Sur le site d'information au titre évocateur "Atlantico" qui relaye quelque peu la vision du monde dominante depuis l'angle de vue des élites occidentales (Europe + Amérique du Nord), nous avons vu passer un article qui s'amuse à se faire peur avec l'épouvantail idéal: ce que les Russes peuvent bien penser de nous et de l'Europe qui serait perçue par les élites russes comme une menace si l'on demeure dans la logique géopolitique d'affrontement simpliste de la Guerre Froide entre Washington à l'Ouest et Moscou à l'Est.

L'article ci-dessous s'inquiète donc de l'existence de la carte dressée par une institution para-gouvernementale russe de l'ensemble des régions des pays membres de l'Union européenne qui seraient tentées, peu ou prou, par des aventures politiques en solitaire à l'instar de la Catalogne: que Laurent CHALARD, le moineau plumitif "atlantiste" d'Atlantico ait pris peur de l'épouvantail c'était, peut-être, le but recherché... Monsieur Poutine ourdirait contre nous un vaste complot pour destabiliser les puissances de l'Europe occidentale alliée (et dominée) par les Etats-Unis en les "balkanisant" par la stimulation de mouvements régionalistes plus ou moins séparatistes à l'instar de ce que les services secrets de l'armée allemande avaient tenté de faire lors de la Première guerre mondiale avec les Irlandais contre les Anglais ou pendant la Seconde guerre mondiale avec le mouvement indépendantiste breton (dans le cadre du régime dit de "Vichy") ou en soutenant les mouvements nationaux baltes et ukrainien contre l'union soviétique...

On notera que sur cette carte plutôt inédite à voir pour un journaliste jacobin de Paris on trouvera la présence de la Bretagne et de la Normandie ainsi que l'Alsace, la Savoie, la Corse, le Pays basque, l'Occitanie... La présence de la Normandie sur cette carte a provoqué la surprise narquoise du journaliste d'Atlantico: c'était oublier que la réflexion géopolitique russe semble davantage faire attention aux évidences géographiques et historiques qui viennent de loin. On s'interrogera donc sur l'existence d'une telle carte et sur les motivations qui l'ont suscitée en ayant à l'esprit la célèbre maxime du géographe Yves Lacoste: "la carte de géographie ça sert à faire la guerre". Et on remerciera finalement les Russes de nous réveiller enfin car les élites européennes, ces quarante dernières années, ont cru, sous le beau parapluie protecteur américain, pouvoir se retirer de l'Histoire: avec un Trump à Washington et un Poutine à Moscou il est temps, il est urgent que les Européens s'occupent de nouveau de leurs affaires !

Le modèle français et européen de l'Etat nation démocratique et social (état providence) a été ébranlé ces quarante dernières années par une offensive idéologique néo-libérale dérégulatrice, pro-marché et anti-état d'ouverture à la mondialisation: les populations vivent désormais dans l'insécurité économique et culturelle. Le recours au local et au régional devient la seule réponse politique positive pour défendre, à nouveau, les communs et l'intérêt général face à l'échelon national en crise et face à un échelon européen supra-national trop lointain et surtout trop favorable aux intérêts privés transnationaux qui organisent la mondialisation sous standard Nord-américain: avant que les Russes ne soient, un jour, tentés d'user contre nous cette arme de déstabilisation massive, nous avons vivement intérêt à nous occuper de nos affaires au lieu de participer à un jeu diplomatique manipulé par les USA ou par la Russie.

Il faut des frontières claires à l'Europe. Définir clairement les transferts de pouvoir et de compétences nécessaires pour une Europe régalienne qui protège les ses peuples et redéfinir tout aussi clairement ce qui doit rester aux Etats membres: dans ce cadre, il faut définir le rôle précis d'une région entre l'échelon le plus local (en France, l'échelon communal)  et l'échelon de l'Etat central national. Il ne faut pas confondre régionalisme et nationalisme sous peine d'être surtout l'idiot utile de tous les partisans du centralisme mais aussi du machiavélisme russe ou de la désinvolture américaine..


 http://www.atlantico.fr/decryptage/russes-ont-projets-pour-avenir-europe-et-voila-inquietante-carte-qui-detaille-laurent-chalard-3185290.html

Les Russes ont des « projets » pour l’avenir de l’Europe et voilà l’inquiétante carte qui les détaille

La perspective d’une éventuelle indépendance de la Catalogne, qui aurait fait sourire, il y a seulement encore quelques années, la quasi-totalité des experts en géopolitique, semble désormais devenir un scénario relevant du domaine du possible, ce qui inquiète consécutivement les dirigeants européens sur le risque de balkanisation politique d’un continent qui l’est déjà beaucoup plus que le reste de la planète.

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En effet, l’Europe compte près d’un quart des Etats de la planète (soit 49 sur environ 200) alors qu’elle ne représente que 7 % de la superficie des terres émergées et ne comprend que 10 % de la population mondiale. Dans ce cadre, le risque d’une poursuite du processus de balkanisation du continent n’est pas à prendre à la légère car certaines puissances extérieures antagonistes ont tout intérêt à ce que ce scénario se réalise, dans l’optique d’affaiblir, voire de faire disparaître, l’Union Européenne, la principale concentration de richesse de la Terre, jugée comme étant une puissance hostile à leurs intérêts.

Parmi ces puissances antagonistes, la première d’entre elles, est le grand voisin oriental que constitue la Russie, qui a une revanche à prendre sur les occidentaux suite à l’effondrement de l’URSS en 1991 et au soutien (tacite) des européens au mouvement sécessionniste tchétchène, voire même à leur tentative d’incitation auxTatarsdu Tatarstan de faire de même.

En conséquence, il n’apparaît guère surprenant que les médias russes et leurs « alliés »sur les réseaux sociaux, tels que Wikileaks, aient été très présents dans la campagne indépendantiste de Catalogne, profitant de l’occasion pour faire l’apologie du sécessionnisme dans d’autres régions européennes, dont l’Ecosse, le Royaume-Uni étant l’ennemi numéro 1 de la Russie en Europe, et le nord de l’Italie (Lombardie et Vénétie). Dans ce cadre, pour mieux comprendre ce que souhaiteraient les dirigeants russes, l’analyse critique d’une carte des mouvements autonomistes « actifs » sur le continent, publiée en février 2014 dans le cadre d’un article sur un site internet d’ultra-nationalistes russes,Sputnik& Pogrom, est particulièrement parlante et rappelle la fameuse carte du redécoupage du Moyen-Orient réalisée par le lieutenant-Colonel Ralph Peters en 2006 dans la revue Armed Journal Forces aux Etats-Unis. Le site Sputnik& Pogrom étant anti-Poutine, la carte ne peut être considérée comme une carte « officielle », mais, le pouvoir russe s’inspirant, bien souvent, des idées des ultra-nationalistes, son analyse présente un intérêt certain.

Le premier élément qui saute aux yeux lorsque l’on découvre cette carte est l’existence d’unnombre considérablement beaucoup plus important de mouvements autonomistes « actifs » que sur une carte classique, auxquels les experts en géopolitique sont habitués en Europe. En règle générale, seule une dizaine de mouvements, au grand maximum, sont considérés comme « actifs », alors que selon cette carte russe, il n’y en aurait pas moins d’une soixantaine. Si cela peut paraître ridicule au premier abord (la Normandie !), témoignant d’une méconnaissance certaine des réalités territoriales européennes, il ne faut cependant point prendre cette carte à la légère, car, plus qu’une traduction d’une réalité tangible, elle est le révélateur d’une volonté d’une balkanisation très poussée de l’Europe, bien au-delà de ce que nos élites pensent.Pour ses promoteurs, il ne s’agit pas juste de faire perdre une ou deux régions dans l’optique de créer une épine dans le pied des états les plus puissants, mais d’une véritable volonté de démembrer totalement certains pays, dont le Royaume-Uni, ce qui ne surprendra  pas les spécialistes, du fait de l’antagonisme très fort de ce dernier Etat avec la Russie, mais aussi l’Espagne, allié traditionnel de Washington.

Un second élément, qui apparaît aussi vivement sur cette carte, est l’existence d’un bien plus grand nombre de territoires autonomistes à l’ouest d’une ligne reliant les îles Féroé(qui appartiennent au Danemark) au nord à la Sicile au sud, ce qui peut s’expliquer de deux manières. La première est que la balkanisation de l’Europe orientale, à laquelle les dirigeants occidentaux ont largement contribué,étant déjà très largement réalisée suite à la fin de la guerre froide, il n’existe donc plus beaucoup de possibilité de réduction de la taille d’Etats, qui sont déjà bien petits.

Par contre, à l’ouest du continent, il demeure des Etats relativement importants comme le Royaume-Uni, la France, l’Espagne, l’Italie et l’Allemagne. Il apparaît donc assez logique que les possibilités de les fragmenter soient plus importantes.Le second élément, qui peut aussi expliquer la surreprésentation des Etats d’Europe occidentale, est que ces derniers sont les concurrents les plus sérieux de la Russie, de par leur population et leur économie, plus que par leur superficie, puisque sur ce dernier critère, la Russie est hors-concours. Par exemple, la France, l’Italie ou le Royaume-Uni ont une population équivalent à plus de 40 % de la population de la Russie et ont un PIB supérieur.

Plus en détail,les logiques de découpages des territoires autonomistes utilisées apparaissent diverses. Il n’est pas possible de trouver un critère unique. Le principal semble être le critère linguistique, tout territoire ayant,ou ayant eu,une langue légèrement différente de la langue de son Etat, est considéré comme potentiellement autonomiste. Par exemple, c’est le cas de la Catalogne, du pays basque ou de la Galice en Espagne, des régions du sud de la France qui parlaient la langue d’oc, de l’Alsace et de la Bretagne dans le reste de la France, de l’Ecosse, du Pays de Galles et de la Cornouailles au Royaume-Uni, de la Frise aux Pays-Bas, de la Flandre et de la Wallonie en Belgique, de la Bavière en Allemagne, du Tyrol du Sud en Italie... Un deuxième critère, qui peut se combiner au premier, paraît plus géographique, c’est-à-dire le caractère insulaire, comme pour la Corse, la Sardaigne, la Sicile, les îles Shetland ou encore les îles Féroé… Un troisième critère est plutôt d’ordre historique, l’existence d’un « Etat » aujourd’hui disparu, comme c’est le cas en Espagne pour l’Andalousie, la Castille ou l’Aragon, ou en France pour la Savoie et Nice (qui faisaient partie du royaume de Piémont-Sardaigne) ou encore la Normandie (ancien duché). Enfin, il semble même parfois que ce soient des critères économiques qui aient été pris en compte, tout du moins pour la partie anglaise du Royaume-Uni, qu’il paraît difficile de découper selon des critères d’ordre culturel, avec le bassin londonien ou les Midlands, mais aussi pour l’Italie du Nord.
Finalement, que faut-il penser de cette carte? Exercice intellectuel amusant, mais sans conséquence, ou potentiel projet géopolitique d'un Etat antagoniste de l'Union européenn? La réponse est probablement un peu les deux. Si la carte de la balkanisation de l'Europe du Kremlin dont nous pouvons supputer l'existence, est très vraisemblablement partiellement différente de cette carte et doit varier au fur-et-à-mesure du temps en fonction des évolutions géopolitiques, il n'en demeure pas moins qu'elle nous donne une idée des la psyché des nationalistes russes sur cette question.
Commentaire de Florestan: 
Comment peut-on être certain que ce projet de balkanisation régionale de l'Europe existe bel et bien dans un sous-sol du Kremlin? On prête généralement aux riches mais il faut tout de même ne pas abuser!  Et si ce projet était réellement celui du Kremlin il faudrait aussi envisager une enclave de Kaliningrad, actuellement une enclave russe, qui pourrait se revendiquer, à nouveau, comme Prusse orientale avec rattachement à la république fédérale d'Allemagne...
Lire aussi la réponse proposée suite à cet article au site Atlantico par Didier Patte, le porte parole du Mouvement Normand:

REPONSE A ATLANTICO

Nous venons de lire avec intérêt l’article paru sur le site d’Atlantico et intitulé : « Les Russes ont des « projets » pour l’avenir de l’Europe et voilà l’inquiétante carte qui les détaille »

Il a retenu toute notre attention et suscite de notre part (i – e le Mouvement Normand) quelques commentaires.

1°) A propos des allusions concernant la Normandie

Vous semblez considérer comme « ridicule » le réveil identitaire de la Normandie (cf. le premier paragraphe de votre analyse)…

Pouvez-vous nous permettre quelques observations :

a) La Normandie sort de six décennies d’une « ridicule » partition – la « haute » et la « basse » Normandie – qui a provoqué, aux dires de l’INSEE une baisse de deux points de son P.I.B. et, surtout, une déchéance relative de son attractivité, notamment auprès des régions françaises qui lui sont limitrophes.

Le Mouvement Normand, depuis 1969, a lutté pour la réunification de la Normandie. C’était sa principale revendication. Ce n’était pas la seule. Nous avons aussi lutté – comme d’autres – contre le jacobinisme, mais, à l’inverse de certains mouvements régionalistes – nationalitaires, nous n’avons jamais remis en cause la nécessité de l’État national. « La Normandie est terre de France et entend le demeurer ». Rassemblant des régionalistes, voire des autonomistes (l’autonomisme suppose que l’on s’intègre dans un ensemble que l’on ne remet pas en cause), le Mouvement Normand a toujours été opposé à un quelconque séparatisme que, de façon plus ou moins romantique, des journalistes parisiens exaltent à longueur de colonnes…

Bref ce « ridicule » mouvement régionaliste peut se targuer d’avoir réussi la gageure d’avoir atteint son but principal lors du redécoupage des régions fin 2015 : obtenir la création de la SEULE région cohérente (avec la Corse, mais l’insularité est une raison évidente) parmi les autres régions françaises. Ce qui permet à la Normandie de retrouver son identité et d’en faire un facteur de dynamisme retrouvé.

Les premiers pas de la Normandie réunifiée montre que notre Région se réveille enfin.

Le problème qui se pose aujourd’hui réside dans la tentative des promoteurs du Grand Paris de vouloir s’accaparer la gouvernance de la Vallée de la Seine (sous prétexte d’une ambition « mondiale » de la Capitale – Ville – monde). Nous en saurons plus lors de la Conférence sur le Grand Paris qui va se dérouler vers la fin de ce mois. Il est évident que le Mouvement Normand, dans ces conditions, continue son action : la réunification de la Normandie n’a jamais été le seul programme de ce mouvement régionaliste…

b) D’après votre analyse, il semblerait que les Russes tinssent compte des héritages historiques… Et de citer la référence à l’ancien Duché de Normandie.

La belle affaire ! Les Russes, en l’occurrence, paraissent tenir compte du fait que la Normandie a joué et peut toujours jouer un rôle de pont entre le monde britannique et le continent européen. N’est-elle pas la matrice de deux aventures singulières et fécondes : l’universalisme britannique et l’universalisme français, parallèles et souvent antagonistes ? En ces temps de Brexit, ce sont là des données à ne pas négliger et les hommes du Kremlin y ont sans doute porté une attention que peu de responsables français veulent bien considérer.

Il est vrai que le legs de l’histoire n’entre pas beaucoup dans les préoccupations de nos responsables politiques…

Pour conclure sur les allusions que les auteurs de l’article d’Atlantico ont faites sur la Normandie, nous dirons que nous avons l’impression que les Russes ne mettent pas sur le même plan les revendications identitaires des différentes Régions européennes. Ils nuancent, mais sont attentifs à tous les réveils des patries charnelles (qui font l’insigne richesse du continent européen). En font-ils pour autant des éléments de structures de déséquilibre de l’ensemble continental ?

Ce peut être une possibilité s’ils ont une intention malveillante, notamment à l’égard d’une Union Européenne qu’ils jugent trop inféodée à la tutelle américaine et, dans votre analyse, vous remarquez fort justement que les « projets » américains concernant l’Europe ne sont pas très éloignés d’ un désir de « balkanisation », la rendant inopérante dans le grand jeu mondial. Mais comparaison est-elle raison ? Le « modèle » américain est-il transposable aux Russes en la circonstance et implique-t-il une même volonté de rendre inoffensive une Europe restant, cependant, une grande puissance économique et culturelle, quoi qu’en disent d’ailleurs les Américains quelque peu jaloux ?

 

2°) La balkanisation de l’Europe, conséquence du prurit indépendantiste ?

La crise catalane actuelle conduit à s’interroger sur les dangers d’une balkanisation de l’Europe qui pourrait faire le jeu des deux grandes puissances impériales que sont les Etats-Unis et la Fédération de Russie. La crise catalane s’inscrit aussi dans la mode présente de la remise en cause des Etats-Nations (Royaume-Uni, France, Espagne pour les plus anciens, Allemagne, Italie et autres qui le sont en devenir). Elle ne dispense pas les différents mouvements régionalistes d’une réflexion sur ce phénomène.

En tout cas le Mouvement Normand, en l’occurrence, ne fuira pas ses responsabilités en faisant semblant de regarder ailleurs. La situation, notamment médiatique, pousserait sans doute à l’expectative : il y a dans la médiasphère une sorte de parfum romantique en faveur des indépendantismes et qui conduit nombre de journalistes à porter au pinacle démocratique les revendications séparatistes qui seraient plus légitimes que l’attachement à la notion d’Etat-Nation. Cela entraîne d’ailleurs une confusion (voulue?) entre les notions de nationalisme, de régionalisme, d’autonomisme, de séparatisme, tous ces mots en -isme qui traduisent le plus souvent une approche totalitaire par le caractère dogmatique imprimé sur certaines d’entre elles.

Ce que nous retenons à notre niveau de mouvement régionaliste, c’est que l’indépendantisme et le séparatisme sont la marque d’une sorte de jacobinisme au petit pied. Nous souffrons certes du jacobinisme de l’État français, centralisateur forcené qui, par l’accaparement des forces vives des Régions au profit de la Capitale, provoque une quasi asphyxie de « la France d’En-haut » et une atonie de « la France d’En-bas ». Certains rêvent d’un possible girondinisme ou d’un quelconque fédéralisme, c’est une vision sympathique, mais dénuée de réalisme. Il faut assumer l’histoire. Les Girondins ont perdu face aux Jacobins et Paris n’est pas réduit à la « 83e partie de la Nation ». Qu’on le veuille ou non, Paris, aujourd’hui, à lui seul, représente la plus grosse partie du dynamisme français. Certains voudraient contrebalancer l’influence parisienne par quelques super-métropoles (Lyon, Toulouse, Marseille, Lille, peut-être Nantes ou Bordeaux), mais c’est une vision technocratique qui bafoue les identités régionales et le désir d’enracinement des populations. Assumer l’histoire, avons-nous dit, en demandant de tenir compte de l’hypertrophie parisienne, donnée incontournable, c’est aussi reconnaître l’existence des identités récurrentes et, même, s’en servir pour se prémunir du danger de l’uniformisation engendrée par la globalisation et la mondialisation.

On peut ne pas apprécier la mondialisation et la globalisation (c’est notre cas), on ne doit pas faire semblant de les ignorer. Autrement dit, il convient de s’appuyer sur nos identités pour résister. Et ce, sans agressivité.

Qu’en est-il en Catalogne ?

La Catalogne n’est pas la Castille, ni l’Andalousie ou le Pays basque, c’est dire que l’Espagne, en réalité, se conjugue – et ce, depuis toujours – au pluriel : les Espagnes, devrions-nous dire. Certes, c’est un Etat unitaire en ce sens qu’il y a un gouvernement central, mais l’Espagne est fortement régionalisée, avec, même, des provinces autonomes. La Catalogne en est le parfait exemple. La « Generalitat » de Catalogne jouit d’un statut d’autonomie des plus larges, y compris une autonomie de gestion.

Rien de commun avec les Régions françaises qui, elles, ne survivent que par les dotations de fonctionnement que veut bien lui octroyer l’État central. Les régionalismes en France sont à cent lieues d’avoir les mêmes ambitions autonomistes que celles qui ont été accordées à la Catalogne. Il faut dire que l’histoire des provinces françaises est très différente de celles des provinces espagnoles. C’est un fait à ne pas négliger. La période franquiste est relativement récente et a incarné un centralisme radical en Espagne, d’où l’assimilation hasardeuse des indépendantistes catalans considérant la réaction unitaire de Madrid comme un avatar du franquisme. Ce n’est pas le cas : l’Espagne post-franquiste s’est donnée une constitution démocratique qui, justement, a laissé une large place à des autonomies provinciales. Ne pas le reconnaître relève de la mauvaise foi. Les identités basque, andalouse, castillane, catalane, etc., ont été respectées et même promues, y compris en matière de langues régionales. Non seulement le catalan est parlé par la grande majorité des habitants de la Catalogne, mais il est enseigné, diffusé. On pourrait multiplier les exemples montrant un respect évident de la personnalité catalane.

Alors, pourquoi cette fièvre indépendantiste ?

Comme dans de nombreux pays européens, il y a en Espagne un certain désamour des partis traditionnels et, même, un certain désir de « dégagisme » (voir l’apparition de Podemos en Espagne, du Mouvement Cinq Etoiles en Italie et, à un moindre degré, du macronisme en France). Il en résulte une méfiance à l’égard du Gouvernement espagnol, actuellement dirigé par la Droite. Ce gouvernement, comme tous les autres gouvernements européens, est confronté à la mondialisation et y répond plus ou moins bien. Il n’est donc pas solide. Le moment est donc bien choisi pour des contestations radicales : l’indépendantisme catalan en est une des expressions.

Mais ce qui frappe – et, en cela, il n’y a rien de commun entre la revendication régionaliste française et le séparatisme catalan, c’est que la Catalogne n’est pas la zone la plus mal lotie de l’Espagne, bien au contraire. C’est une des locomotives de l’économie espagnole. Les Régions françaises, elles, se plaignent d’être délaissées, mises au rencart, par l’hypertrophie parisienne : elles voudraient bien ne plus être « la France d’En-bas », la « France périphérique ». Rien de tout cela en Catalogne. Parce que plus riche, elle ne veut pas se solidariser avec les régions plus pauvres d’Espagne. Cet égoïsme n’est pas unique : la Flandre ne veut pas payer pour la Wallonie, la Padanie n’entend pas financer le Mezzogiorno… L’indépendantisme, dans ces conditions, constitue un réflexe de nantis qui ne veulent pas partager et être solidaires des compatriotes des autres provinces moins bien dotées. Les motivations n’en sont donc pas aussi « démocratiques » que les journalistes de la presse parisienne veulent bien le dire. Au fond, ce qui est en jeu, c’est le désir des dirigeants catalans d’avoir les coudées franches pour gérer la manne de Bruxelles, garder sur place les bénéfices d’une économie plus florissante qu’ailleurs en Espagne.

On est loin de la seule revendication identitaire qui, d’ailleurs, est pleinement assurée en Catalogne. Qu’une majorité de Catalans soient fiers de leur identité, voilà qui nous réjouit. C’est un « plus » dans le puzzle européen et une richesse patrimoniale à laquelle nous aspirons dans nos Régions françaises soumises au parisianisme niveleur. Mais ne confondons pas la quête identitaire parfaitement justifiable et l’égoïsme local aux relents détestables de ceux qui ne veulent pas partager et montrer un esprit de solidarité.

Ces dernières considérations nous éloignent peut-être de l’objet de l’article d’Atlantico : quelles sont les intentions des Russes concernant le devenir de l’Europe occidentale ? Sont-elles aussi perverses que celles des Américains qui font florès actuellement dans les Balkans ? Nous avons voulu donner un éclairage « régionaliste » aux réponses à ces questions pertinentes et impertinentes. Elles ne sont peut-être pas celles que vous attendiez – si, toutefois, vous souhaitiez un commentaire à vos assertions -, mais c’est notre contribution de « régionalistes normands » au débat que vous avez lancé.

 

DIDIER PATTE

 

Porte – parole et ancien Président du Mouvement Normand

La Mailleraye – sur – Seine, le 9 octobre 2017