Nord et seulement si les équipes commerciales d'HAROPA se montrent enfin plus performantes que celles du port de Dunkerque ou d'Anvers pour démarcher les clients de l'hinterland).

Quand ce canal va-t-il être opérationnel ?

Le démarrage des travaux est prévu pour 2015-2016 et l’ouverture entre 2021 et 2023. Cela nous laisse une dizaine d’années pour réunir des moyens, convaincre les acteurs économiques autour de ce projet et réaliser les infrastuctures. Réduire les coûts et l’empreinte carbone de nos transports est un enjeu majeur.

Identité

Jacques de Villeneuve est président délégué de Noriap et président d’Euro Seine, l’union de coopératives visant à développer une activité autour du futur canal. Elle rassemble Acolyance, Agora, Capsom, CapSeine, Cerena, InVivo, Noriap, Sana Terra, Senalia et Vivescia.