Billet de Florestan:

Nous apprécions et soutenons sans réserves ici la volonté girondine normande affichée par Hervé Morin de construire en Normandie et depuis la Normandie tout un ensemble cohérent de politiques publiques régionales, notamment en ce qui concerne le développement économique, qui puissent proposer des alternatives positives, efficaces et complémentaires à ce qu'entreprend, ou non, l'Etat central au niveau national...

Nous apprécions qu'une alternative girondine normande puisse être mise en avant depuis le modèle régional normand qui implique, par son polycentrisme et sa polyvalence intrinsèques de faire tout le contraire du modèle jacobin autoritaire centralisé parisien.

Concrètement, cela implique de faire en Normandie ce qu'on ne saurait faire à Paris ou depuis Paris. A savoir:

1) Coopérer et co-décider les politiques publiques régionales avec les acteurs et décideurs de la société civile concernés pour éviter l'effet discrétionnaire vertical technocratique qui est désastreux sur une société civile qui veut, de plus en plus, proposer, participer à l'action publique qui la concerne et qui n'en peut plus d'être infantilisée par les caciques de notre belle République qu'ils soient élus ou haut-fonctionnaires.

2) Coopérer avec les territoires tels qu'ils sont, en respectant les équilibres et en recherchant les complémentarités et les coopérations plutôt que d'exciter des concurrences frontales stériles: le potentiel métropolitain normand se développe conjointement sur les agglomérations de Caen, de Rouen et du Havre et la vieille idée antique qui nous vient de la Rome impériale consistant à mettre tous les pouvoirs dans la même ville pour tout et tout le monde devient parfaitement saugrenue sinon absurde au regard des plus élémentaires réalités de la géographie urbaine normande qui invite au travail coopératif en réseau, si  l'on n'est pas analphabète devant le mode d'emploi de la géographie normande.

Après ce préambule et ces précautions quant à nos intentions à l'égard de l'actuelle majorité régionale normande au travail depuis le retour historique à l'unité normande, voici les faits suivants:

Selon nos informations, le cabinet d'études pourtant mandaté, à juste titre, par Hervé Morin pour étudier quelle pourrait être la meilleure forme institutionnelle possible à donner à un futur Fonds régional de l'art contemporain de Normandie respectant l'identité des deux sites actuels hérités de la division normande (FRAC Rouen et FRAC Caen), a rendu son rapport en avril dernier: les experts consultés par le président de région normand ont conseillé la création d'une association qui autorise, à la fois, une certaine souplesse, une certaine autonomie pour les deux FRAC normands et une certaine maîtrise des coûts de fonctionnement.

A priori, on aurait pu croire que cette solution était celle qu'aurait pu souhaiter le président normand réunificateur (Hervé Morin tient beaucoup à l'idée d'achever l'unité institutionnelle normande dans tous les domaines et nous aussi) pour la mise sur pied aussi rapide que possible d'un FRAC de Normandie reposant sur sa gambe rouennaise et sur sa gambe caennaise avec une direction partagée elle aussi entre Caen et Rouen, à l'instar de l'organisation bicéphale actuelle du conseil régional de Normandie entre les deux grandes villes de notre région: la question polémique de la "capitale" se réduisant à la question anecdotique de savoir où mettre l'adresse postale du conseil d'administration gérant l'ensemble...

Catherine-Morin-Desailly

Mais c'était sans compter sans la volonté de Mme Catherine Morin-Desailly, sénatrice de la Seine-Maritime, présidente de la commission de la Culture du Sénat mais aussi conseillère municipale de la ville de Rouen, conseillère communautaire de la métropole de Rouen et... conseillère régionale de Normandie qui, semble-t-il, a imposé l'idée de créer un Etablissement Public de Coopération Culturelle (EPCC) dont le siège serait au FRAC de Rouen (Sotteville) pour gérer l'ensemble des sites du futur FRAC de Normandie quitte à intégrer les personnels des deux FRAC actuels parmi les fonctionnaires du conseil régional.

Cette décision étonnante ne manquera pas de relancer la querelle stupide de la "capitale" entre Rouen qui prendrait tout et Caen qui n'aurait que des miettes sachant que c'est précisémment en instrumentalisant cette crainte que M. Jean-Paul Ollivier, le directeur régional des affaires culturelles (DRAC) qui siège à Caen pour toute la Normandie s'était opposé avec l'appui de la préfète de région de l'époque (Mme Fabienne Buccio) à l'idée d'Hervé Morin d'imposer le principe d'unité normande y compris dans un domaine aussi scabreux qu'abscons que celui de l'art contemporain...

Décision d'autant plus étonnante que Mme Catherine Morin-Desailly, quoique élue du conseil régional de Normandie et siégeant dans l'actuelle majorité régionale, ne peut pas être officiellement en charge de la vice-présidente de la culture en raison de la loi interdisant le cumul des mandats entre une charge exécutive locale et un mandat de parlementaire: cette charge revient à Patrick Gomont, le maire de Bayeux qui a remplacé une certaine Emmanuelle Dormoy au même poste et qui a, peut-être, partagé aussi notre étonnement, pour ne pas dire davantage, devant pareille situation... avant de présenter sa démission!

En effet, on aimerait savoir ce que le maire de Bayeux pense de tout cela alors qu'il est officiellement en charge de la culture à la région. Ou alors faudra-t-il nous expliquer qu'il y a plusieurs ministres de la culture normande, l'un officiellement en titre mais régnant avec discrétion sur la portion congrue du patrimoine et une autre qui est, de fait, la Madame Culture de la région sans en avoir officiellement les attributions...

Il faut reconnaître que l'action régionale en matière de culture malgré un début ambitieux en trompettes et fanfares en mai 2017 lors de la présentation de cette action régionale au cirque théâtre d'Elbeuf semble être le point faible de l'actuelle majorité qui engrange au contraire des succès, notamment dans l'action économique régionale qui pourrait paraître plus importante et prioritaire: ce serait une erreur, bien entendu, de penser ainsi compte tenu de l'importance du patrimoine culturel, historique, architectural et artistique de la Normandie. Mais il faut relever que le jeu de dames Dormoy / Morin-Desailly n'a jamais fonctionné à la tête de la culture normande...

Et pour cause!

Puisqu'il fallait qu'une caenno-caennaise qui n'a jamais cru à l'unité normande mais qui fut officiellement chargée de la culture en Normandie tienne compte de l'influence d'une rouenno-rouennaise qui a un pied à Paris dans l'espoir d'y être nommée, un jour, ministre de la... Culture!

Le choix de faire entrer le futur FRAC Normandie dans le périmètre administratif des agences régionales et d'un pilotage rouennais unique placé sous le regard sourcilleux de la DRAC (donc de l'Etat central en "régions") pose la question de savoir si une action authentiquement "girondine" est possible à partir du cas d'école normand puisqu'on ne saurait faire depuis Rouen ce qui est reproché à Paris à juste titre, à savoir: tout décider de tout pour tous depuis un même bureau!

Ces sempiternelles questions de tuyauterie et d'organisation, ce clochermerle permanent occulte, une fois de plus, la question essentielle qui est la suivante:

Le futur FRAC de Normandie sera-t-il enfin plus largement ouvert vers le grand public normand, vers les artistes Normands et ouvert sur toutes esthétiques contemporaines sans a priori idéologique?


Le 4 juillet 2019 à l'occasion de la prochaine commission permanente, les statuts du futur EPCC du "FRAC Normandie" seront mis au vote des élus du conseil régional:

On trouvera ci-après quelques extraits significatifs du projet de délibération soumise à la sagacité des élus régionaux qui démontreront que:

1) Le choix a été fait d'un Etablissement public de coopération culturelle (EPCC) dont le siège sera à Sotteville-les-Rouen et qui aura à gérer, ensemble, le site de Rouen et le site "vitrine"de Caen, à savoir l'ancien couvent de la Visitation datant du XVIIe siècle et restauré à grands frais par la dernière majorité régionale... bas-normande: A défaut d'être certain du contenu, on pourra au moins être certain de la qualité du contenant!

2) Contrairement à la ville de Sotteville-les-Rouen où se trouve le site rouennais du futur FRAC Normandie, la ville de Caen ou, à défaut, la communauté urbaine de Caen-la-Mer ne sont pas représentées au conseil d'administration (dumoins dans cette maquette de statuts à lire ci-après), sous prétexte que la propriété de l'ancien couvent de la Visitation a été transférée à la Région: nous détestons sur l'Etoile de Normandie les clochemerles entre Caen et Rouen mais, franchement! nous sommes contraints de constater que l'on met sciemment de l'huile sur le feu!

3) Le choix sans imagination ni ambition a été fait d'une déclinaison régionale "normande" (mais cela pourrait être n'importe où ailleurs) de la présentation et de la  promotion d'un art prescrit par l'Etat central parisien et subventionné par l'argent public et dont les propositions et postures (impostures?) faussement rebelles refusent d'assumer un statut, de fait, d'art officiel de notre temps... (lire, à sujet, une récente enquête proposée par l'hebdomadaire Marianne). Ainsi, dans la définition de ses missions, confirmation nous est donnée que le FRAC Normandie n'a de Normand que... son nom!

projetFRACdélibération1

projetFRACdélibération2

projetFRACEPCCsiègesotteville

projetFRACAabsencecaennaise

projetFRACconseiladministrationsuite

projetFRACriensurlaNormandieOriginale

projetFRACtransfertpersonnels

projetFRACAPPORTSOriginale