Si les chauffeurs routiers se montrent très sensibles à l'idée de respecter les lois, règles, normes et autres codes c'est que, par principe et pour des raisons élémentaires de sécurité des biens et des personnes, ils sont tenus au respect scrupuleux du... code de la route. Et, fort logiquement, ce qu'ils font, par devoir et responsabilité professionnelle d'avoir à respecter le code de la route, ils le font avec le second code législatif dont le respect permet d'organiser au mieux le respect qu'ils doivent impérativement pour le premier.

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(Blocage du terminal pétrolier Rubis au Grand Quevilly. Photo de Boris Maslard, Paris-Normandie)

Les chauffeurs routiers ont donc décidé de se mettre en grève après avoir pris connaissance du contenu précis des ordonnances réformant le code du Travail publiées au journal officiel le 23 septembre 2017 mais dont le texte doit repasser une dernière fois devant les deux chambres de la représentation nationale à partir du 22 octobre prochain pour avoir une valeur légale définitive.

Il serait ici malvenu de contester cette action syndicale des routiers dont nous n'avons pas à connaître les contraintes concrètes du métier: grâce à leur travail, nous jouissons sans vergogne de tous les conforts de la société de consommation moderne. Ils ont donc conscience d'être la cheville ouvrière du système et il serait politiquement dangereux que cette "cheville ouvrière" soit méprisée et placée dans la précarité sociale par une rationalité économique parfaitement illégitime car les chauffeurs routiers ont une conscience plus précise que certains de leurs employeurs du lien organique, sinon vital, entre le respect du code de la route et le respect du code du travail:

Si le second est bouleversé pour permettre plus de flexibilité et de précarité dans le temps de travail, son organisation ou sa rémunération comment serait-il possible d'imaginer qu'il n'y ait aucune conséquence sur le respect que les chauffeurs routiers doivent au premier sans une solide dose de mauvaise foi ou de cynisme?

Plus que jamais, le vieil adage normand prévaut:

"C'est mon dreit et j'y ti"

Les chauffeurs routiers normands défendent un code du travail qui leur permettent de respecter le code de la route: c'est leur droit. C'est aussi le nôtre.

Et ceux qui oseraient penser autrement, on leur conseille d'aller à pied ou de prendre le train et d'utiliser leur véhicule sur les routes uniquement les week-end puisque les chauffeurs routiers ont encore le droit de se reposer le dimanche (et encore...)


 

Lire l'article proposé par Paris-Normandie (Boris Maslard) pour un tour d'horizon complet des points de vue sur cette question en Normandie:

http://www.paris-normandie.fr/actualites/societe/code-du-travail--les-routiers-passent-a-l-action-LM10946683?utm_source=Utilisateurs+du+site+LA+NEWS&utm_campaign=31bdc333cd-RSS_EMAIL_CAMPAIGN&utm_medium=email&utm_term=0_233027d23b-31bdc333cd-137315997

Social. A l’appel de la CGT et de FO, les routiers sont bien décidés à monter au créneau à partir de ce lundi. Ils protestent contre la réforme du Code du travail.

Ils annoncent des « actions fortes et visibles », menacent d’une prochaine pénurie de carburants : les routiers CGT et FO lancent, ce lundi 25 septembre à l’aube, un mouvement reconductible contre la réforme du Code du travail, sur fond de revendications catégorielles.

« Il faut qu’on soit entendu, enfin, qu’ils arrêtent d’être sourds, ce sera un gros, gros mouvement », promet depuis Nice le responsable FO-Transports des Alpes-Maritimes, Michel Dey.

Depuis mercredi et l’échec des discussions avec le gouvernement, les syndicats CGT et Force ouvrière du transport routier réunissent leurs troupes pour définir les modalités de la grève.

« La bonne réponse, ce n’est pas le blocage mais le dialogue », a plaidé vendredi soir sur France Info la ministre des Transports, Elisabeth Borne, assurant aux chauffeurs que « le gouvernement est très mobilisé pour éviter le dumping social ».

« Des actions fortes » annoncela fédération de Normandie

« Ça va bouger partout et être costaud », prévient pourtant le numéro un de la CGT-Transports, Jérôme Vérité.

« Des actions fortes et visibles de n’importe quel type doivent éclore avant le lever du soleil du 25 septembre, et ne pas s’éteindre le soir même », affirme ainsi la fédération de Normandie.

Les organisateurs promettent de multiplier blocages et rassemblements sur des lieux stratégiques, notamment autour des bases logistiques et dépôts de carburants, déjà ciblés avant l’Euro-2016 ou en mai dernier.

La CGT « incite » d’ailleurs les automobilistes à « faire le plein assez rapidement », un conseil qui devrait accélérer la ruée vers les pompes... et favoriser d’autant le succès de la mobilisation. Par anticipation, le gouvernement a publié samedi un arrêté autorisant les transporteurs d’hydrocarbures à déroger temporairement aux règles en matière de temps de conduite et de repos, afin de faciliter les approvisionnements en carburant.

Dans le viseur des routiers, les ordonnances signées vendredi par Emmanuel Macron, même si Elisabeth Borne a assuré que la réforme du Code du travail n’avait « pas de raisons » de les inquiéter.

Les organisations de chauffeurs, à l’instar des confédérations syndicales, dénoncent la possibilité de « faciliter » les licenciements économiques dans les grands groupes, « l’affaiblissement » des représentants du personnel ou encore le plafonnement des indemnités prud’homales.

Plus spécifiquement, ils s’inquiètent de la possibilité de négocier dans l’entreprise des éléments de rémunération (13e mois, prime d’ancienneté...), jusque-là fixés par la branche professionnelle. Les TPE et PME, soit l’essentiel du tissu économique, vont s’engager dans une course au « moins-disant social » pour remporter les appels d’offres, redoutent FO et CGT.

« Manipulation grossière », rétorquent les fédérations patronales. « La convention collective ne prévoit pas de primes d’ancienneté mais des majorations d’ancienneté », celles-ci ne pourront « pas être remises en cause par les accords d’entreprise », assurent-elles.

Il s’agit « plus d’un sujet de droit commun que de transport », pointe de son côté la ministre du Travail, Muriel Pénicaud, en relevant que les revendications des grévistes sont « plus larges que les ordonnances ».

Effectivement, des motivations catégorielles se sont greffées à la contestation.

La ministre des Transports a répondu à une partie des inquiétudes en assurant vendredi qu’un accord conclu sous le précédent quinquennat, pour garantir le financement sur trois ans du dispositif de retraite anticipée des routiers, serait bien appliqué.

Ce dossier avait été décrit comme une « bombe sociale » par la CGT puisque, sans inscription dans la loi de cet accord, « le régime explose dès les premières semaines de 2018 ». « Le congé de fin d’activité sera maintenu, l’État assurera sa part de financement », a déclaré Mme Borne. Ce dispositif, obtenu en 1996 à l’issue d’une longue grève, permet aux conducteurs ayant une ancienneté suffisante de cesser le travail au plus tôt 5 ans avant l’âge légal, en conservant 75 % du salaire brut jusqu’à la retraite.

Les syndicats restent traditionnellement discrets sur les sites qu’ils ont dans le viseur. En Normandie, les dépôts pétroliers et les raffineries font partie des « objectifs » des grévistes. On peut donc s’attendre dès ce matin à une opération de blocage du dépôt pétrolier Rubis au Grand-Quevilly, près de Rouen. À Caen, la CGT a déjà annoncé la couleur avec le blocage prévu du périphérique.
En Seine-Maritime, les raffineries Total à Gonfreville-l’Orcher et Exxon à Port-Jérôme-sur-Seine pourraient également être bloquées.

des blocages où ?

Otre normandie dénonce des « mensonges »

L’Organisation des transporteurs routiers européens (OTRE), syndicat patronal, monte au créneau, lui, pour dénoncer l’appel à la grève. « Les deux syndicats dénoncent certaines dispositions figurant dans les ordonnances, qui auraient un impact direct sur les conducteurs, dans un secteur où 80 % des employeurs sont des PME de moins de 20 salariés, exprime OTRE Normandie. L’OTRE ne peut que dénoncer les discours de certains syndicalistes qui sous couvert d’appel à une mobilisation massive contre les ordonnances, lesquelles constituent, selon eux, « un recul social sans précédent », manient les inexactitudes quand ce n’est pas carrément le mensonge pour exciter les peurs et les inquiétudes des salariés du transport routier. L’OTRE dénonce notamment les affirmations syndicales selon lesquelles les ordonnances réformant le Code du travail permettraient « de s’attaquer aux primes d’ancienneté, entreprise par entreprise (...) une véritable catastrophe sociale, puisque la convention collective ne va plus être le référent obligatoire ». Ces affirmations relèvent d’une manipulation grossière. Chacun sait que la convention collective ne prévoit pas de primes d’ancienneté mais des majorations d’ancienneté applicables aux taux horaires des minima conventionnelles. Or il suffit de lire les projets d’ordonnances pour voir qu’il est expressément prévu que l’accord de branche primera de façon « exclusive » sur l’accord d’entreprise dans onze grands domaines dont en premier lieu les minimas conventionnels... Faire croire aux salariés qu’il existera autant de Code du travail qu’il y aurait d’entreprises est totalement faux (...) Enfin, l’OTRE est particulièrement scandalisée que certains responsables syndicaux puissent se féliciter du fait que la grève du 25 septembre puisse avoir « des conséquences très concrètes sur l’économie française ». Aux mensonges et aux contre-vérités s’ajoute l’irresponsabilité ! »