Jules Michelet et Fernand Braudel pourraient se réveiller et sortir bien en colère de leur repos éternel face au désolant dégât politique, symbolique et identitaire que provoque la réforme territoriale en cours en France, réforme menée en catimini pour des raisons essentiellement comptables et rationnelles, avec à la manoeuvre, ce rationalisme typiquement français, sec et abstrait, qui avait déjà tenté de découper en 1789 la France en quatre-vingts carrés de quatre-vingts lieues de côté.

La République Française en sa 5ème version est toujours centralisée sur la région parisienne, toujours organisée de façon verticale sur un mode aristocratique voire oligarchique avec une démocratie représentative interminente: un ou deux votes tous les 5 ou 6 ans avec un choix citoyen encadré par une élite politico-médiatique parisienne qui, elle-même, ne saurait sortir du "cercle de la raison" tracé par une caste quasi inamovible de hauts fonctionnaires, d'ingénieurs et de financiers.

Depuis 2014 et la menace d'une sanction de la Commission européenne, l'actuelle majorité gouvernementale socialiste s'est lancée dans un grand chambardement structurel des territoires de la République Française pour faire un grand chambardement dont le seul but était, pieux mensonge, de procéder à la fameuse baisse du déficit public exigée par la Commission européenne.

 A-t-on une seule fois pensé à la question régionale pour justifier et conduire cette vaste opération qui laboure et maltraite nos territoires et leurs habitants?

Poser la question c'est déjà y répondre. La question régionale, ils s'en foutent, donc elle n'existe pas et, à l'instar d'un Napoléon conquérant de la Russie devant l'incendie de Moscou, nos réformateurs en chambre sous les ors de leurs bureaux parisiens, au dessus d'un coin de table, se disent: "l'intendance suivra..."

Eh bien! L'intendance n'a plus envie de suivre et de suivre qui que ce soit! Et on aurait bien tort à Paris de mépriser voire de nier la question régionale, un sujet totalement ou presque oublié dans l'actuelle campagne des élections présidentielles les plus déterminantes et les plus importantes depuis plus de 40 ans!

Il est, en effet, très regrettable que la question de la réforme de l'organisation territoriale de notre République ne soit abordée par deux caricatures sinon deux impostures:

Celle de François FILLON qui veut fusionner régions et départements et supprimer, de fait, la fonction publique territoriale.

Celle de Marine LE PEN qui, assumant son jacobinisme (contrairement aux autres), voudrait revenir au cadre napoléonien antérieur en supprimant les régions et plus de 40 années d'acquis de la décentralisation.

Alors on se tourne vers la Gauche (la vraie, pas celle qui fume et nous enfume au Centre) et les partisans d'une nécessaire "6ème République": mais cette 6ème République que chacun souhaite plus démocratique sera-t-elle encore jacobine ou sera-t-elle, enfin... girondine?

Poser la question c'est, là encore, y répondre!

Mais qui osera poser la question dans la campagne électorale en cours?

Jeudi 9 février 2017, à la Rochelle, l'hebdomadaire "Marianne" organise un colloque sur la Réforme territoriale dont l'argument est présenté dans son dernier numéro disponible (Marianne n°1036, du 3 au 9 février 2017) dont vous trouverez la copie ci-dessous agrémentée de nos commentaires:

réforme T6

réforme T 1

réforme T2

réforme T3

réforme T4

réforme T5


 

Pour mémoire, à l'intention de ceux qui ne savent pas, qui l'ont su mais qui l'ont oublié ou qui ne veulent pas le savoir... Le régionalisme moderne français a été pensé aussi par la gauche de la 3ème République après le choc de la crise de la défaite de Sedan en 1871 et l'effondrement d'un régime autoritaire jacobin:

http://normandie.canalblog.com/archives/2015/03/03/31636651.html

Joseph PAUL-BONCOUR (1872 -1973)

Le fondateur du régionalisme républicain: une figure attachante à redecouvir!


 

Du côté des langues régionales de France, le dossier de la ratification de la charte européenne sur les langues régionales par le Parlement français, bouge encore. On notera que cette ratification était l'une des promesses du candidat Hollande en 2012: il reste encore trois mois pour la faire. Enfin, on notera que les langues régionales d'oïl, impensé dans l'impensé linguistique français, ne sont pas évoquées: les promoteurs et défenseurs du patrimoine linguistique normand vont devoir se débrouiller seuls, ce qu'ils font déjà.

C'est dommage car l'étude des racines linguistiques du Français pemettrait de mieux défendre notre langue qui s'avachie et se destructure dans le grand bain émoliant du "globish"!

On rappelera que la difficulté de cette ratification vient du fait que le Français est consacré comme langue officielle unique de la République Française dans son texte constitutionnel.

http://www.localtis.info/cs/ContentServer?pagename=Localtis/LOCActu/ArticleActualite&jid=1250278404292&cid=1250278401231

Culture

Publié le jeudi 2 février 2017

Suite de l'épisode de la proposition de loi relative à la promotion des langues régionales. Les députés ont adopté le 31 janvier le texte de Bruno Le Roux, dont la discussion avait débuté l'automne dernier mais avait dû être interrompue faute de temps. Cinq jours auparavant, Najat Vallaud-Belkacem signait à Toulouse une convention visant au développement de l'enseignement de l'occitan.

Après un début d'examen interrompu après deux séances, faute de temps, le 30 novembre dernier, l'Assemblée nationale a achevé l'examen et adopté, le 31 janvier 2017, la proposition de loi relative à la promotion des langues régionales, déposée par Bruno Le Roux - alors président du groupe socialiste - et la quasi-totalité du groupe (pour le contenu du texte, voir notre article ci-contre du 13 octobre 2016). Cette adoption marque un nouvel épisode du feuilleton consécutif au rejet par le Sénat, il y a plus d'un an, de la proposition de loi constitutionnelle autorisant la ratification de la Charte européenne des langues régionales ou minoritaires (voir nos articles ci-contre des 19 et 28 octobre 2015).

Subventions aux écoles privées et langue bretonne

En séance, les députés n'ont pas apporté de modifications significatives au texte d'origine, se contentant de précisions rédactionnelles avec seulement neuf amendements adoptés. A signaler toutefois : sans aller jusqu'à mettre en place la mesure, un amendement prévoit que le gouvernement remettra au Parlement, dans l'année suivant la date de promulgation de la loi, un rapport sur le financement des écoles sous contrat simple par les collectivités et leurs regroupements. L'idée est de réfléchir à l'élargissement, pour les collectivités qui le souhaitent, de l'aide à l'investissement pour la construction et à la rénovation de locaux mis à disposition des établissements privés laïcs pratiquant le modèle immersif d'enseignement d'une langue régionale.
Autre précision à signaler : un amendement prévoit que la diffusion par France Télévisions de programmes contribuant à l'expression des langues régionales se fasse sur l'ensemble du territoire dans lequel une de ces langues est en usage. Il vise plus particulièrement le cas de la Loire-Atlantique, qui n'est pas couverte par les émissions en breton de FR3 Rennes. Jusqu'à présent, France 3 fait valoir une impossibilité technique d'émettre sur le seul département de la Loire-Atlantique et non sur l'ensemble de la région Pays de la Loire.

Un avenir incertain

Auparavant, la commission des affaires culturelles et de l'éducation s'était, elle aussi, contentée de modifications a minima, avec seulement quatre amendements rédactionnels ou de précision.
Si le texte a ainsi franchi sans encombre l'étape de la première lecture à l'Assemblée, son avenir semble toutefois très incertain. Compte tenu de l'approche des échéances présidentielles et législatives, la session ordinaire doit en effet s'achever à la fin du mois de février 2017. Un délai de quatre semaines déjà bien occupé et qui ne doit pas laisser le temps d'un examen par le Sénat - le gouvernement ne s'est d'ailleurs pas engagé à inscrire le projet de loi à l'ordre du jour du Sénat - et, moins encore, d'une très probable navette entre les deux assemblées.

Une convention pour développer l'occitan

Quelques jours auparavant, le 26 janvier, Najat Vallaud-Belkacem s'était rendue à Toulouse pour signer une "convention cadre pour le développement et la structuration de l'enseignement contribuant à la transmission de l'occitan". La convention couvre les ressorts des académies de Bordeaux, Toulouse, Montpellier, Limoges et Poitiers (ces deux dernières semblant assez éloignées de l'aire "naturelle" de l'occitan). Compte tenu de cette dispersion géographique, la mise en œuvre de la convention sera portée par un organisme ad hoc : l'Office public de la langue catalane (Oplo). Créé en septembre 2015, ce GIP rassemble l'Etat et les régions Aquitaine et Midi-Pyrénées (devenues Nouvelle-Aquitaine et Occitanie).
Selon la ministre de l'Education - pour qui "les langues régionales ont toute leur place dans la formation de nos élèves" -, la convention doit "donner une impulsion décisive à l'enseignement de l'occitan : elle offre surtout, et c'est le plus important, un formidable levier aux académies et aux territoires concernés pour travailler ensemble, collectivement".
Dans son intervention, la ministre de l'Education nationale avait également indiqué tenir "à ce que les collectivités territoriales puissent organiser des activités éducatives et culturelles complémentaires, portant sur les langues et cultures régionales, dans le cadre de la réforme des rythmes scolaires".

Jean-Noël Escudié / PCA


 

Commentaire de Florestan:

Quid des langues d'Oïl? Du basque, de l'alsacien, du catalan, du niçois, du corse ou du flamand?

On ne peut pas, à la fois, défendre la bio-diversité écologique, la diversité culturelle et refuser la diversité linguistique.