IL FAUT EMBELLIR CAEN:

voilà l'enjeu!

Avant 1944, la ville de Caen comptait parmi les dix plus belles villes historiques de France: une vraie dentelle de pierre! (Lisieux c'était la "capitale du pan de bois" dixit les guides touristiques en 1939).

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Pour donner un ordre de comparaison: Caen avait la densité artistique et architecturale de Dijon, Troyes, Laon, Senlis, Provins, Carcassonne, voire Bordeaux sur une échelle plus petite...

1944 FUT LE MASSACRE du patrimoine de la région la plus patrimoniale de France ! Et malgré cela, les départements du Calvados et de la Seine-Maritime sont encore à la seconde et troisième places françaises (après les 20 arrondissements de Paris) pour le nombre de Monuments Historiques ou Inscrits: c'est vous dire la richesse et la densité du patrimoine historique normand y compris à Caen (mais aussi à Rouen)... après le désastre de 1944 avec AUSSI l'apport d'un nouveau patrimoine parfois (pas toujours hélas!) de grande qualité artistique avec la Reconstruction (notamment dans l'art religieux avec des vitraux des années 1950/1960 qui sont, littéralement, extraordinaires: on pensera à Saint Pierre d'Yvetot ou à l'église Notre Dame d'Aunay sur Odon).

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CAEN a été détruite à hauteur de 31% pour la surface bâtie au sol mais à plus de 70% pour la surface en m² de logements:

C'est l'hyper densité architecturale et immobilière du centre ville qui a été anéantie, un vrai traumatisme auquel il faut ajouter 10 à 15% supplémentaires après 1944 à l'occasion des travaux de déblaiements et d'une Reconstruction qui ne sera pas "à l'identique" comme à Varsovie. (Immeubles ou monuments à moitié détruits mais qu'on aurait pu restaurer ou garder si la doctrine de reconstruction était de respecter la Charte de Venise et les immeubles épargnés mais frappés d'alignement par le nouveau plan d'urbanisme).

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C'est ainsi que furent rasés l'hôtel de Loirail rue de Géôle dernier témoin d'un palais du XVe siècle à Caen mais aussi celui de l'abbé du Mt St Michel (ancien collège du Mont)  au bout de l'actuelle rue de Bras ainsi que l'ancienne maison de Charles de Bras du début du XVIe siècle qui a donné son nom à la rue et qui abritait le musée archéologique de la ville qui n'a jamais été rétabli depuis. C'est ainsi que furent rasés l'ancienne église des Carmes près du quai Vendeuvre, la porte monumentale de l'ancienne Intendance sur l'actuelle rue des Carmes, les vestiges de l'ancienne université rue St Sauveur, brûlée en juillet 1944 mais dont il restait l'essentiel des murs, l'ancien hôtel de ville place de la République définitivement rasé en 1950 alors que de nombreux murs étaient encore debout, l'intégralité de l'ancienne rue de Géôle pour dégager la vue sur le château (il n'en reste que la maison des Quatrans, elle-même amputée de sa magnifique chambre haute sacrifiée par un architecte incompétent), l'ancienne halle couverte située entre la tour Leroy et l'église St Pierre pour permettre le passage de l'avenue du 6 juin... Liste non exhaustive des destructions commises APRES 1944 et qui continuent jusqu'à aujourd'hui de la part de grands promoteurs immobiliers (donnons les noms: Eiffage, Bouygues, BG Promotion, Sédelka Europrom pour le local de l'étape) qui refusent, par principe, de comprendre que la promotion immobilière par RENOVATION SUR TABLE RASE EST IMPOSSIBLE A CAEN.

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POURQUOI?

Parce qu'elle a déjà eu lieu entre le 6 juin 1944 et la fin des années 1960 avec les bombes de la Libération et la construction d'une ville entièrement nouvelle dans le centre ville de Caen. Et si on ajoute aux destructions des années 1946-1950 liées à la "Reconstruction" celles qui se commettent, à nouveau massives depuis les années 1990, il faut maintenant affirmer que 80% de la ville de Caen d'avant-guerre a disparu ! (par ex: destruction des villas XIXe siècle de la cité Gardin au début des années 1990, destruction totale de l'ancien couvent de St Vincent de Paul rue de Bayeux, destruction partielle de l'ancien hospice du Bon Sauveur en 2010)...

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Pourtant, dans les années 1970/1980 on avait observé une pause: parce que la ville reconstruite et moderne donnait pleinement satisfaction, parce que l'époque était à la conquête urbaine du plateau Nord "côte de Nacre" autour de la grande tour du CHU et du tout nouveau périphérique Nord et son viaduc tandis qu'on faisait des expérimentations urbaines et sociales à Hérouville, la vraie ville nouvelle qui devait remplacer le centre ville de Caen si la décision de ne pas reconstruire l'île Saint Jean (pour en faire un grand parc urbain dans la continuité de la Prairie) avait été prise (ce ne fut, heureusement, pas le cas...)

Mais cette pause des années 1970/1980 dans les destructions de tout ce qui avait eu l'audace de survivre aux bombes de 1944 s'explique aussi et surtout par la création au 5 janvier 1978 d'un SITE INSCRIT protégeant le peu qui restait encore du centre ville historique de Caen car menaçait alors un projet délirant de destruction de la rue Caponière pour en faire une "pénétrante routière et urbaine": on a ainsi échappé au pire! Les recommandations de ce site inscrit permirent de mettre en place une relative protection qui freina l'ardeur des démolisseurs et permit de redécouvrir les merveilleuses beautés architecturales survivantes avec les premiers programmes de restauration et de réhabilitation-transformation respectueux de l'architecture et du patrimoine (par ex: restitution des boutiques de RDC avec arc en "anse de panier").

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La rue Caponière, dernière grande artère urbaine datant d'avant 1944, a failli être éventrée dans les années 1970...

Malheureusement à cause de promoteurs industriels devenus tout-puissants cette fragile protection est remise en cause et l'architecture de la reconstruction est encore plus mal protégée: c'est ainsi que le magnifique escalier hélicoïdal de l'ancienne CCI des années 1950 a été détruit par Bouygues la veille de son classement! Ou que vient de disparaître le passage Démogé charmant témoin de l'art déco épuré des années 1950, rue de Bernières.

Il faut dire clairement les choses: nous subissons la présence d'un architecte des bâtiments de France, un certain Dominique Laprie Sentenac parfaitement incompétent qui laisse la bride sur le col aux promoteurs et à leur architecture de merde (je ne trouve pas, hélas, d'autres mots car ils nous imposent une architecture industrielle qui confine à l'obsolescence programmée).

Face à cette situation, des outils existent mais les élus caennais ne veulent pas s'en servir:

Caen a le label "ville d'art et d'histoire" mais elle n'en fait concrètement rien.

Un projet d'Aire de Valorisation de l'Architecture et du Patrimoine dort dans un tiroir du bureau de l'ABF.

Au delà de la charge de gestion d'entretenir et de restaurer les grands monuments emblématiques de la ville, il n'y a aucune politique patrimoniale et culturelle valorisant la ville historique alors qu'elle devrait LA politique stratégique d'intelligence territoriale pour attirer les touristes à Caen et faire, à nouveau, de cette ville la belle destination du tourisme culturel qu'elle était déjà avant la Guerre:

Il y a 400000 visites annuelles au Mémorial, une boîte sur le périph'Nord (comme il y a IKEA une boîte sur le périph'Sud): ces touristes ne descendent pas en ville car on leur raconte que Caen c'est, dorénavant, du béton sur des ruines avant de remonter dans le bus pour filer, dare-dare, vers les plages du Débarquement ou Bayeux la magnifique miraculée...

Tout l'enjeu est de détourner vers le centre ville ces flux touristiques auquel il faut ajouter les flux de croisiéristes venant de paquebots accostant directement dans le port de Caen: dans ce domaine, quelques tentatives ont été faites mais on ne voit venir aucune stratégie ambitieuse en la matière.

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Car tout est à reprendre pour STOPPER l'enlaidissement et la banalisation d'une ville qui fut autrefois l'une des 10 plus belles villes de France:

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L'urgence est de cadrer sérieusement l'activité de la promotion immobilière en l'obligeant à faire des programmes de réhabilitation transformation plus respectueux du patrimoine architectural et de l'environnement: c'est ce que le promoteur EDIFIDES fait de plus en plus (par ex: la villa Démogé datée de 1870 en haut de l'avenue de Creully ne sera pas détruite. Elle sera restaurée, le parc arboré préservé et la belle bâtisse associée à un programme immobilier contemporain sur son flanc droit).

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L'urgence est à l'embellissement des espaces publics, des friches encore héritées de 1944 où laissées à la banalisation de la circulation automobile: des béances dans une ville qui a perdu sa densité urbaine d'avant la guerre et qui ne l'a toujours pas récupérée, un long processus de 80 ans est nécessaire après un tel traumatisme et cette "résilience" est à l'échelle de l'histoire même d'une ville.

Il faut, à nouveau, de belles places publiques, de belles rues, des façades restaurées avec goût, le retour de la sculpture publique, des fontaines (ex: restaurer la fontaine de la place Fontette). Il faut un carillon dans le clocher de l'église St Pierre: il faut pouvoir y monter à nouveau, le mettre en lumière et proposer un spectacle en lumière sur l'histoire de la Normandie sur les remparts du château. Etablir un monument public dédié à Guillaume et Mathilde (ça va se faire), faire réapparaître l'eau en ville, préserver les arbres, sauver les vieux cimetières de l'abandon et du vandalisme, planter un verger de pommiers sur les pentes du château. Ouvrir un centre d'interprétation du patrimoine urbain dans l'ancienne église Saint Etienne en face l'abbaye aux Hommes.

L'urgence est à améliorer considérablement la qualité de l'accueil et la qualité des offres pour attirer les touristes notamment du côté de l'hôtellerie.

L'urgence est d'investir, à nouveau, dans la pierre de Caen au lieu de bétonner la ville en investissant le château pour qu'il ait enfin un contenu qui soit à la hauteur de son histoire prestigieuse qui est une histoire européenne.

Objectif?

Candidater pour la capitale européenne de la Culture avec Rouen et Le Havre en 2025.

C'est quand même mieux que de livrer le destin d'une ville d'art et d'histoire aux bétonneurs sans âme de SEDELKA EUROPROM qui nous proposent un centre commercial de plus...

Les travaux en cours pour établir un nouveau tramway dans le centre ville nous donnent l'occasion de cette ambition...

Ambition? Le mot serait-il de trop?

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