Juillet 2016. Deux petites frappes illuminées prêtes pour s'envoyer en l'air au "paradis" des djihadistes projettent d'égorger un prêtre. Un homme bon et sage au service d'une petite église de quartier dans la banlieue de la métropole normande et qui se consacre depuis des années au dialogue inter-religieux. Un agent de la préfecture de police de Paris qui fait la "cyber-patrouille" sur les messageries cryptées utilisées par les individus tentés par l'aventure idéologique de l'Islam radical, s'aperçoit qu'un mauvais coup est peut-être en préparation du côté de Saint Etienne du Rouvray...

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https://www.mediapart.fr/journal/france/040118/comment-les-renseignements-ont-etouffe-leur-rate-apres-l-attentat-de-saint-etienne-du-rouvray

La note suivante publiée par Paris-Normandie résume l'enquête publiée par le journaliste de Médiapart:

http://www.paris-normandie.fr/alerte/attentat-du-pere-hamel--les-services-de-renseignement-ont-ils-failli-BO11866997?utm_source=Utilisateurs+du+site+LA+NEWS&utm_campaign=0585db1f7d-Alerte_Info12_4_2015&utm_medium=email&utm_term=0_233027d23b-0585db1f7d-137315997

La direction du renseignement de la préfecture de police (DRPP) de Paris aurait eu connaissance des messages d’un des tueurs du père Hamel une semaine avant l’assassinat du religieux révèle Mediapart. Le terroriste y évoquait une attaque dans une église, mentionnait Saint-Étienne-du-Rouvray... Toujours selon Mediapart, la DRPP, une fois le prêtre assassiné, aurait alors postdaté deux documents afin de masquer sa passivité.

L’attentat du père Hamel aurait-il pu être déjoué ? La direction du renseignement de la préfecture de police (DRPP) de Paris aurait eu connaissance des messages d’un des tueurs du père Hamel une semaine avant l’assassinat du religieux, commis le 26 juillet 2016. Le terroriste y évoquait une attaque dans une église, mentionnait Saint-Etienne-du-Rouvray... « Le raté est énorme : un service de renseignement français était aux premières loges pour assister aux préparatifs de l’attentat qui a coûté la vie à un prêtre et occasionné de graves blessures à un de ses paroissiens et n’a pas communiqué ses informations », affirme Mediapart, qui révèle ces informations. « Pire, une fois le prêtre assassiné, la DRPP a alors antidaté deux documents afin de masquer sa passivité », indique le site d’information. Sur injonction de sa hiérarchie, un policier aurait, selon Mediapart, postdaté un document où avaient été consignées des informations sur l’un des deux terroristes de Saint-Etienne-du-Rouvray.

D’après Mediapart toujours, l’agent, spécialisé dans la surveillance d’internet, avait consigné une alerte sur cette note blanche à propos des menaces d’Adel Kermiche, l’un des deux terroristes qui a égorgé le père Hamel. Sur le logiciel Telegram, cinq jours avant l’attentat, le jihadiste avait posté un message audio où il appelait à attaquer les églises. Dans le message, Kermiche évoquait un « carnage possible », en coupant des têtes. « Je vous conseille de taper », poursuit-il en s’adressant à ses abonnés sur les réseaux sociaux.

À la DRPP, le policier anti-terroriste transmet la note à ses supérieurs hiérarchiques comme le veut la règle mais, toujours selon Mediapart, personne ne la consulte. Plusieurs d’entre eux sont en congés selon le site d’informations. Résultat : l’alerte n’atteindra jamais la DGSI, le service de contre-terrorisme responsable de la zone de Saint-Étienne-du-Rouvray. C’est pour tenter de camoufler cette erreur que la note aurait été effacée.


Commentaire de Florestan:

Dans le cadre de l'Etat jacobin centralisé depuis Paris, la relation Paris- Normandie n'est pas horizontale mais verticale... Pis! Elle est pyramidale. Et chose connue, le beau soleil estival venant, la pyramide se met en vacance... Et plus on monte dans la hiérarchie, plus la pyramide est en vacance selon l'adage bien connu: l'administration d'un état hiérarchisé et centralisé est comparable à une armoire. Plus on monte en hauteur, plus il y a de la poussière sur les étagères sachant que le haut de l'armoire, juste avant le plafond, est réservé aux ustensiles dont on ne sert jamais ou qui ne servent plus.

Le jacobinisme Paris-Province fonctionne donc moins bien été qu'en hiver: nous en avons, hélas, une preuve. Une preuve tragique!


A la suite de ces tristes révélations quant aux circonstances de l'assassinat du Père Hamel, Monseigneur Dominique Lebrun, archevêque de ROUEN, Primat de Normandie, a fait paraître le communiqué officiel suivant:

 

Communiqué de Mgr Dominique Lebrun, archevêque de Rouen,
au sujet des informations divulguées sur l’assassinat du Père Jacques Hamel.

 

La presse fait état d’informations nouvelles sur les circonstances de l’assassinat du Père Jacques Hamel. La Préfecture de

Police apporte des démentis. Quoi qu’il en soit, cet épisode réveille une douleur qui commençait doucement à s’apaiser.

Je pense en particulier à la famille du Père Hamel, aux autres victimes, aux proches et aux forces de l’ordre qui sont

intervenues au péril de leur vie. Des questions se posent à nouveau : qui savait quoi ? Cet attentat aurait-il pu être évité ? Je pense aussi aux victimes de tous les attentats qui se posent les mêmes questions dans leur deuil.

Notre Evangile indique un chemin d’amour et de pardon. Il n’est pas facile. Nous ne l’abandonnerons pas même si une

nouvelle difficulté se présente. Notre désir le plus ardent est que la société toute entière résiste aux tentations de division et

aux fractures. C’est ensemble, population, communautés croyantes, services de l’Etat que nous nous opposerons au

fanatisme et à la violence inhumaine.

Je redis la confiance en la justice de notre pays. Une instruction est en cours. Elle est ou sera saisie des informations publiées et bénéficiera des documents que la Préfecture de Police met à sa disposition. Je ne doute pas que les juges et les

responsables de l’Etat en tireront toutes les conclusions.

Que ces nouvelles ne gâchent pas la joie des responsables des confessions juives, musulmanes et chrétiennes qui se

retrouvent cet après-midi à l’archevêché. Comme prévu, ils présentent à la société civile leurs vœux et leurs engagements

pour le bonheur de tous.

 

Dominique Lebrun

Archevêque de Rouen

5 janvier 2018