A quelques heures de l'ouverture du salon international de l'agriculture de Paris dans lequel la Normandie va trôner comme une reine avec un stand de 500 m² autant dédié à l'agriculture qu'à l'agroalimentaire et à la gastronomie de notre région, on apprenait l'épilogue de la guerre du Camembert:

Le groupe Lactalis ayant d'autres chats à fouetter que les chats normands, le rapport de force s'est enfin renversé en faveur des fermiers, de éleveurs, des artisans laitiers qui ont fait le pari, depuis des années, de la qualité et de l'authenticité normandes. Les industriels, observant la mutation des habitudes d'une clientèle qui commence à comprendre qu'il faut manger moins mais mieux, ont décidé d'intégrer d'ici 2021 le cahier des charges de l'INAO définissant une AOC /AOP "Camembert de Normandie" qu'ils snobaient jusque là quand ils n'avaient pas tenté de le déstabiliser... (Lactalis encore eux!).

Une période intermédiaire d'adaptation pour que les industriels laitiers puissent réapprendre les exigentes évidences de leur métier est donc nécessaire et, pendant ce temps, ceux qui ont fait tant d'effort pour valoriser lait et fromage authentiquement normands vont pouvoir reprendre l'appellation "véritable" camembert de Normandie.

L'appellation "fabriqué en Normandie" disparaît définitivement et c'est heureux: une laiterie industrielle implantée en Normandie ne pourra plus manipuler du lait importé de Pologne ou de l'Allemagne de l'Est.

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Le "Champsecret", camembert fermier bio AOC produit par la famille Mercier: probablement le meilleur camembert de Normandie et du... Monde !

Mieux, le cahier des charges de l'INAO va être plus exgeant pour porter la "normandisation" du troupeau à 80% des vaches laitières en race normande. L'objectif final, à moyen terme, étant d'adosser les quatre grandes AOC fromagères normandes (Camembert, Pont L'Evêque, Livarot, Coeur de Neufchâtel) sur une AOC "Lait de Normandie".

Lire Ouest-France (édition du 23/02/18):

23-02-2018 18;59;41


 

Lire, surtout, l'article de Paris-Normandie (25/02/18) qui est beaucoup plus précis que celui de Ouest-France:

http://www.paris-normandie.fr/actualites/economie/camembert-la-bataille-de-normandie-est-finie-IC12320888?utm_source=Utilisateurs+du+site+LA+NEWS&utm_campaign=af87c4e0d9-RSS_EMAIL_CAMPAIGN&utm_medium=email&utm_term=0_233027d23b-af87c4e0d9-137315997

Consommation. La guerre du camembert est finie : les producteurs de lait normands et tous ceux qui produisent les fromages dans la région ont fini par se mettre d’accord après dix ans d’invectives autour de leur étiquette.

D’ici à 2021, il n’y aura plus qu’un seul et unique camembert de Normandie AOP (appellation d’origine protégée), a indiqué en fin de semaine dernière l’Institut national des appellations d’origine (INAO), à l’issue d’une réunion entre tous les acteurs de la filière. Ce qui met un terme à la bataille qui oppose « le camembert de Normandie AOP » et le « camembert fabriqué en Normandie ».

Les producteurs de camembert « fabriqués en Normandie » - parmi lesquels essentiellement de gros industriels comme Lactalis - ont en effet « accepté de respecter le futur cahier des charges de l’AOP camembert de Normandie », a précisé l’INAO dans un communiqué. Celui-ci prévoit une « montée en gamme pour tout le monde », a précisé l’INAO.

Du lait pasteurisé ?

Selon l’institut, cette pacification va aussi permettre de donner « plus de lisibilité au consommateur » et d’améliorer la qualité des troupeaux laitiers en Normandie, les conditions de pâturage et de fabrication du fromage.

Derrière les deux étiquettes coexistaient jusqu’à présent deux types de production très différents : d’un côté, les AOP devaient respecter un strict cahier des charges, avec du lait cru provenant à 50 % de vaches normandes sur une aire géographique délimitée (Calvados, Manche, Orne, et une frange de l’Eure). Ils représentaient entre 5 000 et 6 000 tonnes par an. De l’autre, le camembert « fabriqué en Normandie », industriel, n’avait aucune contrainte de production, ni sur la race de vache qui produisait le lait, ni sur leur alimentation, et pasteurisait son lait pour pouvoir exporter les camemberts. Il s’agissait du poids lourd du secteur, avec quelque 60 000 tonnes par an. Après de longues tractations, en Normandie et au siège parisien de l’INAO, les deux parties se sont mises d’accord pour un cahier des charges unique, en faisant chacune un pas vers l’autre.

Les défenseurs du lait cru ont été coulants, en acceptant que le camembert AOP puisse être élaboré au lait pasteurisé. Les seconds ont progressé en gamme, en acceptant des contraintes inédites pour eux : au moins 30 % de vaches de race normandes dans leurs troupeaux, avec l’obligation pour elles de pâturer en extérieur en Normandie. « Cet accord va permettre de remettre des vaches normandes dans les prés de Normandie », précise Patrice Chassard, président du comité national des AOP fromagères, qui a arbitré les échanges. Selon lui, au lieu de 50 millions de litres de lait normand utilisés par an pour le camembert AOP jusqu’à présent, l’accord permettra de gonfler les volumes à 900 millions de litres à terme. Ce qui permettra aux producteurs de mieux valoriser leur production.

« On était dans une situation exceptionnelle, fossilisée depuis longtemps, il a fallu imaginer des solutions exceptionnelles », ajoute Jean-Louis Piton, le président de l’INAO, qui a dû menacer les fabricants des « fabriqués en Normandie » - qui vivaient sur l’ambiguïté - de recourir à la voie judiciaire pour faire « constater les usurpations » de nom et les obliger à négocier.

Un fromager rassure

Fromager à Rouen, François Olivier reconnaît beaucoup de sagesse dans la décision prise. « On tire tout le monde vers le haut, surtout les producteurs de lait de Normandie. Auparavant, on ne savait pas toujours d’où venait le lait ! Il y aura donc une valorisation de leur lait via la transformation liée au camembert. Et pourquoi pas la pasteurisation si c’est pour mieux exporter ». Mais le fromager tient pour autant à son camembert au lait cru, moulé manuellement à la louche, avec une identité (« vrai », « véritable » ?) à déterminer, à afficher, et qui devra être contrôlée. Il se félicite au passage que l’Eure et la Seine-Maritime puisse repartir à la conquête de l’AOP, deux départements qui n’abritaient plus de producteurs. « Les 5 Frères, nouveau né dans le pays de Caux, pourrait décrocher l’appellation ».

tout le monde n’est pas satisfait de l’accord

L’accord a néanmoins déclenché la colère de l’association Fromages de terroirs : selon elle, l’AOP va « s’enfoncer inexorablement dans la médiocrité » en « héritant du pire scénario que l’on pouvait attendre » puisque le lait cru ne sera plus obligatoire.

« Neuf camemberts AOP sur 10 vont donc être pasteurisés et industriels, fabriqués à la chaîne comme de vulgaires produits », dit l’association dans un communiqué.

Pour contourner cette critique, l’accord prévoit la création d’une « mention valorisante », du type « véritable » ou « authentique » pour les camemberts qui continueront d’être fabriqués au lait cru et moulés à la louche, un peu comme un grand cru ou un premier cru dans le secteur viticole.

« L’ensemble des acteurs ont écrit au frontispice de l’accord que la croissance du lait cru était leur ambition partagée », souligne Louis Piton. Lorsqu’il existe une mention valorisante claire et que le consommateur est clairement informé, les volumes augmentent, y compris dans le haut de gamme, assure Patrice Chassard.


 

Une bonne nouvelle donc pour la Normandie, en tout cas suffisamment bonne pour en rendre jaloux un breton éditorialiste d'un jour dans l'édition de ce 23 février 2018 de Ouest-France:

23-02-2018 18;56;03


 Commentaire de Florestan:

Visiblement, ce Breton jaloux, n'a pas l'air de savoir ce que c'est qu'un terroir valorisé par une AOC...

La prochaine étape sera d'aller vers une AOC /AOP "lait de Normandie" avec un cahier des charges qualitatif exigeant pour garantir un prix rémunérateur de la tonne de lait sur un marché devenu mondial: une AOC "lait de Normandie" permettrait une rémunération bien au delà des 350 euros pour 1000 litres de lait qui est considéré comme le seuil de la rentabilité par les syndicats des éleveurs laitiers qui produisent actuellement à perte pour les grands industriels et la grande distribution.