On voit que la machine à broyer l'intérêt général normand est en pleine action!

D'un côté, depuis Paris, au coeur de l'Etat central, tout à son désir d'imposer le retour d'un jacobinisme managérial, se multiplient les grands coups de rabots lancés par les inspecteurs des finances de Bercy pour mieux déstabiliser celui qui ose se poser en opposant girondin et normand à Emmanuel Macron.

Avec, pour conséquence, la réduction des dotations de fonctionnement combinées à l'absence d'autonomie de finances des exécutifs régionaux qui obligent ces derniers à une chasse impitoyable aux économies quitte à sabrer et à couper dans ce qui n'aurait pas été coupé ni sabré si les raboteurs de Bercy étaient plus paresseux...

De l'autre, en Normandie, essentiellement entre Caen et Rouen, s'enflamme un CLOCHEMERLE avec la crainte d'une fusion-punition au profit de Rouen et au détriment de Caen (si on lit Ouest France) ou l'exact inverse (si on lit Paris Normandie) avec un Nicolas Mayer-Rossignol qui a trouvé le moyen d'exister politiquement en pompier pyromane...

N'oublions pas que le chef de l'opposition régionale socialiste est aussi conseiller municipal socialiste de Rouen dont le maire socialiste Yvon Robert se plaint de la lune de miel entretenue entre le président socialiste de la métropole de Rouen, Frédéric Sanchez et le président de la Normandie, Hervé Morin: il est, en effet, utile de rappeler exactement le contexte de certaines positions ou postures politiques sinon politiciennes pour en apprécier soit l'utilité, soit la vanité.

Néanmoins, l'inquiétude des associations et de certaines institutions sociales et culturelles tant à Caen qu'à Rouen (il ne faudrait pas oublier le reste de la Normandie) dont l'équilibre budgétaire dépend majoritairement de la subvention régionale, est vive:

De l'insertion des jeunes chômeurs à l'avenir des orchestres en passant par celui de nos théâtres lyriques, ou l'avenir de l'agriculture biologique normande (Merci Monsieur Travert!), Hervé Morin est confronté à des choix cornéliens qui risquent de ne faire que des mécontents, notamment dans le domaine culturel où la présentation des nouvelles politiques culturelles en mai 2017 au cirque théâtre d'Elbeuf avait été consensuelle et avait suscité beaucoup d'espoirs: il semble qu'il y ait un sérieux retard à l'allumage au sein d'une institution régionale normande qui n'a pas fini de se réorganiser et on aimerait bien que le joli tandem féminin de la culture régionale normande, mesdames Dormoy et Morin-Dessailly, prennent enfin la parole pour rassurer des acteurs prêts à l'incendie comme l'herbe sèche qui n'a pas été arrosée depuis longtemps...

Dans la polémique en cours, on ne parle que des inquiétudes caennaises qui s'opposent à des inquiétudes rouennaises alors que l'on aimerait, aussi, avoir des nouvelles de la politique culturelle régionale normande comme outil de l'aménagement du territoire dans toute la Normandie à savoir, le volet culturel inscrit obligatoirement dans les contrats de finances et de projets liant la région à chaque EPCI.

Cependant, nous aimerions dire aussi à certains professionnels de la subvention publique que la région n'est pas seulement qu'un guichet ou qu'un robinet à argent public finançant les activités de certaines institutions culturelles qui, de fait, se contrefoutent totalement de l'idée régionale ou de la Normandie elle-même: on pensera, tout particulièrement au FRAC ou à certaines scènes de théâtre dites "nationales" qui se contrefichent encore trop souvent des spécificités du territoire régional normand où elles opèrent en se contentant du public captif scolaire ou du petit public urbain spécialisé et initié qui a, socialement, largement les moyens de s'offrir le billet d'entrée d'un spectacle largement subventionné.

On pensera, aussi, à la programmation officielle de la prochaine édition du festival littéraire "Terres de paroles" (Seine-Maritime) qui ignore les écrivains Normands ou au festival des musiques traditionnelles sur l'île de Tatihou (chaque année au mois d'août) qui a pris l'habitude confortable de laisser la part belle aux musiques celtico-bretonnes tout en continuant de mépriser la scène régionale des musiques traditionnelles normandes.

On ne le dira jamais assez: le plus méprisé et le plus oublié des champs culturels régionaux est la culture régionale spécifiquement normande avec ses créations artistiques et littéraires dans la langue normande.

logo_r

Hervé Morin a donc des choix cornéliens à faire et il ne doit être guidé que par le service de l'intérêt général de la Normandie et de tous les Normands: dans ce cas, on ne pourra que regretter certains choix, notamment celui de supprimer la subvention au centre régional d'information de la jeunesse (CRIJ) qui vient de faire l'effort de fusionner à l'échelle normande et qui aurait été bien utile de développer pour être le support d'une grande politique régionale normande d'information des jeunes dans des lycées normands arrosés par la propagande gratuite ligéro-bretonne de Ouest-France!

De même, pourquoi laisser tomber totalement l'association Bio Normandie alors que l'on s'apprête à faire la promotion de la qualité agro-alimentaire normande sur un stand de 500 m² au prochain salon international de l'agriculture de Paris? Cherchez l'erreur...

En revanche, nous sommes d'accord pour que l'exécutif régional normand coupe le robinet à des associations ou des institutions qui n'auraient aucune envie ou appétance d'inscrire leurs activités dans un cadre régional normand voire qui affichent, plus ou moins ouvertement, un mépris ou une réticence idéologique pour l'idée régionale ou pour la Normandie tout simplement: dans notre viseur, le FRAC, bien entendu, qui doit impérativement présenter les oeuvres des artistes Normands de notre époque sans aucune discrimination idéologique!

  • Lire intégralement ci-dessous, l'article de Ouest-France (édition caennaise du 19/02/18) signé Xavier Oriot: il est édifiant à plus d'un titre... Ne serait-ce que pour le choix de l'illustration: une mission locale jeunesse à... Clisson (la Normandie réunifiée est très très très grande dans les pages de Ouest-France!)

normandie-coupes-claires-dans-les-subventions-regionales

COUPES CLAIRES DANS LES SUBVENTIONS REGIONALES

Le centre régional d'information jeunesse (CRIJ), les acteurs normands pour le développement durable (Grandde) ont perdu la leur. Il était moins deux pour les missions locales.

"C'est la moitié de l'effectif qui va être licencié..." soupire incrédule l'employée du CRIJ de Caen. Une crainte qui résulte de la suppression par la région de sa subvention de 450000 euros "Un coup de massue" confirme Denis Gires, président du CRIJ, "C'est un tiers de notre budget de 1,5 millions d'euros. Oui il va falloir réduire la masse salariale: 40% des 220 salariés (ndlr: 22 salariés) vont être licenciées". Denis Gires ne comprend pas "on nous avait demandé de fusionner les CRIJ de Caen et de Rouen sans quoi on nous supprimerait notre subvention. Nous avons fusionné. On nous la supprime quand même".

Mépris

D'autres structures, associations, clubs sportifs... voient l'argent de la Région leur manquer ou rogné, Bio Normandie est placée en redressement judiciaire pour avoir perdu 100000 euros de la région et 200000 euros de l'Etat en deux ans. La subvention de 23000 euros à l'Acro (contrôle de la radioactivité à la Hague)? Supprimée. Comme les 100000 euros au réseau Grandde (groupe régional des acteurs normands pour le développement durable en entreprise). "On ferme l'association" se désole Jean-Michel Thouvignon, ancien président. "Nous avions licencié les cinq salariés l'an dernier. La subvention régionale, c'est un tiers de notre budget de 30000 euros par an avec l'Etat et l'Europe qui réduisent la leur aussi."

Les missions locale, qui aident à l'insertion des jeunes et chômeurs ont bien cru voir leurs 5,5 millions d'euros passer à l'as. Elles ont obtenu leurs crédits pour 2018. Mais en 2019? La sénatrice LR du Havre Agnès Canayer s'en est émue dans un courrier au centriste Hervé Morin: "J'ai appris avec stupéfaction votre condamnation sans appel des missions locales qui, selon vousn ne servent à rien. Ces propos démontrent une absence de connaissance de la réalité de l'emploi des jeunes... Beaucoup plus complexe que vous ne le pensez". Laurent Beauvais, ancien président socialiste de la Basse-Normandie, confirme: "C'était historique. La région a toujours soutenu les missions locales avant moi". Si le financement de la région est assuré en 2018 "il faudra être vigilant en 2019".

Hervé Morin se justifie "avec 30 millions d'euros de l'Etat en moins, je dois réduire les dépenses. Où voulez-vous que je fasse des économies: les transports? Les lycées? Le développement économique? La radioactivité, l'Etat la contrôle déjà..."

Nicolas Mayer-Rossignol, chef de fil des socialistes, radicaux et citoyens, n'est pas surpris après trois ans de mandature. "Visiblement, Hervé Morin est fâché avec les associations qu'elles soient culturelles, sportives, environnementales, pour la jeunesse... Il les dénigre, les traite par le mépris ou les insulte. Elles ne serviraient à rien quand elle font un gros travail auprès des jeunes. Il va même jusqu'à les traiter de c... les acteurs culturels."

Pour l'ancien président de la Haute-Normandie "on commence à voire la réalité de la méthode Morin: de la com, des grandes annonces, je réunis tout le monde et derrière, je taille". Il a son explication: "après des dépenses dans la com, 1400000 euros dans un nouveau logo, 400000 euros dans une agence de l'attractivité et des panneaux Bienvenue en Normandie, 660000 euros pour les lycées privés... M. Morin n'a plus d'argent pour les associations".

 

CULTURE: LES ACTEURS ET CAEN S'INQUIETENT

Les acteurs auxquels a été présentée la nouvelle politique culturelle de la région au cirque théâtre d'Elbeuf le 3 mai 2017 ne voient rien venir. "les acteurs culturels attendent impatiemment des réponses et des actes." La CGT spectacle, la fédération des arts de la rue, les syndicats des scènes publiques, des arts vivants et des entreprises artistiques et culturelles demandent "la mise en place du projet présenté le 3 mai 2017, un rééquilibrage des subventions allouées par la région sur l'ensemble de son territoire, le respect de votre engagement quant à l'augmentation du budget de 37 millions à 40 millions en 2019, une meilleure concertation avec les acteurs et les territoires concernés dans la mise en place des fusions ou relocalisation des opérateurs culturels à venir (Dôme, FRAC, orchestre régional)".

L'inquiétude naît aussi d'une restructuration du service culturel de la région et l'arrivée d'un nouveau directeur. "Nous souhaitons" poursuivent les syndicats du spectacle "la nomination d'interlocuteurs susceptibles de garantir l'accompagnement, l'expertise et le soutien des projets culturels sur le territoire et des créations portés par les artistes régionaux".

Philippe Duron, l'ancien député-maire socialiste de Caen et Xavier Le Coutour, conseillers municipaux d'opposition de Caen voient "le domaine culturel caennais attaqué: le théâtre de Caen perd son label Art Lyrique d'intérêt National et a été empêché de candidater pour celui de Théâtre lyrique d'intérêt national, contrairement à Rouen vingt fois plus subventionné par la région que celui de Caen, qui l'a obtenu rapidement". Les deux élus élus s'insurgent "il est maintenant question d'abandonner le projet de FRAC de Caen, après un investissement d 10 millions d'euros de la région. Ceci au profit du site de Rouen, pourtant mal logé."

Il en irait de même de l'orchestre de Basse-Normandie (sic! : on doit dire "orchestre régional DE Normandie") (ex Ensemble) "qui pourrait disparaître pour laisser place à l'orchestre de l'opéra de Rouen. Des questions sont maintenant posées sur les statuts futurs de l'orchestre de Caen (sic!: on doit dire "orchestre régional de Normandie" pour ne pas confondre avec la formation symphonique du conservatoire de Caen) et sur ceux du Conservatoire" Et de s'interroger: "que fait Mme Dormoy, vice-présidente de la culture de la région et maire adjointe à la culture de Caen dont le silence est assourdissant!"


Commentaire de Florestan:

1) Il est urgent de rappeler que le localisme culturel est le pire des clochemerles normands: si une politique culturelle locale financée par l'argent publique de la région continue d'ignorer son territoire, sa région voire la Normandie en tant que telle, il est légitime de lui couper une subvention régionale! On peut ainsi se poser la question du rôle du FRAC par exemple...

2) Il absurde d'opposer les théâtres lyriques de Caen et de Rouen dans un clochemerle ridicule des labels alors qu'il faudrait créer la Scène Nationale de l'Opéra de Normandie en mettant en réseau les théâtres de Caen et de Rouen à l'instar de ce qui est déjà fait avec l'opéra national du Rhin en Alsace. C'est un dossier exigeant qui demande beaucoup de travail comme, par exemple, relever le niveau de la formation musicale dans les conservatoires de Caen et de Rouen (quid de la création d'un pôle supérieur normand en réseau de formation aux arts du spectacle vivant?): animer un clochemerle c'est plus facile à faire!  En outre, si l'opéra de Rouen est plus subventionné que celui de Caen on le doit au passif du socialiste Alain Le Vern ci-devant président de la région Haute-Normandie...

3) Il est, enfin, absurde de vouloir fusionner l'orchestre régional de Normandie (ex Ensemble) avec celui de la fosse d'opéra du théâtre des Arts de Rouen: ils ne font absolument pas la même chose! Le premier porte la musique par monts et vaux dans toute la Normandie tandis que le second est la formation permanente d'une maison lyrique qui fait des projets de création sur deux à trois ans de planification... Il ne faut pas tout mélanger!

Aussi, nous nous permettons de douter du bien fondé de cette... rumeur de fusion des orchestres normands!


LIRE LE COMMUNIQUE DE PRESSE SUIVANT (19/02/18):

Communiqué de presse d’Emmanuelle Dormoy, Vice-présidente de la Région Normandie en charge de la culture et du patrimoine

Volonté d’enterrer la Ligne nouvelle Paris-Normandie, propos totalement erronés sur la culture : la dure semaine de Philippe DURON

 Quelques jours après avoir fait recommander le saucissonnage de la Ligne Nouvelle Paris Normandie – ce qui revient à vouloir l’enterrer – et le report sine die des aménagements dans l’Eure de la ligne nouvelle synonyme de gain de temps entre Paris et Caen, M. Duron récidive avec des allégations aussi absurdes qu’infondées sur la culture. Une tentative de faire oublier son maigre bilan en la matière ?

1-      Le théâtre de Caen perd son label art lyrique d’intérêt national et la Région a empêché  le théâtre de candidater à un nouveau label ? Faux, M. Duron !

Le théâtre de Caen dispose du Label  scène conventionnée d’intérêt national Lyrique. Son renouvellement est d’ailleurs en cours. 

Propriété de la Ville de Caen, le théâtre de Caen est de loin la scène conventionnée la mieux aidée par la Région, dont elle reçoit 500 000 € annuellement. C’est la scène conventionnée lyrique la mieux aidée par une Région en France ! Une aide parfaitement justifiée et dont la Région est fière au regard de la qualité des spectacles proposés par les équipes de Patrick Foll.

2-      Il est question d’abandonner le projet de Frac de Caen ? Faux, M. Duron !

Les travaux du nouveau FRAC Caen Normandie avancent et la Région a sollicité le transfert de propriété du site. Le retard du chantier, évalué à 6 mois, est la conséquence du  choix désastreux de Philippe Duron, ancien maire de Caen, qui avait opté pour un site humide peu compatible avec les exigences de conservation des œuvres. Comme souvent avec M. Duron, la culture se résume davantage à des choix architecturaux pharaoniques aux dépens de l’offre et la création culturelle

3-      L’Orchestre de Caen pourrait disparaître pour laisser place à l’orchestre de l’Opéra de Rouen ? Faux,  M. Duron !

La Région travaille au rapprochement à l’échelle de la Normandie des orchestres régionaux de Normandie et de l’Opéra. Il s’agira de mieux organiser la diffusion musicale sur le territoire en lien direct avec les droits culturels et non de faire disparaître les orchestres dont la complémentarité est évidente à ceux qui sont attachés à ces outils.

Emmanuelle DORMOY


 

Suite provisoire du feuilleton:

20-02-2018 18;25;52