Billet de Florestan:

Cela fait un lustre que je ne lis plus Le Monde, l'organe officiel du "politiquement correct" mais difficile d'ignorer l'article à lire ci-dessous:

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FRAC - Le Monde - 15


 Commentaires de Florestan:

Plusieurs remarques, évidemment, nous viennent à la lecture de cet article d'enquête puisque les préjugés des gens intelligents ne sont pas moindres que ceux qui n'ont pas eu la chance d'avoir reçu l'esprit nécessaire de par leur naissance ou de par leurs études supérieures...

1) Les FRAC, nous dit-on, ont "amassé des trésors" (sic!): la base de l'humour se trouve dans l'ironie. Or Le Monde est un organe de presse qui se prend au sérieux... On peut donc craindre le pire!

2) un Fonds régional d'art contemporain est un "objet politique": Vrai! Puisqu'il s'agit de nier les expressions artistiques et culturelles locales et régionales au profit d'un art officiel international qui refuse de s'assumer comme tel et qui n'a de valeur ou d'intérêt que comme outil d'optimisation fiscale des grandes fortunes qui font la mondialisation. Dans ces lieux d'exposition blancs et vides, aseptisés comme des laboratoires, on refuse le territoire ou ces terroirs qui sentent trop la "France moisie"...

3) Les journalistes cultivés du Monde évoquent un combat "fratricide entre Rouen l'industrielle et Caen l'universitaire": les manards rouennais dans le cambouis de Lubrizol vs les intellos caennais respirant le bon air marin... Michel Onfray, qu'on apprécie par ailleurs, avait invoqué, lui aussi, "le raffinement contre les raffineries" pour justifier une réunification normande difficile sinon impossible à réaliser du fait que "les Normands ne s'aimaient pas". Moi, ce que je n'aime pas ce sont les préjugés! Notamment ceux de ceux qui ont assez de culture et de lettres pour s'épargner la peine d'en avoir! L'affaire du FRAC que nous suivons ici avec précision n'est pas celle d'un nouveau clochemerle entre Caen et Rouen, mais si elle ne trouve pas de solution rapide, elle pourrait le devenir: quoique l'on puisse penser de la façon dont son départ anticipé à la retraite a été financé, Sylvie Froux, l'ancienne directrice du Frac ex Basse-Normandie, a raison d'affirmer que l'on a créé "des guerres de territoires qui n'existaient pas." Enfin, la phrase suivante: "la réunification de la grande Normandie, ironisent certains" n'apporte rien à la compréhension de notre affaire sauf à rappeler que l'expression "grande Normandie" qui, heureusement, est médiatiquement passée de mode, était utilisée par ceux qui ne voulaient pas de la réunification de la... "vraie Normandie".

4) Si ces journalistes parisiens avaient été plus perspicaces, ils auraient enquêté sur la légitimité institutionnelle problématique de Madame Morin-Desailly en ce qui concerne le pilotage des politiques culturelles à l'initiative de la région Normandie: n'insistons pas, nous avons déjà évoqué ici largement ce sujet...

5) Parlons enfin du fond du fonds régional d'art contemporain puisqu'on nous informe de la réunion prochaine du conseil d'administration de ce FRAC de Normandie qui aurait vraiment plus de légitimité à exister qu'un FRAC de je ne sais quel grand machin néo-régional issu de la réforme territoriale de 2015:

  • Il faut un FRAC de Normandie qui soit enfin, un outil de valorisation et de diffusion des artistes et créateurs contemporains Normands, vivant en Normandie, originaires de Normandie ou tous les artistes contemporains inspirés par la Normandie. Le Frac Normandie va-t-il, par exemple, ignorer longtemps la présence sur notre territoire de David Hockney?
  • Il faut un FRAC ouvert à tous les partis pris esthétiques sans préjugés idéologiques: le monopole du bidule conceptuel post-duchampien (même si Marcel Duchamp est un gars de tcheu'nous) doit cesser!
  • Il faut une représentation au conseil d'administration du futur FRAC des trois principales villes normandes, Caen Rouen et Le Havre, lieux où se concentrent l'activité et la création contemporaines en Normandie. Et avoir une politique de diffusion sur l'ensemble du territoire normand en s'appuyant sur le réseau régional des villes qui maille parfaitement tout le territoire normand.
  • On regrettera enfin, que le sujet soit mis sous le boisseau, le temps de laisser passer les élections municipales à Rouen et à Caen: il est vrai que l'on peut se dire qu'il y a bien des sujets plus urgents et plus prioritaires en Normandie que cette histoire de FRAC qui n'intéresse, pour l'instant (compte tenu de ce qui est fait et de ce qui nous est montré) que deux pelés et trois tondus... Ce serait une erreur de continuer une politique culturelle qui est un échec parce qu'elle n'intéresse que ceux qui s'y intéressent pour le seul fait de l'avoir mise en oeuvre.