Quoique l'on puisse en penser, l'usine Lubrizol va redémarrer car la survie de près de 2000 emplois dans le bassin rouennais en dépend. Comme nous l'avions dit lors de la conférence inaugurale de notre séminaire "Normandie" de l'université populaire de Caen consacrée à la "question rouennaise", la catastrophe Lubrizol a servi de révélateur d'une crise plus profonde:

EFX8s2FXkAARYzg

1) Rouen n'a toujours pas toutes les qualités requises pour être une vraie métropole régionale car nous payons aujourd'hui le passif de 60 années de division normande et le choix funeste de l'Etat central parisien de privilégier le développement urbain et industriel de la région parisienne sur l'axe Paris- Le Havre plutôt que de faire le pari de laisser prospérer une métropole régionale d'équilibre pour le Nord-Ouest sur la base territoriale d'une seule région normande...

2) L'autre vérité révélée rouennaise à cette occasion c'est que Rouen est la dernière grande ville industrielle et portuaire de France, avec des activités vivantes bien présentes sur le territoire urbain, à quelques encâblures des clochers de la cathédrale: depuis 1750, il y a des industries à Rouen, notamment sur la rive gauche. Le réel industriel, portuaire et maritime est toujours là, toujours vivant après trois siècles d'évolution, de ruptures, de crises, de rebonds, de transformation et d'innovation.

Pour nous, cette réalité, cette identité, cette originalité rouennaise qui ne cadre pas avec l'image médiatique dominante de métropoles transformées en parc d'attractions pour les bobos et les touristes, est un atout précieux pour l'avenir:

Rouen est encore une ville où l'on vit là où on travaille et, rappelons-le, la métropole normande est en tête des classements nationaux pour ce qui est du rapport entre coût de la vie, le niveau des salaires et le nombre des emplois disponibles.

L'usine Lubrizol va donc redémarrer et cette décision fait l'objet d'un débat public local et régional intense à l'occasion des prochaines élections municipales.

L'Etoile de Normandie vous propose donc le dossier suivant à lire...

1) Réouverture de Lubrizol, la position de certains élus de l'agglomération rouennaise, à commencer par le président de la métropole, le maire de Rouen Yvon Robert fait débat:

yvon-robert-maire-rouen-854x569

Le président de la Métropole de Rouen défavorable au redémarrage partiel de l’usine Lubrizol

S’il n’est pas membre de droit du Coderst de la Seine-Maritime, Yvon Robert, le maire de Rouen et président de la Métropole Rouen Normandie, a fait connaître, mardi 10 décembre 2019, en milieu d’après-midi, la position de la collectivité locale qu’il pilote au sujet de la demande de redémarrage partiel déposée par l’usine chimique Lubrizol.

 

Publié par Paris-Normandie

PUBLIÉ LE 10/12/2019 À 16:23

https://www.paris-normandie.fr/actualites/societe/le-president-de-la-metropole-de-rouen-defavorable-au-redemarrage-partiel-de-l-usine-lubrizol-CB16061542 

S’il n’est pas membre de droit du Coderst de la Seine-Maritime, Yvon Robert, le maire de Rouen et président de la Métropole Rouen Normandie, a fait connaître, mardi 10 décembre 2019, en milieu d’après-midi, la position de la collectivité locale qu’il pilote au sujet de la demande de redémarrage partiel déposée par l’usine chimique Lubrizol.

Alors que le Coderst de la Seine-Maritime est réuni depuis 14 heures mardi 10 décembre 2019 en préfecture de la Seine-Maritime à Rouen dans le but d’examiner la demande de redémarrage partiel de son activité industrielle déposée par l’entreprise Lubrizol de Rouen, Yvon Robert a communiqué la position qu’adoptera la Métropole Rouen Normandie lors du vote, consultatif qui se transmis au préfet Pierre-André Durand« Le représentant de la métropole votera non à la réouverture de l’usine lors de cette séance », écrit le maire PS de Rouen et président de la Métropole Rouen Normandie dans les ultimes lignes d’un long communiqué adressé aux alentours de 16 heures aux médias. Il conclut son message en ouvrant la porte à une reprise de l‘activité de l’entreprise chimique battant pavillon américain : « Mais nous souhaitons que le travail se poursuive activement pour que les conditions d’une ouverture soient réunies. »

S’il rappelle que « l’activité industrielle est un élément moteur fondamental de l’ensemble du développement économique de la métropole rouennaise », Yvon Robert soutient que « nous ne pouvons pas ignorer l’inquiétude qui subsiste chez une grande partie de nos concitoyens. Ils ont perdu confiance et cette perte de confiance est particulièrement grave car elle s’adresse à toutes les autorités tant institutionnelles qu’économiques.Pour le bon fonctionnement de notre société, il est impératif de retrouver cette confiance le plus largement possible. »

« Il faut reconnaître formellement que les stockages étaient trop importants »

Avant de se rendre en préfecture, Yvon Robert s’est penché sur le rapport de la Dreal Normandie. Les services de l’Etat chargés d’étudier le dossier Lubrizol ont rendu un avis favorable à un redémarrage partial. « Je comprends la demande de réouverture de l’entreprise Lubrizol. Nul ne peut nier les nécessités de la vie d’une entreprise et nul ne peut nier l’importance pour l’emploi. Même si nous souhaitons une mutation de notre industrie, nous connaissons tous l’utilité sociale et économique actuelles des produits fabriqués par cette entreprise majeure du territoire rouennais. Mais je suis aussi absolument convaincu que cette réouverture ne peut se faire qu’en respectant certaines conditions. Le rapport de la DREAL constitue une introduction à un projet d’arrêté d’ouverture de Lubrizol. Or, il y a eu récemment deux arrêtés pris par les représentants de l’Etat, l’un le 24 juillet, l’autre le 8 novembre. L’un et l’autre notifiaient des prescriptions à l’entreprise. Avant tout autre arrêté, il est indispensable d’indiquer ce qu’il en est exactement des prescriptions précédentes, à la date de rédaction du rapport. C’est la première condition indispensable d’un rétablissement de la confiance.»

Yvon Robert estime que le rapport de la Dreal ne permet pas d’abonder dans le sens d’un redémarrage, même partiel : « Le nouvel arrêté propose de nouvelles prescriptions, nombreuses, et signale que Lubrizol s’engage à mettre en œuvre ces prescriptions. Mais il n’y a aucune date de mise en œuvre. Des dates précises constituent une condition tout aussi indispensable. Et dans le contexte d’aujourd’hui, il ne me semble pas possible qu’un démarrage effectif soit autorisé par le Préfet sans que soit défini précisément le processus de vérification que les engagements pris ont été tenus. Je crois aussi qu’il faut que les spécialistes privés et publics de la sécurité industrielle, domaine dont nous savons combien il est complexe partout en France et dans le monde, reconnaissent qu’un risque d’incendie, indépendant du processus de production, a été sous-estimé. Il faut reconnaître formellement que les stockages étaient trop importants. L’entreprise le reconnait de fait en proposant de réduire le stockage au strict minimum, tant en produits de fabrication, qu’en produits fabriqués. C’est un point qui devra faire l’objet d’un suivi particulièrement vigilant. Il convient aussi de vérifier que les moyens de lutte contre les incendies de ce type sont parfaitement adaptés.»

 

L’origine de l‘incendie toujours inconnue

Le président de la Métropole Rouen Normandie ajoute qu’il serait précipité d’autoriser Lubrizol à relancer sa production industrielle alors que l’origine de l’incendie est toujours un mystère. « A la date d’aujourd’hui, l’enquête judiciaire n’a donné aucune information sur l’origine de l’incendie. C’est un élément angoissant pour les habitants du territoire. Une intrusion n’a été exclue ni par l’entreprise, ni par le directeur de la DREAL. L’entreprise évoque la réalisation d’un audit de sécurité. Cet audit doit être réalisé sans délai et ses conclusions doivent être rendues publiques. Les préconisations devront être mises en œuvre immédiatement. C’est aussi un élément indispensable du retour de la confiance.»

Yvon Robert ne fait pas de Lubrizol un cas particulier dans la Vallée de la Seine en général et à Rouen en particulier. « Il faut que les entreprises Seveso comme les autorités publiques considèrent les habitants comme des adultes responsables. Une seule méthode pour cela, c’est l’organisation de journées portes ouvertes qui permettent de présenter les processus industriels dont on sait depuis toujours qu’ils comportent des risques, et d’expliquer les mesures anciennes et nouvelles mises en œuvre pour que ces risques ne se transforment pas en catastrophes. L’entreprise a organisé ces dernières semaines quelques rencontres de cette nature. Je pense qu’il est nécessaire qu’elles soient plus nombreuses et plus ouvertes. C’est un enjeu de transparence et

de démocratie.»

En se prononçant contre le redémarrage partiel de Lubrizol, Yvon Robert rejoint la position des élus PS de l‘agglomération rouennaise qui, samedi 7 décembre, ont adopté la même position.

 


 2) Ce qui reste de la "Fabiusie" locale s'oppose à la réouverture partielle du site, une position idéologiquement problématique qui pose la question de savoir si le parti socialiste peut encore rester politiquement audible dans une agglomération où résident encore de nombreux salariés de l'industrie.  

original

Lubrizol : des élus de Seine-Maritime se prononcent contre la réouverture partielle du site

Dans un communiqué, 11 élus de Seine-Maritime demandent plus de transparence et des garanties de sécurité auprès de l'État, avant que ce dernier n'autorise la réouverture partielle du site de Lubrizol à Rouen.

 

Publié par Paris-Normandie

PUBLIÉ LE 07/12/2019 À 15:14

 https://www.paris-normandie.fr/actualites/societe/lubrizol-des-elus-de-seine-maritime-se-prononcent-contre-la-reouverture-partielle-du-site-MD16049335

Alors que le préfet a annoncé, mercredi 4 décembre, la décision de la Dreal (Direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement), d'émettre un avis favorable à la relance partielle de l’activité sur le site de l’usine Lubrizol, onze élus* de Seine-Maritime ont réagi à cette décision dans un communiqué.

Plusieurs interrogations

« Depuis l'accident du 26 septembre, nous avons toujours affirmé notre attachement à l'activité économique et industrielle dans la vallée de Seine. Élus locaux nous savons les enjeux sociaux, les milliers d'emplois concernés. Nous savons et saluons le travail, l'engagement des salariés de Lubrizol et de leurs représentants. Nous savons les efforts mis en œuvre par l'entreprise pour répondre aux exigences de sécurité demandées par l’État.

Alors, que décider ? Faire l'autruche en fermant ou en repoussant les usines, de même que reprendre l'activité comme s'il ne s'était rien passé sont les deux facettes d'une même démagogie que nous rejetons. On attend des élus qu'ils prennent des positions et agissent de façon responsable », écrivent-ils en introduction.

Selon eux,le dossier soumis au Coderst (Conseil Départemental de l'Environnement et des Risques Sanitaires et Technologiques) comporte plusieurs interrogations :

plusieurs mesures de sécurité qui n'ont pas encore été mises en oeuvre ainsi la question du stockage des fûts qui seront entreposés ailleurs : « Mais où ? Dans quelles conditions de sécurité (incendie, intrusion...) ? Dans quelles conditions de transports ? Déplacer le risque sans apporter les preuves de sa maîtrise ne saurait être une solution ».

Ils mettent également en avant la question de l'origine de l'incendie : « De l'aveu même de la DREAL, l’origine à ce jour inconnue de l'incendie ne permet pas d'écarter l'hypothèse d'une intrusion d'une personne potentiellement malveillante. Concernant ce risque d'intrusion, l'exploitant indique seulement qu'il va mener « un audit de sûreté par un cabinet extérieur avant le redémarrage des installations », afin " d'évaluer la pertinence et l'adéquation des dispositifs en place et de proposer des actions d’amélioration ". Pourquoi, dès lors, l'État n'attend-t-il pas le résultat de cet audit et la réalisation des actions d’amélioration potentiellement requises avant de statuer sur la réouverture ? »


3) Nos amis du réseau citoyen du cercle normand de l'opinion ont fait paraître le dernier communiqué, à lire ci-après: nous partageons avec eux leur préoccupation quant à l'avenir de l'industrie à Rouen car il n'y a aucune vision stratégique d'ensemble du territoire rouennais à moyen terme. Ne s'expriment, dans le débat politique local, que les lapalissades idéologiques habituelles...

 

 

« LUBRIZOL : STOP OU ENCORE » - LA NORMANDIE A LA CROISEE DES CHEMINS

 

                Le mardi 10 décembre, Paris-Normandie titrait : « Lubrizol, stop ou encore ». Aujourd’hui, on apprend que le Comité départemental de l’Environnement et des risques sanitaires et technologiques autorise une relance partielle de l’usine de Rouen. C’est une bonne nouvelle. Cela implique que l’on a pris la mesure des risques et qu’on ne veut pas insulter l’avenir industriel de la Normandie.

                Car, affirmons-le avec véhémence, la dimension industrielle de la Normandie est, avec l’activité portuaire et maritime, puis la vocation agricole et d’élevage, enfin la production énergétique, l’un des quatre piliers des potentialités économiques et sociales de la Normandie. Songeons aux milliers d’emplois, souvent hautement qualifiés, des filières industrielles. La Normandie, en France, reste l’un des pôles d’équilibre entre les secteurs primaire (agriculture – pêche) et secondaire (industriel et logistique).

                Evidemment les activités industrielles comportent des risques environnementaux. La vallée de la Seine, notamment, regroupe des unités de production de type Seveso – seuil haut. La catastrophe Lubrizol a montré, non pas que le risque zéro n’existait pas (c’est un leurre), mais que la gestion des risques devait rester la préoccupation première des opérateurs et des autorités qui, en l’occurrence, n’ont pas été exemptes de défaillances. Il ne s’agit pas d’exonérer Lubrizol et Normandie Logistique de leurs responsabilités (et des indemnisations afférentes), mais il ne faut pas non plus renoncer à dénoncer l’impéritie de la Préfecture qui a autorisé le stockage dangereux de produits nocifs et qui a géré, en matière de communication, l’accident en dépit du bon sens. Les commissions parlementaires – nécessaires – feront la lumière là-dessus.

                 L’inconséquence des milieux de l’écologie fanatique et de la décroissance à tout va qui voudraient bannir toutes les activités industrielles Seveso s’étale avec suffisance. Dans la panique des suites de l’affaire Lubrizol, on en est venu à refuser une installation de stockage de pesticides à Vieux-Manoir alors qu’il eût suffi d’être plus exigeant sur les systèmes de protection… Signal très négatif d’une tendance à mettre en cause toute la filière chimique… Selon la théorie des dominos, soyons persuadés que si Lubrizol avait été contraint de partir, c’est toute une série d’établissements qui, petit à petit, s’esbigneraient du territoire. Les salariés – cadres et ouvriers spécialisés – apprécieraient-ils cette frénésie de délocalisations voulues – sans l’avouer – par les Khmers Verts ?

                Il est vrai que E.-E.-L.-V. espère surfer aux municipales sur cette déconstruction de l’appareil industriel normand… Quant aux Socialistes (il faut se placer dans la perspective des municipales), ils pratiquent la danse du ventre pour se faire accepter dans la dynamique verte. D’après eux, il faudrait attendre… Attendre quoi ? Le calendrier économique n’est pas le calendrier politique : cela, les Socialistes ont tendance à l’oublier dans leur délire idéologique. Et puis, il y a un précédent fâcheux pour eux : Pétroplus. La raffinerie de Petit-Couronne devait inéluctablement fermer. Ni Le Vern, ni Mayer-Rossignol, présidents de l’ex haute-Normandie, n’ont anticipé, notamment dans un plan de formation et de reconversion des salariés de Petroplus. Sont-ils prêts aujourd’hui à regarder en face les menaces qui pèsent sur le devenir industriel de la Basse-Seine ? Par charité (chrétienne?), nous n’évoquerons pas le néant de la Droite sur ces questions.

                La Normandie demande autre chose que, seule, la Région est en mesure de mettre en œuvre : un plan de réindustrialisation de la Normandie avec une expertise confirmée et reconnue des risques qui pourrait en faire un modèle pour la France et l’Europe. Au Conseil régional d’oser s’affirmer face aux Pouvoirs publics qui ont trop longtemps délaissé la Normandie.

                                                                                              CNO       Rouen, le 11 décembre 2019

 


 4) On vous donne à lire un texte important pour prendre de la hauteur et que toute la pléthore de candidats qui se présente aux suffrages des électeurs de la métropole de Rouen devrait lire et méditer. Rouen est une métropole fragile...

Pourquoi?

Arnaud_Brennetot

Arnaud BRENNETOT

Rouen après l'incendie du 26 septembre 2019: quelle résilience pour une métropole fragile?

 

brennetot1

brennetot2

brennetot3

brennetot4

brennetot5

brennetot6

brennetot7

brennetot8

brennetot9

brennetot10

brennetot11

brennetot12

brennetot13

brennetot14


 

5) La dernière édition de l'hebdomadaire "Marianne" (n°1187 daté du 13 décembre 2019) propose un décryptage du sac-de-noeuds municipal rouennais: les écologistes ont-ils vraiment un boulevard post-Lubrizol à Rouen?

rouenmarianne1

rouenmarianne2

rouenmarianne3