A la suite de la magistrale étude conduite par l'historien François GUILLET, "Naissance de la Normandie, genèse et épanouissement d'une image régionale en France, 1750/1850" parue en l'an 2000, tous les amoureux de la Normandie doivent savoir que la Normandie fut la toute première région de France à se considérer à nouveau comme telle après les boulversements de la Révolution française et ce, non pas sur une base ethnique ou mythique mais à partir d'une contemplation raisonnée voire scientifique du patrimoine historique, architectural et artistique de la région.

Dès les années 1820/1830, c'est en Normandie que s'élaborent les pratiques nouvelles du tourisme culturel et patrimonial, de l'archéologie monumentale et médiévale avec l'édition des premiers guides touristiques modernes et que s'expérimentent dès 1840 la nouvelle politique publique de protection des monuments historiques.

La Normandie devient dès lors, la première grande région d'art et d'histoire française, terre bénie des historiens, érudits, archéologues, archivistes avec un tissu serré de sociétés savantes qui existent toujours. La Normandie devient elle-même un musée à ciel ouvert sinon un monument historique qui sera célébré en tant que tel pour son millénaire dans les grandioses fêtes rouennaises de l'année 1911.

Parallèlement à cette reconstruction d'une identité régionale normande sur cette base patrimoniale, érudite, archéologique, historique ou muséale, se développe l'idée portée par Arcisse de CAUMONT, l'un des principaux  érudits qui anime ce premier mouvement normand, que le gouvernement de la France pourrait être réformé pour être plus efficace sinon plus démocratique à partir d'une organisation fédérale, décentralisée avec les provinces et les communes pour base: en 2018, cette idée normande est d'une brûlante actualité à l'occasion d'une réforme constitutionnelle en cours voulue par un président de la République qui remet en cause l'acquis récent de près de quarante années de décentralisation.

Pour toutes ces raisons, l'idée normande sinon son projet, est une idée profondément collective et politique qui pourrait avoir son utilité face aux urgences de notre temps qui s'interroge avec une inquiétude lancinante sur la façon de pouvoir encore faire nation commune lorsqu'il n'y a plus que l'individualisme, le consumérisme ou un hédonisme égoïste désenchanté qui confine au nihilisme:

La contemplation, la connaissance, la valorisation et la protection des beautés morales et merveilleuses d'un commun patrimoine intellectuel, culturel, historique et artistique est une solution pour nous replanter dans notre jardin et pour y croire encore afin d'inventer l'avenir.

La Normandie est donc notre patrimoine commun dont l'herbe est toujours au moins aussi verte que celle du pré voisin ou plus lointain dont on nous parle toujours trop... Parfois, surtout en ces temps caniculaires et de sécheresse estivale, à l'instar, d'ailleurs de la sécheresse spirituelle de notre époque trop comblée de richesses inutiles pour se croire misérable, sache-le et soyez-en convaincus:

La Normandie est d'un vert insolent et vous reverdira le coeur !

Pour fêter les180 années de présence à nos consciences de notre Normandie patrimoniale, une conférence aura lieu à Caen à la rentrée au musée de Normandie le 8 septembre 2018:

1

2

A noter aussi:

Un grand colloque aura lieu les 4 et 5 octobre 2018 au château de Cerisy la Salle sur l'architecture à l'âge classique (XVIIe et XVIIIe siècles) en Normandie, colloque dirigé par Etienne Faisant.

01-08-2018 10;04;03