Billet de Florestan:

Dimanche 27 octobre 2019, les formules 1 des mers, surtoilées partirent en trombe au large de la plage de Sainte- Adresse pour rejoindre Salvador de Bahia au Brésil en moins de trois semaines... Le ciel est laiteux, l'air léger, tempéré par la douceur d'un vent de Suroît encore clément, le plan d'eau parfaitement égal: le spectacle marin était donc total pour les foules amassées sur le perret du Havre, la promenade de la plage de Sainte-Adresse. Mieux: dans les hauteurs de la Hève, entre le "Pain de sucre", amer immaculé et les grandes antennes du phare, tout au bout de la Pointe de Caux...

Le saviez-vous?

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C'est là, il y a plus de deux siècles, dans les années 1800, qu'un certain Bernardin de Saint-Pierre, écrivain aventurier et naturaliste, l'auteur du célèbre roman "Paul et Virginie", la belle et forte histoire de deux enfants rescapés d'un naufrage, romantique avant l'heure, aimait à se rendre pour faire ce que personne avant lui n'avait fait:

Admirer la mer par tous les temps possibles. Le mauvais temps ayant la préférence des âmes romantiques pour observer la tempête par grand vent. Hobby de fou qui aura bientôt du succès dans la bonne société tant sur les côtes anglaises que sur les normandes et qui donnera le ton sinon le la à la société humaine toute entière deux siècles plus tard!

Si l'on en croit Alain Corbin, notre meilleur spécialiste de l'histoire culturelle, le cap de la Hève fut donc, en France, le premier "belvédère" ou "panorama" de l'Histoire pour contempler un paysage marin.

Avant 1800 et Bernardin de Saint-Pierre, cela n'existait pas. La mer inspirait la crainte et le dégoût. Car le paysage marin est une simplification jusqu'à l'absurde du paysage: entre l'abîme du ciel et l'abîme de la mer, la terre et toutes les anecdotes humaines ont disparu sauf lorsque paraît un navire affrontant la tempête au risque du naufrage. Mais, aujourd'hui, une performance technique sportive démesurée faisant voler des bateaux au-dessus de la vague à plus de trente noeuds! a balayé, dans l'oeil du spectateur planté en haut de la falaise, la crainte de la chute dans l'abîme (le naufrage au loin ou le faux-pas de trop au bord du précipice) qui faisait naître, dans le coeur palpitant des âmes romantiques, la sensation du sublime:

La beauté qui fait peur.

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Pavoisement normand réussi!

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