Il est loin le temps où la ville de Caen était une vraie ville à la campagne pour parler comme Alphonse Allais...

Une ville agreste où la campagne rentrait dans le centre ville avec la Prairie, ultime vestige des anciens prés communs situés dans le lit majeur marécageux de l'Orne et réservés à la fenaison "des secondes herbes" et pour le pacage des animaux destinés à la boucherie de la ville. Une ville où les coeurs d'îlots étaient occupés par des jardins et des vergers pour subvenir à la consommation locale des fruits et des légumes avec, notamment, un quartier spécialisé dans l'hortillonnage, celui de Saint-Gilles bourg l'Abbesse puisque cette paroisse dépendait de l'ancienne abbaye-aux-Dames dont les religieuses vivaient en partie du commerce des fruits et légumes...

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Le quartier de l'Abbaye-aux-dames (Saint-Gilles) autrefois spécialisé dans les vergers et le maraîchage sur un plan de la fin du XVIIIe siècle: on voit, notamment, les "clos" de vergers complantés avec des prés ainsi que les jardins d'hortillonnage du coteau de Calix au- dessus de la prairie Saint-Gilles qui faisait le pendant au Nord de la ville de l'actuelle "Prairie" située au Sud-Ouest.

La toponymie caennaise témoigne encore jusqu'à aujourd'hui de ce riche passé horticole pas si lointain puisque dans les "clos" répartis autour de l'actuel boulevard Clémenceau (Clos Beaumois, Clos Joli, Clos Vaubenard...), dans les arrières de l'abbaye-aux-Dames aujourd'hui siège du conseil régional de Normandie on récoltait, il y a encore trente ou quarante ans, sur des arbres fruitiers dressés en espaliers contre les murs anti-gel en pierre de Caen, des pommes, des poires mais aussi des prunes, des pêches voire des abricots.

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Le réaménagement de l'ancien clos du manoir de Vaubenard (qui existe toujours) occupé par l'ancien hôpital régional universitaire Clémenceau depuis 1908 est un enjeu majeur: c'est l'unique endroit où l'on pourrait reconstituer une partie des anciens vergers et hortillonnages. Les murs de clôture datant des XVI et XVIIe siècles existent encore en large partie et de nombreux espaces libres existent. Avec la préservation des pavillons néo-classiques de l'ancien hôpital on pourrait imaginer un éco-quartier avec jardins partagés recréés à partir de la thématique du patrimoine horticole caennais...

Mais encore faudrait-il que l'esprit de lucre soit moins développé pour que l'on ait enfin un peu plus d'intelligence du côté de l'actuelle majorité municipale caennaise!

Car ce riche patrimoine horticole caennais a quasiment totalement disparu ces cinquante dernières années suite aux bouleversements des bombardements de la seconde guerre mondiale mais surtout suite aux destructions massives de la promotion immobilière des années 1970/2000 qui s'acharne à arraser ce qui reste de nos vieux murs et qui artificialise la totalité des surfaces disponibles en supprimant les jardins de coeur d'îlot en pleine terre au profit d'un urbanisme de dalle...

Les hortillonnages des côteaux de Saint-Gilles, Calix et d'Hérouville- Saint-Clair ont été remplacés par les grandes surfaces de l'actuelle périphérie commerciale caennaise.

Exemple de vandalisme sur le patrimoine horticole caennais observé en mai 2017 dans le parc de l'abbaye-aux-Dames, un acte de vandalisme signé Monsieur Laprie-Sentenac, architecte des bâtiments de France du Calvados... qui s'en est pris sans le savoir, semble-t-il, aux derniers vestiges des anciennes chartreuses des Religieuses: ce mur qui datait du XVIIe siècle avec sa belle série de pilastres encastrés et ses vestiges d'accrochage des espaliers aurait pu être conservé dans son intégrité...

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http://normandie.canalblog.com/archives/2017/05/14/35285541.html

Néanmoins, avec la fin des derniers espaliers et la prise de conscience écologique urbaine, la reconnaissance de ce passé caennais à défaut d'avoir suffisamment d'éléments patrimoniaux encore en place et suffisamment sauvegardés par un Architecte des Bâtiments de France qui participe par ses décisions ineptes au vandalisme ambiant, est en train d'émerger, certes avec peine, mais elle émerge avec l'enjeu de reconstituer ou de recréer une ceinture d'hortilllonnage urbain dans la ville même ou à proximité.

Car pour lors, il faut faire près de 30 kilomètres pour ravitailler en fruits et légumes bio les consommateurs de plus en plus nombreux qui résident à Caen au point que les magasins spécialisés victimes de leur succès frisent la pénurie comme l'indique l'article à lire ci-dessous:

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