Un nouveau livre vient de sortir sur notre sujet de prédilection: la définition d'une identité normande.

Par principe, nous nous en réjouissons car c'est un indice du réveil de la société civile normande et donc de sa curiosité intellectuelle pour elle-même et pour la région qu'elle fait exister. C'est d'autant plus important que la Normandie dispose depuis sa réunification en 2016 du rare privilège désormais partagé avec la Corse d'être la SEULE "région-province" de France avec une identité régionale procédant directement d'une évidence géo-historique au patrimoine politique, juridique, spirituel et culturel prestigieux qui a marqué l'histoire de la France, de l'Europe mais aussi du Monde.

Nous saluons donc la sortie du livre de l'avocat rouennais Gwenahel Thirel (un nom bien normand accompagné d'un prénom bien breton...) consacré à l'identité normande dont on lira la présentation dans l'article qui suit proposé par Normandie actu.

Et nous lui faisons la proposition suivante:

Celle de participer à un grand débat public sur l'identité normande que nous pourrions organiser avec lui dans le cadre du séminaire "Normandie" de l'université populaire de Caen pour faire dialoguer deux approches, semble-t-il, différentes de l'identité régionale mais pouvant s'accorder quant à l'objectif final de donner des outils pour que les Normands fassent la reconquête d'une fierté perdue:

Ces deux approches de l'identité régionales pourraient être les suivantes:

1) Soit une conception "essentialiste" fondée sur l'identification de caractères anthropologiques, éthniques, linguistiques, culturels hérités de génération en génération (l'idée de "race" au premier sens du mot et non pas au sens moralement condamnable "raciste" de ce mot devenu problématique) qui font une spécificité collective régionale qui tend à s'imposer aux individus fermement invités à s'y intégrer au point d'assoir des revendications régionales "identitaires" voire "séparatistes" ou "indépendantistes" car la recherche d'un ethnotype régional idéal qui n'a historiquement jamais existé permet la confusion entre régionalisme et nationalisme. C'est le dangereux travers dans lequel un certain régionalisme politique aura pu tomber du côté de la Bretagne, du Pays basque ou de la Corse au point de devenir une idiotie utile aux partisans du centralisme jacobin à la recherche d'arguments pour diaboliser l'idée régionale.

2) Soit une conception "existentialiste" plus individuelle que collective fondée sur la curiosité intellectuelle, esthétique, contemplative voire spirituelle pour un patrimoine régional historique, politique, juridique, institutionnel ou culturel qui donne un sens à une vie humaine personnelle et qui participe d'un art de vivre individuel donc collectif. Cette conception non identitaire de l'identité régionale permet d'affirmer une identité individuelle dans un "espace vécu" régional où il ne s'agit pas d'être le plus purement de telle ou telle région mais d'être le plus authentiquement soi-même grâce aux ressources symboliques de la région que l'on habite par naissance ou, mieux, que l'on a décidé d'habiter.

On ne vous cachera pas notre préférence pour la seconde option au regard du patrimoine même de l'identité normande qui n'est pas un ethnotype régional de plus comme pratiqué de façon idéologiquement dominante dans les régions dites à "forte identité" (Bretagne, Pays Basque, Corse, Catalogne...).

Or ce n'est pas parce que l'identité normande ne cadre pas idéalement avec ce modèle dominant "identitaire" (c'est-à-dire, l'essentialisation d'un type régional  à partir d'une origine ethnique précise) qu'elle n'existe pas. Bien au contraire!

Nous avons développé ici la thèse forte que l'identité normande était l'alternative urgente pour penser l'identité régionale car, manifestement, il nous semble plus authentiquement normand d'essayer d'être soi-même grâce à la Normandie que de vouloir, bien vainement, être plus Normand que tous les autres sous prétexte d'avoir du sang Viking dans les veines.

Pour dire les choses plus précisément: la tentative de créer, à partir des années 1880, pour la Normandie comme partout ailleurs, un "kit identitaire" sur la base d'une mythologie éthnique, en l'occurrence, "Viking" (mot forgé par Aristide Frémine, le Walter Scott des Normands), n'a pas pris chez nous comme le mythe celte aura pu prendre idéologiquement chez les régionalistes bretons pour le meilleur et surtout pour le pire pour la bonne et simple raison que l'évidence du patrimoine historique, institutionnel, juridique ou culturel de la Normandie notamment étudié depuis près de deux siècles par des générations d'érudits, historiens "antiquaires" n'en avait nul besoin:

Le débat en fut, d'ailleurs, vivement tranché en 1911 à l'occasion des festivités du Millénaire normand à Rouen. Il ne s'agit pas de condamner la curiosité intellectuelle pour la civilisation scandinave médiévale mais de noter surtout que les Normands spécialistes et érudits de la Normandie sont des gens trop sérieux pour oser définir une identité normande à partir de la permanence d'un folklore "Viking" alors que l'Histoire nous raconte l'aventure de l'intégration réussie d'un groupe ethnique étranger qui a donné son beau nom à notre région.

Enfin, quant à l'idée de définir un "ethnotype" normand avec ses caractères culturels et moraux spécifiques, on conviendra que cela semble bien hasardeux si l'on devait en retrouver des bases objectives scientifiques notamment par la recherche génétique: une expérience récente menée par une université anglaise à partir d'un panel de volontaires habitant le Nord-Cotentin portant des noms de familles ayant indiscutablement une origine scandinave (par ex: Toutain, Ygouf, Torquetil...) a démontré qu'il n'y avait pas d'homogénéité permettant d'identifier un patrimoine génétique particulier qui aurait pu remonter à l'époque de l'installation au IXe siècle des colons "Iro-norvégiens". Et quand dans les années 1980, le grand poète "africanormand" Léopold Sédar Senghor, dernier grand intellectuel d'envergure à s'être intéressé sérieusement à la question de l'identité normande définit le concept de "Normandité" c'est, avant tout, pour faire de l'éthnotype régional normand défini avec précision dans les années 1950 par le célèbre politologue Havrais André Siegfried, un principe poétique typiquement normand mais universalisable à toute expérience créatrice humaine, à savoir: la "lucidité lyrique".

Pour notre part on rejoindra Senghor sur ce point: l'identité normande c'est d'abord une affaire avec soi-même, un existentialisme personnel qui s'inscrit dans un espace vécu normand, une sorte de dandysme dont toute la subtile substance pourrait être contenue dans les mots d'une vieille expression normande du Cotentin, justement:

"Sire de sei!" / Seigneur de soi-même

Est Normand(e) celui ou celle qui s'essaye à être soi-même grâce à la Normandie.


 https://actu.fr/normandie/rouen_76540/tellement-raisons-etre-aussi-fiers-bretons-pourtant-normands-sont-peine_16571930.html

Tellement de raisons d’être aussi fiers que les Bretons et pourtant… Les Normands sont à la peine

Le camembert, les Vikings, Guillaume le Conquérant... Les raisons d'être fiers d'être Normands sont nombreuses. Un avocat de Rouen plaide pour l'identité normande.

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La crème, le camembert, le calvados, les Vikings, Guillaume le Conquérant, le Débarquement, Maupassant… Les images pour symboliser la Normandie ne manquent pas. Être Normand aujourd’hui, c’est quoi ? Fort en Bretagne, le sentiment d’appartenance à une région semble plus flou en Normandie.

L’avocat Gwenahel Thirel de Rouen (Seine-Maritime), assure qu’il n’est pas si flou que cela dans son essai L’identité normande au 21e siècle, paru en avril 2017. « Le Normand a une profondeur d’âme qui a 1 000 ans avec les Vikings. Il y a 1 000 ans, Rollon avait déjà baptisé la Normandie. Des choses que l’on ne mesure plus aujourd’hui. »

On a oublié de revaloriser l’identité normande 

Entre 1956 et 2016, les deux Normandie ont été séparées. Nous nous sommes battus pour la réunification et nous avons complètement oublié de revaloriser l’identité normande… Contrairement à la Bretagne, qui elle, a eu tout le temps pour cela.

Pour l’avocat rouennais, l’identité normande doit être défendue et valorisée, maintenant que la Normandie est réunifiée. « Nous avons autant de bonnes raisons d’être fiers d’être Normands que les Bretons l’ont de l’être. »

Celui qui a présidé pendant plusieurs années le club Vatine, un cercle d’entrepreneurs près de Rouen, assure que la revendication de cette identité normande, « sera un véritable atout pour l’attractivité du territoire. »

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Qu’est-ce que l’identité normande ?

Une identité passe avant tout par l’histoire. « Et notre histoire commune a plus de 1 000 ans ! Quelle autre région à part la Normandie peut s’enorgueillir de cela ? » Avant de devenir française, la Normandie a été une nation indépendante qui se gouvernait elle-même et avait ses lois et ses coutumes propres. « Et cela a duré trois siècles en conquérant au passage le royaume d’Angleterre. »

Des hommes et des femmes renommés ont traversé les siècles et ont rendu la fierté à la Normandie : Rollon, Guillaume Le Conquérant, Charlotte Corday… Mais aussi Claude Monet, Christian Dior, et plus récemment Tony Parker ou encore Thomas Pesquet. Des Normands se sont illustrés dans presque tous les domaines, que ce soit dans la politique, la culture, le sport…

Autre élément incontournable, une langue, « aujourd’hui perdue », mais qui conserve encore de nombreuses expressions. Mais aussi un fruit : la pomme, un animal : la vache, un produit : le camembert, un lieu : le Mont-Saint-Michel, connu dans le monde entier, un alcool : le calvados. La liste peut être longue…

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Que faire pour rebâtir une identité normande ?

Prouver que l’identité normande existe, ce n’est pas très difficile. Par ailleurs, faire revivre la fierté d’être normand est une autre paire de manches. Mais Gwenahel Thirel a quelques idées. « Nous devons dans un premier temps ré-enseigner l’histoire de notre région aux jeunes », assure-t-il. Mettre en place une fête de la Normandie lui semble également essentiel.

Quitte à se fâcher avec ses pairs, l’avocat n’hésite pas à dire qu’il faut une seule et unique capitale officielle de la Normandie. « Nous ne pouvons pas être écartelés entre Caen et Rouen. Dans notre histoire, c’est arrivé une fois pendant la guerre de Cent ans, sous le duc de Belford, et ça n’a pas marché. » Pour lui, la capitale doit être à Rouen, « c’est logique par rapport à ses 2 000 ans d’histoire, mais aussi par rapport à sa démographie et à son économie. »

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L’avocat assure cependant que tout ne doit pas être centralisé à Rouen. « À titre d’exemple, l’université normande a été créée historiquement à Caen, elle doit donc être gérée depuis Caen. Le droit normand a été fabriqué à Rouen, tout ce qui a a trait au droit doit être à Rouen… » Et Gwenahel Thirel ne veut surtout pas froisser les sensibilités en ex-Basse ou en ex-Haute Normandie. « J’espère qu’elles s’estomperont au fil des jours, des mois et des années à venir. »

Enfin, selon Gwenahel Thirel, des drapeaux normands devraient être distribués dans tous les foyers. « Un musée sur Guillaume Le Conquérant type Puy du fou devrait également exister à Caen, un musée Rollon à Rouen… Nous devons profiter de notre patrimoine. » Et pourquoi pas appeler nos enfants par des prénoms normands ? Frida, Gérald, Harald, Irma ou encore Knut ?


 

Commentaire de Florestan:

Pour une connaître une liste complète de prénoms d'origine normande:

http://hagdik.fr/prenoms-normands/