Billet de Florestan:

Sur ce sujet, on évitera de lire les Bretons de Ouest-France qui crient avant même d'avoir mal... Evitons de jeter de l'huile sur le feu et gardons notre sang froid car les choses sérieuses concernant le Brexit commencent maintenant et nous avons un an pour négocier tous les accords bilatéraux possibles pour organiser la relation de voisinage avec le Royaume-uni qui ne sort évidemment pas de la géo-histoire séculaire de l'Europe. Comme Churchill, nous préférons voir ici les opportunités plutôt que les difficultés.

La Normandie, de par sa géographie favorable et de par son histoire, partage d'évidents liens de cousinage avec le Royaume-uni et les îles anglo-normandes forment, en tant que telles, un pont lancé entre les deux rives de la Manche.

Le retour à des relations bilatérales inter-étatiques directes va en réveiller plus d'un tant à Paris à Londres ou à Bruxelles: c'est comme en revenir au pilotage d'une voiture de course plus ancienne avec boîte de vitesse manuelle après avoir tant somnolé en conduisant une berline confortable équipée d'une boîte automatique. Le retour à une souveraineté intégrale du côté britannique nous oblige, de ce côté-ci de la Manche, à la responsabilité mais aussi à l'action politique pour se saisir de toutes les opportunités de nouveau ouvertes à l'occasion du Brexit.

C'est ainsi que la Normandie peut profiter de sa position de région "between" entre le Royaume-uni et la France pour devenir une utile tête-de-pont sur le continent pour les questions commerciales, logistiques, maritimes mais aussi culturelles.

Venons-en maintenant au premier dossier concret urgent: la pêche.

Des journalistes qui ne connaissent pas le sujet s'affolent (Ouest-France) en découvrant que les autorités des Etats et bailliage de Guernesey ont fermé l'accès à leurs eaux territoriales aux navires de pêche étrangers, en criant à l'exclusion des pêcheurs bretons tout en omettant de dire qu'ils y sont juridiquement contraints de par la fin de la convention maritime entre Londres et Bruxelles qui organisait la gestion halieutique des eaux territoriales placées dans la dépendance de Guernesey mais aussi d'Aurigny (jusqu'aux Casquets): c'est donc une conséquence automatique du Brexit.

Mais les autorités de Guernesey ont fait savoir qu'elles vont délivrer des permis de pêche pour chaque navire moyennant l'instruction d'un dossier qui devra être déposé auprès des autorités de l'île dans le courant de cette année: cette mesure n'exclut pas les pêcheurs français (Normands et Bretons) par principe mais elle est légitime si l'on a comme seul objectif la préservation de la ressource naturelle et la défense d'une vision artisanale d'une pêche respectueuse de l'environnement qui est le point commun entre tous les pêcheurs du golfe "normanno-breton". Les navires usines hollandais, belges ou les pêcheurs venant de plus loin (Anglais et Irlandais) passeront après, par principe.

Ce dispositif permettra de gérer l'urgence post-Brexit dans le courant de l'année 2020. Mais il faudrait aller plus loin, c'est-à-dire d'intégrer Guernesey et Aurigny dans les accords de la baie de Granville de 2000 qui permettent la cohabitation relativement pacifique voire la coopération (cf. la promotion du homard bleu) entre pêcheurs bretons, normands et jersiais.

Pour tout savoir sur les accords de la baie de Granville:

https://www.persee.fr/doc/afdi_0066-3085_2000_num_46_1_3630

Cet objectif a été évoqué, le 4 octobre dernier à Cherbourg, lors du sommet normand entre la région Normandie, le département de la Manche et les Etats de Jersey, Guernesey, Aurigny et la seigneurie de Sercq: tous les problèmes furent mis sur la table et une relation de confiance a été nouée entre les îles anglo-normandes diplomatiquement isolées dans la querelle du Brexit entre le Royaume-uni et l'union européenne et la région Normandie qui s'est proposée d'être un interlocuteur utile aux intérêts des îles anglo-normandes tant à Paris qu'à Bruxelles.

La négociation devrait donc avoir lieu prochainement dans le courant de l'année 2020 avec l'objectif d'étendre jusqu'aux Casquets le périmètre maritime couvert par les accords de la baie de Granville de 2000 qui lient déjà l'île de Jersey aux collectivités territoriales françaises.

Donc il est inutile de ressortir le folklore datant de la Guerre de Sept ans (1756 - 1763) sur ce sujet!

f926625937_133528_bataille-des-cardinaux-en-1759-peinte-par-richard-paton


 Compte tenu de ce que nous venons de dire, la réaction du président du conseil départemental de la Manche est la bonne:

https://www.ouest-france.fr/normandie/saint-lo-50000/normandie-peche-guernesey-la-reaction-du-president-du-conseil-departemental-de-la-manche-6717286

Normandie. Pêche à Guernesey : la réaction du président du conseil départemental de la Manche

Conséquence du Brexit, la pêche dans les eaux de l’île anglo-normande est modifiée. Pour Marc Lefèvre, cette décision ne devrait être que transitoire.

« Cette décision est sans doute brutale et aurait pu être préparée un peu plus en amont. Nous avons échangé avec Guernesey sur le sujet il n’y a pas longtemps à Cherbourg, et je comprends que l’île ne veuille pas se faire piller par des pêcheurs qui pourraient venir du nord de la France, de Belgique ou des Pays-Bas. Mais les îles anglo-normandes, comme Jersey avec Granville, ont tout intérêt à travailler avec nous et peut-être même plus qu’avant. C’est pourquoi je ne panique pas et je ne veux pas mettre d’huile sur le feu. Je pense que prochainement, Guernesey accordera à nouveau une licence aux pêcheurs normands et bretons qui y venaient déjà. Une cinquantaine de bateaux, peut-être un peu moins. Ça irait dans le sens des choses que nous avons signées ensemble. Mais cette interdiction doit être la plus courte possible et les licences délivrées au plus vite. Il y a de la bonne volonté. Ça peut être l’affaire de quelques jours. »


 https://actu.fr/normandie/cherbourg-en-cotentin_50129/peche-brexit-demandes-permis-individuels-guernesey-possibles-dans-prochains-jours_31179041.html

Pêche et Brexit : des demandes de permis individuels pour Guernesey possibles dans les prochains jours

Le gouvernement de Guernesey a décidé de fermer les zones de pêche aux Normands et aux Bretons. La situation devrait vite se décanter.

C’est le premier effet collatéral du Brexit.  Le gouvernement de Guernesey a décidé de fermer les zones de pêche, remettant en cause, sans doute temporairement, l’autorisation de pêche dans la bande des 6-12 milles au sud de l’Angleterre. Elle concerne une quarantaine de bateaux normands et une centaine de bateaux bretons.

Dans un communiqué, le ministère de l’Agriculture explique pourquoi :

Pour le cas particulier des eaux de Guernesey, les accès des pêcheurs français aux 6-12 milles sont fondés sur la Convention de Londres, qui expire aussi le 31 janvier à minuit, à la suite de la dénonciation du Royaume-Uni. »

Lire aussi : Brexit : Guernesey ferme ses zones de pêche aux pêcheurs de Normandie et de Bretagne

« Une législation dans des temps records »

Si à la suite d’échanges avec Guernesey, « l’accès aux eaux sera maintenu jusqu’à la fin de l’année », comme pour les eaux britanniques, le temps de trouver un compromis entre l’UE et le Royaume-Uni sur la pêche, « sur un plan administratif, en raison de l’expiration de la Convention de Londres, les modalités de cet accès doivent être renouvelées », indique le ministère.

Philippe Gosselin, député LR de la Manche et président du groupe d’études sur les îles anglo-normandes à l’Assemblée nationale, est confiant :

Guernesey a mis en place une législation dans des temps records qui autorise les pêcheurs français à y aller pêcher au moins jusqu’à la fin de la période de transition. Elle est applicable à partir de 0h ce samedi et les demandes de permis individuels pourront se faire d’ici quelques jours. Il y aura peut-être une période extrêmement courte de creux, mais ça se compte en seulement quelques jours. Guernesey a vraiment, me semble-t-il , agi le plus rapidement possible et la mise en place de la législation pour permettre aux normands de continuer à pêcher dans la zone a été votée dans des temps vraiment records. »

Lire aussi : Brexit : dans la Manche, certains ressortissants britanniques s’inquiètent

Demandes individuelles la semaine prochaine

 Les autorités de Guernesey ont décidé de l’instauration d’un régime d’autorisation individuelle. La procédure pour solliciter ces autorisations doit être mise en place la semaine prochaine. Les autorités se sont engagées à rendre « le plus court possible le délai de délivrance de ces autorisations », affirme le ministère.

Des deux côtés de la Manche, on affirme que les autorités françaises ou anglo-normandes se parlent sans aucune difficulté.


 Confirmation qu'il faut garder son sang-froid: les explications de Philippe Gosselin et l'explication de la position d'urgence prise par les autorités de Guernesey:

https://www.ouest-france.fr/normandie/saint-lo-50000/manche-peche-guernesey-une-question-de-jours-selon-le-depute-philippe-gosselin-6718063

Manche. Pêche à Guernesey : « Une question de jours », selon le député Philippe Gosselin

Président du groupe d’études sur les îles anglo-normandes à l’Assemblée, le député manchois se veut rassurant sur la pêche dans la zone des îles anglo-normandes.

« Une décision peut être mal expliquée d’un côté et mal comprise de l’autre. » C’est ainsi, au lendemain du Brexit, que le député Philippe Gosselin qualifie les nouvelles règles de pêche dans la zone des 12 milles autour de Guernesey.

Président du groupe d’études sur les îles anglo-normandes à l’Assemblée nationale, Philippe Gosselin rappelle que, comme à Jersey, « la pêche autour de Guernesey est un sujet à part entière, tout à fait différent de la pêche ailleurs en Manche ».

Mais il se veut rassurant sur les relations entre les autorités françaises et anglo-normandes : « Le gouvernement de Guernesey a mis en place une législation dans des temps records. Cette semaine, les demandes de permis pourront se faire. Il y aura sans doute une petite période de creux mais cela ne devrait pas excéder quelques jours. »

Nouvelle négociation pour 2021

Philippe Gosselin a informé le ministère et la préfecture de la situation. « Tout le monde est à l’unisson et j’en ai fait part aux pêcheurs. » En attendant que tout rentre dans l’ordre, le député appelle à l’apaisement : « Il faut éviter toute provocation d’un côté et de l’autre. Guernesey va vraiment au plus vite pour permettre aux Normands de continuer à pêcher. »

« Une décision peut-être mal expliquée d’un côté et mal comprise de l’autre. » C’est ainsi, au lendemain du Brexit, que le député Philippe Gosselin qualifie les nouvelles règles de pêche dans la zone des 12 milles autour de Guernesey.

Président du groupe d’études sur les îles anglo-normandes à l’Assemblée nationale, Philippe Gosselin rappelle que, comme à Jersey, « la pêche autour de Guernesey est un sujet à part entière, tout à fait différent de la pêche ailleurs en Manche ».

Mais il se veut rassurant sur les relations entre les autorités françaises et anglo-normandes : « Le gouvernement de Guernesey a mis en place une législation dans des temps records. Cette semaine, les demandes de permis pourront se faire. Il y aura sans doute une petite période de creux mais cela ne devrait pas excéder quelques jours. »

De son côté, les gouvernements de Guernesey, Aurigny et Sercq veulent conforter la stabilité des relations de pêche avec l’Union européenne pour l’année 2020. Dans un communiqué, les responsables anglo-normands indiquent que « ces mesures assurent la continuité d’accès aux bateaux français qui venaient déjà et ce, jusqu’à la fin 2020. Elles garantiront l’absence de toute nouvelle tentative de pêche et n’ouvriront pas de nouveaux droits. Il nous appartiendra ensuite de négocier un futur arrangement de gestion de la pêche conformément aux besoins du bailliage de Guernesey pour une application en 2021 ».