Depuis ce matin (17/10/19) sur le site internet de France Info, on peut lire la tribune suivante que nous relayons sur l'Etoile de Normandie:

TRIBUNE. "Après Lubrizol, plus jamais ça" :

11 syndicats et associations pointent la responsabilité des industriels et de l'État

Dans une tribune publiée sur franceinfo, les signataires appellent à un sursaut dans la politique de gestion des risques industriels.

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Ils appellent à un sursaut après la catastrophe du 26 septembre 2019, à Rouen : ce matin-là, un gigantesque incendie a détruit 5 253 tonnes de produits chimiques chez Lubrizol, une entreprise de produits chimiques classée Seveso seuil haut. L'incendie a aussi touché trois entrepôts de son voisin Normandie Logistique qui stockait plus de 9 000 tonnes de produits sur son site. Syndicats ou associations, les onze signataires de la tribune, publiée par franceinfo jeudi 17 octobre, dénoncent des négligences et des insuffisances et pointent un manque de transparence. Et au-delà de Lubrizol, ils appellent à un sursaut dans la politique de gestion des risques industriels.


La catastrophe industrielle et environnementale qui a eu lieu dans la nuit du 25 au 26 septembre 2019 à Rouen met en avant et à plusieurs titres les dangers permanents que les industries représentent lorsqu’elles négligent leurs obligations en termes de protection contre les dangers inhérents à leurs activités.

Ces négligences coupables font courir aux salariés, aux populations et aux écosystèmes des risques graves, à court et long terme.

Des accidents comme celui-ci sont un véritable désastre tant humain qu'écologique.

Pour pouvoir continuer à satisfaire suffisamment de rentabilité à ses actionnaires, l'industrie, à l’instar des autres secteurs de l’économie, rogne ses "coûts" sans fin sur le dos des travailleurs : multiplication de la sous-traitance, précarité, réduction des effectifs et des équipements, non-respect des règles de sécurité…

Lubrizol, une des premières sociétés industrielles de chimie, est présente en Amérique (56 sites), en Europe (45 sites), au Moyen Orient (7 sites) et en Asie (33 sites). Fondée en 1928, Lubrizol est une filiale de Berkshire Hathaway, société d'investissement dirigée par Warren Buffet, l'un des plus gros milliardaires de la planète et qui compte Bill Gates dans son directoire.

L'usine de Rouen est implantée depuis 1951. Site Seveso à "seuil haut" comme 705 autres en France sur les 1 312 sites Seveso, elle a déjà connu plusieurs incidents dont un nuage de mercaptan en 2013, qui a donné lieu à un simple renvoi devant le tribunal de police et une condamnation à une amende ridicule de 4 000 euros.

La responsabilité "pleine et entière" de Lubrizol

C'est bien la responsabilité de la direction de l'entreprise qui est engagée dans cet accident, en terme de sécurisation de l'ensemble du site, de son personnel, ainsi que de la sous-traitance. C'est elle qui, avec l’aval du préfet, a opté pour une sécurité a minima en réduisant les effectifs de sécurité et de surveillance.

Si les premiers éléments de l’enquête qui s’ouvre peuvent amener à penser que l'incendie a démarré dans une zone de stockage confiée à une entreprise sous-traitante de nettoyage, la responsabilité de Lubrizol reste néanmoins pleine et entière dans son rôle de donneur d’ordre.

Une nouvelle foi, la sous-traitance d’activités par des grands groupes, particulièrement dans ces secteurs (industrie chimique, pétrolière et nucléaire) pose problème, en particulier pour les tâches qui peuvent présenter le plus de risques de santé pour les salariés et les populations.

Les personnels de la sous-traitance connaissent très mal, par manque de formation, les risques technologiques auxquels ils sont confrontés pendant leur travail. Cette situation va s'aggraver avec la disparition des CHSCT en application des ordonnances Macron de 2017 ; et les attributions et moyens d’intervention des CSSCT (nouvelle instance obligatoire dans les sites Seveso), ne pallieront pas à leur disparition.

L'imprévoyance de l'État

C'est également la responsabilité de l'État qui est engagée. Les moyens et les effectifs des inspecteurs.trices des installations classées pour la protection de l'environnement (Direction régionale de l'environnement, de l'aménagement et du logement), n'ont pas été doublés, malgré les promesses faites, ce qui les rend insuffisants pour faire appliquer les dispositions réglementaires. Leur mission de contrôle des sites à risque n'est pas assurée efficacement. Il en est de même pour les services de l’inspection du travail, chargée notamment de faire appliquer les règles relatives aux incendies, explosions et stockage des produits dangereux dont les effectifs fondent à vue d’œil.

Alors que l'on découvre peu à peu que les premières annonces sur les quantités de produits partis en fumée ont été sous-évaluées, les chefs de services de l'État et le gouvernement passent leur temps à chercher à convaincre du peu de danger que courent les riverains de l'usine.

Les populations sont censées décider toutes seules s'il est préférable qu'elles partent loin ou qu'elles s'enferment dans leur lieu de vie, créant ainsi un sentiment d'angoisse généralisé d'autant plus justifié quand on sait que les fumées et les suies toxiques, au vu des produits qui ont brûlé, comportent des molécules cancérigènes et des perturbateurs endocriniens.

D'autre part, des catastrophes comme celles de Lubrizol nécessiteraient que soient prévu un plan d'évacuation des populations les plus exposées et de protection de l'ensemble des autres personnes des zones contaminées. Or, rien n'a été fait... car rien n'est prévu. Est aussi posée la question de l’aménagement du territoire, l’implantation des habitations qui, au fil des années, s’est dangereusement approchée des sites dangereux.

L'impact sur les collectivités et l'environnement

Au-delà des conséquences pour les salariés de Lubrizol et des sous-traitants (santé des travailleurs, chômage technique et perte de salaire), c'est toute la vie locale qui est gravement mise en danger par des industries dont le mode de gestion fait porter à la collectivité des responsabilités qui devraient lui incomber dans la logique "pollueur-payeur" ; il en est de-même des coûts sur l’environnement.

La situation dans la campagne avoisinante et dans toute la région couverte par les vents dominants est préoccupante : sols qui pourraient être empoisonnés pour une dizaine d'années, animaux malades, risques forts de nappes phréatiques polluées, impossibilité pour les paysans de poursuivre leurs activités, l'agriculture bio et les paysans en vente directe étant directement pénalisés. L’État n’a pas suffisamment accompagné le retrait des productions, faisant peser sur les paysans eux-mêmes la responsabilité de ces retraits.

On aurait tort de croire que ce qui s'est passé avec Lubrizol ne concerne que les habitants de Rouen et de sa région. Les risques industriels, les dangers de la recherche constante d’augmentations des dividendes financiers au détriment de l’investissement dans les appareils de production, de la sécurité des sites et des personnes sont partout où est implanté ce type d’industrie qui se doit d’être exemplaire en termes de sécurité et d’impact sur l’environnement et les écosystèmes.

Plus jamais ça, ni ici, ni ailleurs ! Nous exigeons :

• Que soit publiée in extenso la liste des produits brûlés, ce qui passe par la levée des secrets de fabrication ;
• Que la liste des molécules (PCB, dioxine etc.) qui ont potentiellement pollué les sols, soit connue ;
• Que soient diffusés les chiffres sur les maladies professionnelles des salariés actuels ou anciens de Lubrizol ;
 Que les populations soient prises en charge médicalement et que soit mis en place un suivi à long terme, plus particulièrement pour les femmes enceintes et les enfants ;
 Qu’une estimation du préjudice soit faite le plus rapidement possible par les services de l’État, de façon à ce qu’une aide d’urgence (sous forme d’avance) soit attribuée à toutes les victimes ;
 Que les salariés de Lubrizol ou d’autres entreprises soient protégés par les autorités s'ils souhaitent témoigner de leurs conditions de travail et de sécurité, ce qui implique un renforcement de la loi sur les lanceurs d’alerte ;
 Que l'Europe renforce les législations de surveillance des sites SEVESO, et que l’État revienne sur l'assouplissement accordé en 2018 instaurant des périmètres de sécurité pour les projets immobiliers ;
 Que l'État prévoit, avec les moyens de mise en œuvre, un plan d'évacuation des populations vivant auprès de chaque site à haut risque, chimique ou nucléaire, ainsi que des exercices en conditions réelles ;
 La mise en place d’autorités sanitaires indépendantes et de procureurs indépendants ;
 La mise en place de CSSCT à compétences supra-légales étendues avec capacité d’expertise et de droit d’alerte ;
 le rétablissement des CHSCT dans les entreprises et l'élargissement de leurs pouvoirs ;
 Le renforcement des inspections du travail et des installations classées pour la protection de l’environnement en lien avec la CARSAT et la DREAL.


Les signataires :

Amis de la Terre France ; association Henri-Pézerat ; Attac ; Confédération générale du travail (CGT) ; Confédération paysanne ; Criigen (Comité de recherche et d’information indépendantes sur le génie génétique) ; Fédération syndicale unitaire (FSU) ; Sciences citoyennes; SOL (Alternatives agroécologiques et solidaires) ; Union syndicale Solidaires ; Zone écologique autonome.


 Commentaire de Florestan:

Les fonctionnaires de la DREAL de la préfecture de région Normandie se disent "écoeurés" par la communication officielle plutôt lamentable... Ils pourraient signer aussi cette tribune!

Revue de presse Lubrizol, 17 octobre 2019:

  • Hervé Maurey, le sénateur de l'Eure va présider la commission d'enquête sénatoriale sur la catastrophe Lubrizol:

https://www.paris-normandie.fr/actualites/societe/herve-maurey-preside-la-commission-d-enquete-du-senat-sur-lubrizol--notre-objectif-la-manifestation-de-la-verite-NG15758995?utm_source=newsletter_mediego&mediego_euid=7b65029da2&mediego_ruuid=eebe5314-8869-4072-8ea7-2dc2a6179e32_0&mediego_campaign=20191018_news_actu&utm_content=20191018&utm_campaign=newsactu&utm_medium=email

  • La région Normandie se porte financièrement garante auprès des commerçants rouennais en difficulté:

https://www.ouest-france.fr/normandie/rouen-76000/incendie-de-rouen-la-region-se-prete-garante-aupres-des-commercants-et-artisans-en-difficulte-6569842

  • Comment rebondir après la catastrophe Lubrizol:

https://actu.fr/normandie/rouen_76540/acteurs-economiques-elus-cherchent-comment-rebondir-apres-lincendie-chez-lubrizol_28715669.html

  • Le président du groupe Lubrizol convoqué devant les Sénateurs:

https://www.ouest-france.fr/normandie/rouen-76000/incendie-rouen-le-president-du-groupe-lubrizol-convoque-devant-la-commission-d-enquete-senatoriale-6569794

  • Inquiétudes sur la santé des pompiers qui sont allés éteindre l'incendie de l'usine Lubrizol

https://www.francetvinfo.fr/faits-divers/incendie/incendie-d-un-site-seveso-a-rouen/incendie-de-l-usine-lubrizol-des-pompiers-ont-eu-des-resultats-d-analyses-inquietants_3662007.html#xtatc=INT-1

  • Un dispositif technologique impressionnant mis en oeuvre pour procéder à l'enlèvement des fûts de mercaptan encore présents sur le site: le chantier va commencer le 22 octobre prochain et devrait durait plusieurs semaines:

https://france3-regions.francetvinfo.fr/normandie/seine-maritime/rouen/lubrizol-enlevement-futs-risque-va-debuter-mardi-22-octobre-1737735.html

  • De la pollution aux hydrocarbures jusque dans le Pays de Bray:

https://actu.fr/normandie/forges-les-eaux_76276/apres-lubrizol-analyses-revelent-metaux-hydrocarbures-buchy-a-forges-eaux_28654626.html

  • La catastrophe industrielle de l'incendie Lubrizol a pollué aussi la campagne électorale des municipales à Rouen (à moins que cela ne soit le contraire car la pollution politicienne à coup de boules puantes est désormais totalement proscrite!)

https://www.paris-normandie.fr/actualites/politique/comment-l-incendie-de-lubrizol-redefinit-totalement-la-campagne-des-elections-municipales-a-rouen-PF15676779?utm_source=newsletter_mediego&mediego_euid=7b65029da2&mediego_ruuid=804f34ca-636c-4662-b9ee-48d2f2fb9f87_0&mediego_campaign=20191017_news_actu&utm_content=20191017&utm_campaign=newsactu&utm_medium=email

Comment l’incendie de Lubrizol « redéfinit totalement la campagne » des élections municipales, à Rouen

C’est l’une des conséquences de l’incendie de l’usine chimique Lubrizol : l’enjeu est devenu politique. Entre nécessité de se positionner et volonté d’éviter toute accusation de récupération, les candidats à la mairie de Rouen marchent sur des oeufs. (... pourris au Mercaptan)

Elle nous paraissait encore lointaine. La campagne pour les élections municipales de mars 2020 a pourtant bien commencé. À Rouen peut-être plus encore qu’ailleurs. Et l’incendie de l’usine chimique Lubrizol n’y est pas pour rien. « La catastrophe redéfinit totalement la campagne et lui donne la tonalité, la grande perspective, analyse Bruno Cautres, chercheur CNRS au CEVIPOF, le centre de recherches politiques de SciencesPo. Il y a un avant et un après Lubrizol non seulement pour la campagne des municipales, mais sans doute aussi pour les élections départementales et régionales de 2021.»

Au milieu des nombreuses voix qui se sont élevées pour commenter l’évenement, celles de personnalités politiques de tous bords se sont fait entendre plus ou moins rapidement. Certains ont réagi sur les réseaux sociaux dès le premier jour de l’incident, jeudi 26 septembre. C’est le cas de Jean-François Bures, candidat Les Républicains ; de Nicolas Mayer-Rossignol, ex-président de la Région Haute-Normandie, élu PS et candidat soutenu par le collectif Fiers de Rouen ; et de Marine Caron, qui a récemment annoncé sa candidature au côté de Robert Picard et qui espérait obtenir l’investiture de la République en marche, finalement accordée à Jean-Louis Louvel, actionnaire majoritaire du quotidien Paris-Normandie, lundi 14 octobre.

« Ce n’est pas le moment de faire campagne »

Pour ces trois candidats officiellement déclarés, qui ont tous adressé un « message de soutien » aux secours et forces de l’ordre mobilisés, pas question de faire des annonces ou des propositions dès le 26 septembre. Sobre, Jean-François Bures est le premier à poster un message à 06 h 23. Quatre photos du panache de fumée qui se répand dans le ciel rouennais accompagnent une phrase laconique : « Soutien aux 130 pompiers qui sont mobilisés, actuellement et depuis plusieurs heures, pour maîtriser l’incendie du site Lubrizol, quai de France.»

« J’ai été réveillé par les explosions. De ma fenêtre, je voyais les flammes, cela faisait extrêmement peur, contextualise-t-il. Voir Rouen associée à une catastrophe écologique, comme une marée noire du ciel, cela me fait énormément de peine. Malheureusement, cet événement précipite les choses en ce qui concerne la campagne. »

Marine Caron fait un pas de plus. « Que ce soit la fuite de Mercaptan enregistrée en 2013 ou l’incendie qui a frappé notre territoire ce matin, la présence d’une usine classée « Seveso seuil haut » doit nous interpeller à juste titre », écrit-elle à 17 h 18, tâclant au passage la gestion de crise des autorités et dressant trois constats aux allures de propositions. Interrogée, la candidate estime pourtant que « ce n’est pas le moment de faire campagne ». S’il lui a semblé « légitime de réagir pour exprimer les attentes de la population en termes de réponses rapides et transparentes », elle s’attend néanmoins à ce que « l’incendie de Lubrizol ait un impact réel sur les mois qui viennent. Les Rouennaises et les Rouennais attendent des réponses et des propositions de leurs élus et des politiques pour que cela ne se reproduise pas ».

Pour Bruno Cautres, « un tel événement aura forcément un effet majeur sur le timing et le contenu de la campagne. Cela serait totalement choquant qu’il en soit autrement avec les inquiétudes que l’incendie a générées, le chantier de démolition et de reconstruction qui s’annonce, les problématiques juridiques, les questions qui se posent sur le rôle des collectivités locales... ».

Entre appels à l’unité et volonté de se différencier

Dans un message plus court, posté à 23 h 58, Nicolas Mayer-Rossignol dit refuser d’ajouter son « nom à la (longue) liste des ‘yakafokon’: le temps de l’analyse rigoureuse, des décisions lucides, viendra vite ». Dès le lendemain de l’incendie, l’élu PS sera pourtant l’un des plus actifs sur les réseaux sociaux avec cinq publications Facebook sur le sujet entre le 28 septembre et le 3 octobre. Sans compter la pétition lancée lundi 30 octobre sur le site change.org avec le député de Seine-Maritime Christophe Bouillon « pour que des réponses soient apportées aux attentes des citoyens ».

Adressée au Premier ministre, Édouard Philippe, elle s’est transformée en une lettre signée par 100 maires et élus de Normandie. « Quand plus de 100 maires et élus locaux, de tous les bords politiques, se rassemblent, cela n’a rien de partisan », affirme Nicolas Mayer-Rossignol, qui se défend de toute récupération politique : « Il faut absolument l’éviter. L’élection municipale est un enjeu local. L’accident de Lubrizol est une catastrophe nationale. Le moment est très grave pour Rouen, sa métropole et la Normandie. C’est bien plus important que je ne sais quel enjeu électoral. J’appelle à l’union de tous les élus locaux, de tous bords. »

L’appel à l’unité, une réaction classique selon les observations de Bruno Cautres. « Une telle catastrophe ne peut que donner lieu à des positionnements partisans. Certains chercheront à montrer que la ville a été traumatisée par cet événement de grande ampleur et diront que tout le monde doit faire face ensemble. D’autres en profiteront pour exprimer des diagnostics et solutions différenciées. La limite à ne pas franchir, c’est de tomber dans la caricature d’une campagne électorale où chacun ne fait que critiquer et démolir l’adversaire. »

L’avenir de Rouen comme préoccupation commune

Dès le lendemain de l’incendie, la plupart des candidats se sont réunis autour de deux thèmes : la dénonciation d’une « communication largement défaillante de l’État » d’une part ; et le sentiment que « le sujet n’a pas été mesuré, ni à la Ville, ni à la Métropole » d’autre part. « L’incendie m’a confirmé une chose, dit de son côté Marine Caron : c’est la nécessité d’avoir une démarche politique transparente avec les habitants. » Patrick Chabert, lui, veut « mener une réflexion globale sur l’avenir de Rouen et de son industrie » quand Jean-Louis Louvel demande « une solution de fond, à l’échelle nationale, qui mettrait tout le monde autour de la table ».

Ces deux derniers candidats sont les seuls à avoir choisi de ne pas s’exprimer dès le 26 septembre : Patrick Chabert, actuel conseiller municipal UDI, comptait mener une liste d’Union de la droite et du centre aux municipales mais depuis l’annonce officielle du soutien de La République en marche à Jean-Louis Louvel, l’élu prône « le rassemblement derrière [son] ami Jean-Louis Louvel, le seul à pouvoir rassembler les énergies ».

Dans un (très) long message publié sur sa page Facebook, le 29 septembre, à 16 h 57, l’entrepreneur normand qui cumule désormais les soutiens du Modem, d’Agir et de la République en marche, propose une mobilisation pour un « Grenelle des sites Seveso ».

L’avantage aux écologistes ?

Pendant que chacun avançait ses pions sur l’échiquier politique, une autre figure rouennaise s’est exprimée sur les réseaux sociaux, dès le 26 septembre puis lors d’une conférence de presse, le 27. Jean-Michel Bérégovoy, élu EELV, est pressenti pour porter la candidature des Verts à la mairie de Rouen, mais ne s’est pas encore officiellement déclaré : « La décision sera prise le 17 octobre », sourit-il, laissant peu de place au suspens.

Dès 09 h 35, le jour de l’incendie, l’adjoint au maire s’est dit « solidaire avec les pompiers (...) ainsi qu’avec les salariés et les populations de ce secteur ». Mais l’élu ne s’arrête pas là : « En 2013, un premier incident très grave aurait dû alerter les autorités. Les écologistes avaient alors demandé le déplacement de cette usine. De plus, nous avons toujours interrogé sur la création d’un nouveau quartier à proximité de cette entreprise classée Seveso. Il est temps de lancer un débat sur le sujet de la présence de ces usines en cœur d’agglomération car chacun le comprend, c’est toute une population qui est menacée en cas d’incendie ou d’explosion. »

Interrogé, Jean-Michel Bérégovoy persiste et signe : « Nous sommes les lanceurs d’alerte sur ce sujet depuis toujours. On ne peut pas dire des écologistes, qui ont été de tous les combats, que ce sont eux qui profitent de la situation. » Face aux autres candidats qui dénoncent à l’unanimité l’ « écologie punitive » d’Europe Écologie-Les Verts et tentent de se positionner différemment sur le thème de l’environnement, l’élu répond, cinglant : « Je me marre ! Écologiste, c’est dans les actes que ça se voit. Les autres ont clairement du retard sur nous et depuis l’incendie de Lubrizol, tout le monde m’interpelle et on me demande si je serai candidat. C’est exactement ce qui s’est passé aux élections européennes. Ils étaient tous écolos mais à l’arrivée, c’est nous qui avons embarqué l’affaire parce que les gens ont besoin de ceux qui ont un temps d’avance. »

Bruno Cautres est plus nuancé : « Aux Européennes, il y avait un contexte qui favorisait les écologistes mais dans le cas des municipales, tout dépendra de ce que dira le candidat écologiste sur les autres sujets, estime l’analyste politique. L’incendie de Lubrizol est maintenant passé, la question est plutôt sur l’après-catastrophe. Il va falloir rassurer les habitants sur l’attractivité de la ville, sur les prix de l’immobilier, etc. Il y a probablement un chantier pour 10 à 15 ans. Que proposent les candidats à cet horizon ? C’est ça qui fera la différence. »

« Les Rouennais devront bien faire leur choix ! »

Alors que les inquiétudes des habitants sur les conséquences de l’incendie ne cessent de grandir, il ne fait aucun doute que l’environnement sera au coeur de la campagne. « Avant le 26 septembre, il n’y avait pas de raison de soupçonner que l’enjeu serait central dans la campagne rouennaise », observe Bruno Cautres, qui s’attend à ce que de fortes divergences apparaissent entre les candidats, notamment sur le choix du vocabulaire autour de ce thème : « Certains utiliseront des mots anxiogènes, d’autres des euphémismes... Quel candidat trouvera les mots les plus à même de parler à la population, sans tomber dans la pédagogie ? Ce sera l’une des clés de la bataille des municipales à Rouen. »

Questionnés à ce sujet, tous les candidats nous ont affirmé que l’écologie allait occuper une place prépondérante dans leur programme, et que cela était déjà leur intention avant la catastrophe. « Mais l’angoisse des gens n’est pas seulement écologique, prévient Bruno Cautres. Elle est aussi économique. » En jeu notamment : l’emploi et l’attractivité de la ville, qui avaient repris des couleurs ces dernières années mais dont l’avenir s’est assombri au passage du nuage Lubrizol.

« Rouen va devoir se trouver un sacré profil, conclut le spécialiste de la vie politique. Être le maire qui incarne la reconstruction après une telle catastrophe est un challenge énorme, qui se joue sûrement à l’échelle de plusieurs mandats. Ce n’est pas donné à tout le monde et la population devra bien faire son choix ! » Rendez-vous en mars 2020.

Municipales 2020 : quels candidats pour Rouen ?

Qui sont les candidats rouennais aux élections municipales ? Voici le point au 16 octobre 2019 :
- Nicolas Mayer-Rossignol : l’élu PS est soutenu par le collectif citoyen Fiers de Rouen mais pas encore officiellement investi par le PS.
- Jean-François Bures est candidat pour Les Républicains.
- Marine Caron est candidate centriste. Elle demandait le soutien de La République en marche mais ne l’a pas obtenu.
- Jean-Louis Louvel, actionnaire majoritaire de Paris-Normandie est candidat. Il a reçu le soutien d’Agir, du Modem et de La République en marche.
- Patrick Chabert : le conseiller municipal UDI comptait présenter une liste mais nous a indiqué, mardi 15 octobre, prôner le « rassemblement derrière Jean-Louis Louvel ».
- Europe Écologie - Les Verts n’a pas encore de candidat déclaré : Jean-Michel Bérégovoy devrait annoncer sa candidature jeudi 17 octobre.
- Le Rassemblement national n’a pas encore de candidat déclaré : l’élu RN Guillaume Pennelle pourrait présenter sa candidature.

Amandine Briand

Rédactrice en chef adjointe, chargée du numérique


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Commentaire de Florestan:

La reconstruction de l'image de Rouen ne sera possible que dans le cadre d'un projet défini à l'échelle régionale de la Normandie. Il faut bâtir dès à présent une solidarité régionale autour de notre métropole normande.

Cela devrait commencer dès à présent, dans l'adversité... Nous formulons donc notre proposition sinon notre demande:

La région Normandie et le département de la Seine-maritime devraient aussi porter plainte aux côtés de la ville et métropole de Rouen et des autres communes victimes directes des pollutions générées par le passage du nuage de Lubrizol.