Une bien triste étude confirme une fois de plus ce que nous avons déjà constaté ici sur l'Etoile de Normandie, sous nos rubriques "Normanditude" ou "dernières nouvelles du Ploukistan normand": on se suicide beaucoup en Normandie, bien au dessus de la moyenne nationale. Et tout particulièrement dans le département de la Manche...

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 http://www.normandie-actu.fr/suicide-la-normandie-une-des-regions-de-france-les-plus-touchees_230428/

Suicides. La Normandie, une des régions de France les plus touchées

Samedi 10 septembre 2016, c'est la journée mondiale de la prévention du suicide. La Normandie se situe « en troisième position des régions les plus touchées ».

Mise à jour : 10/09/2016 à 16:04 par Raphaël Tual

C’est une priorité pour les autorités sanitaires en Normandie ! La lutte contre le suicide. La journée mondiale de la prévention du suicide, samedi 10 septembre 2016, est l’occasion pour l’Agence régionale de santé (ARS), basée à Caen (Calvados), de rappeler que la Normandie se situe « en troisième position des régions les plus touchées après la Bretagne et les Hauts-de-France ». Le taux de mortalité est de 19,3 décès par suicide pour 100 000 habitants, ce qui est plus que la moyenne nationale qui était de 15,3 suicides pour 100 000 habitants, en 2012.

Moins de suicides en Seine-Maritime et dans l’Eure

Il y a de fortes disparités en Normandie suivant les départements. C’est dans l’ex Basse-Normandie qu’ils sont plus nombreux.
Le département de la Manche est le plus touché, avec un taux de 27,7/100 000 habitants. Puis l’Orne : 26,4 suicides. Le taux de suicide dans le Calvados est de 20,5/100 000. Les départements de l’Eure (16,8/100 000 habitants) et de la Seine-Maritime (14,8/100 000 habitants) présentent des taux moins importants.

Une ligne téléphonique dédiée

Pour lutter contre le phénomène, l’ARS a mis au point un dispositif expérimental de soin appelé « Vigilance S ». Il a été développé dans la Manche à la fin de l’année 2015 et doit s’étendre au Calvados et l’Orne, avant d’être expérimenté en Seine-Maritime et dans l’Eure, « à partir du deuxième semestre 2016 ».
L’objectif du dispositif est de repérer les personnes prêtes à passer à l’acte, de les suivre. En parallèle, « une ligne téléphonique dédiée est ouverte aux professionnels de santé impliqués dans le parcours de soins de ces personnes », précise l’ARS.


 Mais ce que le journaliste de Normandie Actu ne met pas en relation c'est que le département de la Manche est, à la fois, le département normand où l'on se suicide le plus et aussi le premier département français pour la production laitière...

C'est pourquoi, nous vous proposons de lire l'analyse suivante totalement EDIFIANTE proposée par le journaliste Eric CONAN  (Marianne, n° 1014 9/15 sept.-16)

LACTALIS : LE MONSTRE ET LES HYPOCRITES

Le bref épisode de la crise du lait rebaptisée « scandale Lactalis » offre un bon exemple du non traitement des problèmes français par des politiques masquant leur impuissance derrière l’indignation et la subvention.

Relatée comme un fait divers crapuleux, elle fut décrétée « finie » parce que l’horrible groupe Lactalis, qui imposait à des éleveurs de travailler à perte, avait « cédé ». Or la crise n’est pas finie et Lactalis n’en est que l’antipathique symptôme. Sa peu communicante direction a trouvé le bon mot en se plaignant d’être un « bouc émissaire ». En oubliant qu’un bouc émissaire n’est pas forcément innocent. Lactalis est bien un monstre. Mais il faudrait comprendre d’où il vient et qui l’a enfanté…

Comme nombre de ses confrères, Le Monde nous a raconté qu’en imposant à ses fournisseurs « une relation moyenâgeuse entre un seigneur et ses serfs » Lactalis serait une survivance du passé, une anomalie historique à éradiquer. C’est au contraire un « champion de l’économie », comme dirait Jacques Attali, à la pointe du progrès financier. Premier groupe laitier mondial, 17 milliards de chiffre d’affaires réalisé à 75% hors de France, résultat net de 10,5%. Son propriétaire est la 13ème fortune de France non parce qu’il mène des « serfs » à la trique, mais parce ce qu’il joue des « coûts comparatifs mondiaux ».

Depuis qu’il achète où c’est moins cher, la France importe du lait. Mais les Français ne le savent pas parce qu’il est aussi à la tête du lobby contre l’étiquetage de l’origine française des produits laitiers. Ce serait du « nationalisme », précise Lactalis, qui parle comme Alain Minc. C’est Stéphane Lefoll qui semblait archaïque en invoquant les valeurs d’honneur et de patriotisme pour faire appel à la responsabilité du premier groupe laitier de France. Le ministre de l’Agriculture avouait en même temps qu’il n’avait jamais rencontré son patron…

Parce qu’Emmanuel Besnier n’a rien à faire d’un ministre et que la France n’est pour lui qu’une zone de production à qui son « directeur de la communication » explique qu’il lui faut rattraper la « compétitivité » des usines à lait allemandes ou danoises.

Lactalis est le meilleur élève de cette « modernisation » de l’agriculture qu’ont voulue Bruxelles, la FNSEA et la plupart des gouvernements.

Tous ceux qui expliquaient aux paysans qu’il fallait produire toujours plus en réduisant les prix pour gagner plus en exportant. Grossir, se mécaniser, emprunter : le marché mondial les attendait. Il les tue.

Et enrichit les lobbies de l’agroalimentaire et de la grande distribution qui vendent partout mais achètent où ils veulent. Il n’a pas fallu longtemps à l’Allemagne pour produire 20% de lait en plus (et moins cher) que le « grenier agricole » français en exploitant un prolétariat roumain et bulgare sous-payé dans ses ex-kolkhoses de l’Est reconvertis en usines à vaches.

Ce désastre résulte de la destruction d’une des rares réussites européennes, sa politique agricole commune (PAC). Le traité de Rome lui assignait l’objectif d’ « assurer un niveau de vie équitable à la population agricole ». Ce qu’elle fit longtemps par un mélange de préférence communautaire et d’interventionnisme intelligent. Mais alors que De Gaulle s’y était toujours opposé, l’intégration de l’agriculture dans les discussions du GATT par François Mitterrand lors du tournant néo-libéral de 1984 aboutit à la réforme de la PAC en 1992 : le soutien au prix remplacé par une soumission au marché ouvert avec subventions aux exploitations. Cette déconnexion entre les prix et le revenu avilissait les paysans en assistés, mais fut une aubaine pour l’industrie agroalimentaire pouvant asphyxier par les prix bas des fournisseurs maintenus en survie par l’argent public.

Le coup de grâce fut la fin des quotas laitiers, derrière régulation assurant un revenu (très) minimum aux éleveurs.

Décidée en 1999 sous la droite, appliquée en 2015 sous la gauche, elle a débouché sur un système de contractualisation (le « bassin laitier » conçu par le moderne Bruno Le Maire) entre fournisseurs et firmes agroalimentaires garantissant les quantités achetées mais pas les prix, désormais fixés par un marché chargé d’éliminer (par regroupement, faillite ou… suicide) les inaptes au moins-disant.

Ayant ainsi programmé leur impuissance, les politiques n’ont plus que deux registres : dans l’opposition celui de l’indignation : « Notre agriculture meurt ! » (Bruno Le Maire) ; « Vous vous rendez compte, la France importe du lait ! » (Jean-Pierre Raffarin). Et au pouvoir celui de la distribution de « plans de soutien » et de « mesures d’allégements ». Du bricolage comptable pour gagner du temps en transférant sur les contribuables les charges des éleveurs aux abois. Sans rien régler.

La France est donc à un tournant décisif : maintenir et valoriser son patrimoine de fermes laitières en pâturages ou échouer dans la course à l’horreur industrielle à coups de fermes à mille vaches toujours plus rentables ailleurs. Le solde positif de la balance commerciale agricole nationale est principalement dû à des produits de qualité achetés pour leur réputation. Une exception agricole aussi méritoire que l’exception culturelle.

Mais les futurs candidats à la présidentielle ne proposent rien pour sauver cette économie enracinée dans une géographie culturelle et non délocalisable.

Parce qu’il leur faudrait d’abord faire leur autocritique. Et ensuite, oser, comme Arnaud Montebourg ou José Bové, des mots comme : « autosuffisance nationale » ou « préférence européenne ». Un terrain idéologiquement miné depuis le procès en pétainisme fait à Yves Cochet pour avoir dit que « la France peut nourrir la France ». Il leur est moins risqué d’aller déverser des larmes au Salon de l’Agriculture. Ou de dénoncer Lactalis. Leur créature.