Par principe, en Normandie compte tenu de la portée symbolique forte de la construction à pan de bois dans l'identité de notre région mais aussi après les destructions massives liées à la seconde guerre mondiale avec la perte d'ensembles urbains inestimables (on pensera, hélas, à la ville de Lisieux toujours orpheline de son patrimoine urbain à pan-de-bois incendié en 1944), on ne devrait pas avoir le droit de démolir une maison de ville ancienne à pan-de-bois dans aucun centre-ville de Normandie: cela devrait être INTERDIT...  Avec l'obligation  d'une substitution de la puissance publique à toute propriété privée défaillante.

Les outils de protection juridiques existent pourtant mais la volonté du ministère central en charge de la protection du patrimoine a perdu  toute volonté politique et tout moyen pour ce faire: les maires se retrouvent en première ligne avec, parfois, souvent, un désintérêt pour ce sujet faute d'avoir les compétences intellectuelles nécessaires.

Nouvelle exemple de cette consternante situation à Alençon signalé par la gazette du patrimoine qui tire la sonnette d'alarme:

Nous reproduisons en intégralité cet article aussi intéressant qu'urgent à lire non sans vous inviter à signer la pétition mise en ligne.

https://www.lagazettedupatrimoine.fr/blog/files/5b1bd67070648cceb8288227f13afae5-66.html?fbclid=IwAR3gcTSO6aF8J3ImlaCHXCcTjXwAKfNabyncWYiKpMwSGx4CMs-456P87e4

Alençon : adieu maisons à pans de bois

Il ne s’agit ni de châteaux spectaculaires, ni d’églises remarquables, juste de « modestes » maisons à pans de bois, comme il en existait beaucoup, mais comme il en existe de moins en moins. La défiguration des centres anciens est très à la mode. On se réfugie derrière une vétusté ignorée pendant des années et sans crier gare, à grands coups « d’état de péril », on démolit sans la moindre compassion et sans le moindre état d’âme ces petits témoins de l’histoire locale et, souvent, sans le moindre projet derrière, laissant un trou béant en lieu et place, comme pour gommer la trace d’un passé pourtant glorifié à quelques pas de là.

La ville d’Alençon montre le mauvais exemple en projetant de façon imminente la destruction de plusieurs de ses maisons « historiques », alors qu’à quelques mètres de là, une maison identique est protégée au titre des Monuments Historiques. Entre incohérences et précipitation, voici le constat que dresse Jean-David Desforges, historien du patrimoine :

Au cœur de la ville d’Alençon, quelques terrains vagues coexistent au-côté de maisons en déshérence, comme rue du Château et rue Bonette. En janvier 2020, M. Darcissac, maire d’Alençon, a signé un arrêté de péril imminent pour un ensemble de bâtiments. On pourrait souscrire à l’idée qu’il y ait danger si… si cela ne faisait pas 12 ans que personne ne se préoccupe de ces maisons vides. Les propriétaires sont des octogénaires, le principal vivant à Nantes. A Noël, des squatters ont fait voler en éclats les vieilles vitres. Des tessons de verre jonchent le trottoir. Un premier expert a conclu à des chutes de matériaux, justifiant la sécurisation par la destruction. Un deuxième a vu un trou dans le toit. Le troisième a entériné l’avis des deux autres. C’est implacable sur le plan administratif.

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Rue du Château à Alençon (J.-D. Desforges, mars 2020).

Le quartier où se situent ces bâtiments a déjà été bien malmené dans les années 1960-1970. Un mouvement de citoyens avait fini par avoir gain de cause sur le massacre urbain. Cinquante ans après, on recommence.

Ces maisons à pans de bois sont édifiées sur de petites parcelles caractéristiques du tissu urbain médiéval intra-muros. Les éléments que j’ai pu observer en façade pour l’une d’elle sont assez comparables à ceux de la maison des Sept Colonnes, en face d’elle dans la rue, inscrite ISMH, et en cours de restauration. Cette maison de la fin du XIVe siècle est un dossier privé qui intéresse beaucoup la ville, du fait de son état et de sa forte valeur symbolique pour l’histoire locale. Ce n’est pas le cas pour ses voisines, en revanche.

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La maison des Sept Colonnes, angle de la rue du Château et de la Grande rue à Alençon (J.-D. Desforges, janvier 2020).

Si les pièces de bois de ces maisons sont taillées et marquées comme celles de leur prestigieuse voisine, elles sont cependant en position secondaire. En effet, les façades sur rue ont été frappées d’alignement vers 1760. Nous sommes donc en présence de maisons de la fin du Moyen Âge, partiellement remaniées au XVIIIe siècle. Cela enlève-t-il de l’intérêt à ces constructions ? Non, aucun, du fait qu’Alençon ne possède presque plus de maisons à pan de bois. Elles sont devenues rares. Si l’on regarde les maisons médiévales à façade pans de bois remontées au XVIIIe siècle, nous en faisons vite le tour.

 

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Les n° 9 et 11, rue du Château à Alençon (J.-D. Desforges, mars 2020).

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Le n° 13, rue du Château à Alençon (J.-D. Desforges, mars 2020).

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Carte de répartition de l’architecture à pans de bois à Alençon (J.-D. Desforges, mars 2020).

Ainsi, Grande rue, près de Notre-Dame, le remplissage est en briques. On voit bien une poutre maîtresse sciée apparaître en façade : c'est un indice de transformation entre 1755 et 1770. Les encorbellements ont disparu au profit d’une façade plane, alignée avec ses voisines.

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Le n° 57, Grande rue à Alençon (J.-D. Desforges, mars 2020).

Un peu plus loin Grande rue, nous avons une construction contemporaine de la maison des Sept Colonnes. Des éléments en bois conservés à l'intérieur jusqu'à il y a peu, vont d'ailleurs servir de modèles pour reconstituer ce qui y a disparu : les fenêtres à croisées. Là aussi, la façade est remontée avec des pièces de bois médiévales.

 

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Le n° 79, Grande rue à Alençon (J.-D. Desforges, mars 2020).

Toujours Grande rue, regardons à présent ce Monument Historique, qui ferme la Cour Cochon, daté du milieu du XVe siècle. L'étage a été remanié vers 1755-70. La structure est un mélange de pièces en place et d'assemblages du XVIIIe siècle.

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Le n° 137, Grande rue à Alençon (J.-D. Desforges, mars 2020).

Mais comment argumenter que ce sont des maisons transformées à la même période ? Avec cet assemblage formant le panneau sous les fenêtres, qui se retrouve dans trois des exemples connus, rue du Château puis Grande rue, est-il nécessaire d'en écrire davantage ? Mêmes charpentiers, même époque, même problématique.

Pour la maison couverte d'un enduit rue du Château, et dont on devine les pans de bois, regardons les baies, avec un linteau un peu cintré. Là aussi, nous sommes dans les années 1755-1770. Ce serait dommage de découvrir un pan de bois intéressant le jour de la destruction, n'est-ce pas ?

 

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A gauche, le 157, Grande rue (MH) et à droite, le 13, rue du Château (J.-D. Desforges, mars 2020).

Sur l’arrière, en second rideau, une grande bâtisse des années 1770-1780 se dresse encore. Nous n’avons pas eu confirmation du fait qu’elle serait aussi touchée par l’arrêté de péril imminent. Alors que faire ? Puisque des fonds publics sont engagés pour ces maisons, pourquoi ne pas les sécuriser ? Un architecte y verrait-il un chantier insurmontable ? Pourquoi détruire et créer une friche pour les 50 ans qui viennent alors que la maison des Sept Colonnes en face, va retrouver son lustre ? Nous sommes face à une stratégie urbaine déséquilibrée dans la même rue, en face à face. Une maison est restaurée, deux autres sont détruites. La maison visée par toutes les attentions va se retrouver dans une semaine face à un terrain vague, un véritable « coin à pisse » et décharge sauvage comme on en voit d’autres à moins de 100 m, perdurant depuis des décennies.

Ces maisons ont une place, une histoire, un rôle à jouer dans notre environnement. Donc non, ne les démolissons pas.

Bien que les jours soient comptés avant le début du chantier de démolition, une pétition a été lancée par « Les amis du vieil Alençon », afin d’interpeler les services de la culture et bien entendu, la municipalité.

Merci de
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