Voilà donc une bonne nouvelle: la recomposition de la vie politique est possible non pas seulement par le fait d' un seul homme qui est le seul à savoir où il est en train de marcher (le sait-il d'ailleurs vraiment?) mais aussi par des retrouvailles autour d'idées qu'on n'aurait jamais dû oublier. Dans le jacobinisme binaire droite/ gauche du régime présidentiel néo-bonapartiste de la 5ème République, le Centre est devenu le ventre mou, l'oreiller d'appoint des majorités gouvernementales de gauche ou de droite...

On se souvient de la cruelle définition du centrisme donnée par un Georges Pompidou qui parlait de la "poissonnerie centrale" en ces termes: "un centriste c'est comme le poisson, ça se ferre, ça se pêche, puis ça s'enfarine, ça se retourne avant de se faire frire..."

Il s'agit là d'un poisson centriste sans arrêtes ni épine dorsale: un banc de poissons centristes suivant la marée, au gré des courants et des opportunités dans l'eau idéologiquement tempérée d'un aquarium social-libéral quitte à voir certains poissons nager le ventre à l'air, définitivement.

Aux dernières élections présidentielles, contre toute attente, le dégagisme macroniste a vidé l'aquarium central ou coupé l'omelette en trois parts en rejetant les bords trop brûlés à la droite de la droite ou à la gauche de la gauche pour mieux prétendre à une réunification historique et idéologique du Centre, cette aporie du bipartisme à la française: on le voit, par exemple, avec la réunification du parti Radical, le plus vieux parti de France entre son aile socialiste et son aile "valoisienne" au sein d'une majorité présidentielle "en marche" on ne sait vers où...

Le phénomène est puissant puisque le haut-fonctionnaire devenu président de la République a réussi à réunifier politiquement autour de lui tous celles et ceux qui pensaient, peu ou prou,  la même chose sur les grandes questions économiques, sociales et stratégiques dans le "cercle de la raison" pour reprendre cette affreuse formule d'Alain Minc. Cela semble, en effet, logique que la gauche de droite ou la droite de gauche éparpillée soit à la droite du Parti socialiste, soit au Centre (UDI) ou à la gauche de Les Républicains se retrouve réunie et "en marche" derrière un seul homme.

Sauf qu'il y un os et cet os est de taille: cet obstacle sur le chemin du Marcheur en chef est majeur car il ne s'agit pas d'une contradiction d'égo ou de personne (quoique...) mais d'une contradiction idéologique fondamentale.

Il est, en effet, faux de croire, comme la plupart des commentateurs parisiens de la vie politique nationale, que le principal opposant politique à Emmanuel Macron soit un Laurent Wauquiez, trop à droite désormais à force de nous proposer un spectacle de Guignol lu et approuvé par Madame Le Pen, ou soit un Jean-Luc Mélenchon campant sur la butte témoin d'une gauche "montagnarde"idéalisant Robespierre. Car le grand débat d'idées va se jouer pleinement dans la "Plaine", au centre même de la "Plaine" avec un Hervé Le Normand "violemment modéré" qui se refuse à l'idée que le Centre ne soit, une fois de plus, qu'un territoire conquis par la majorité présidentielle du moment.

Mais surtout parce que le Centre imaginé par Hervé Morin pourrait retrouver, enfin, une certaine consistance idéologique en redevenant le lieu d'une alternative "girondine" face au jacobinisme triomphant teinté de rationalité "saint-simonienne" qui fait office de nouvelle religion officielle.

En France, dans les milieux dirigeants publics ou privés, le clivage idéologique n'est plus situé sur les questions économiques et sociales voire sociétales: dans le "cercle de raison" tout le monde est d'accord avec l'idée de s'accomoder peu ou prou de l'actuelle mondialisation néo-libérale sous standard idéologique et culturel américain et de renforcer l'intégration européenne. A ce cercle de raison s'opposent tous les "populismes".  On peut le déplorer mais c'est un fait.

En revanche, le "cercle de raison" au pouvoir en France a les deux pieds bien enfoncés dans le béton du centralisme jacobino-parisien: cela ouvre un champ politique inédit pour la renaissance d'un centrisme politique authentique, celui qui doit reprendre le flambeau d'une tradition trop longtemps mise de côté, peut-être depuis les guillotines de la Terreur de 1793...

Le moment girondin est donc enfin arrivé!

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 "Territoires", un laboratoire d'idées politiques placé sous l'égide de notre héroïne normande préférée: Charlotte CORDAY dont la mémoire est enfin dignement célébrée ces jours-ci à Caen...


http://www.paris-normandie.fr/breves/normandie/politique-herve-morin-lance-un-nouveau-mouvement-politique-territoires-FF12533565

POLITIQUE. Hervé Morin lance un nouveau mouvement politique, « Territoires »

Le président centriste de la Région Normandie portera mardi 20 mars 2018 sur les fonts baptismaux une plate-forme participative, « Territoires ». Il veut rassembler les acteurs du terrain dans un mouvement « girondin » pour peser sur la politique nationale.

CAEN (NORMANDIE). Hervé Morin, le président de la Région Normandie, lance mardi 20 mars 2018 à la Maison de l’industrie, à Paris, une nouvelle plate-forme participative baptisée « Territoires ». Dans un centre et une droite en pleine reconstruction, le président des Centristes - le mouvement qu’il a fondé avant de claquer la porte de l’UDI - veut ainsi affirmer la place des régions françaises, qu’il préside également.

Le poids des territoires

L’un de ses credo est de rappeler à l’envi que les véritables leviers de croissance proviennent des territoires. « Territoire » sera un moyen de peser sur la politique nationale, comme il le fait déjà à la tête de l’Association des régions de France dans des dossiers emblématiques comme la réforme de l’apprentissage ou l’ouverture à la concurrence du transport ferroviaire.

Des réunions en province

Outre ses homologues d’Ile-de-France et des Hauts-de-France, Valérie Pécresse et Xavier Bertrand, qui tentent de rassembler autour d’eux des hommes et des femmes d’une droite modérée, Hervé Morin veut fédérer les acteurs de chacun des territoires.

Pour cela, il a déjà tenu plusieurs réunions en province, comme à Reims fin janvier, avant de poursuivre par Nantes et Toulouse, puis Saint-Étienne et Bordeaux, le tout devant conduire à un week-end de conclusion, début juillet à Nîmes.

Un mouvement « girondin »

« Territoires » est aux balbutiements d’un mouvement politique qu’Hervé Morin veut « girondin », qu’il oppose volontiers à un certain « jacobinisme » d’Emmanuel Macron. Le prolongement de ce lancement pourrait se traduire, dans les prochains mois par la constitution d’une liste aux Européennes de juin 2019. Contrairement à celles de 2014, ces élections ne se dérouleront pas par grandes circonscriptions - la Normandie est intégrée dans celle du nord-ouest de la France - mais avec des listes nationales, valables pour l’ensemble du territoire.