Un correspondant patoisant de l'Etoile de Normandie nous envoie le texte suivant: la savoureuse langue normande du Domfrontais est capable de nous parler de sujets de notre époque...

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Texte du Domfrontais 2019/ Bernard Desgrippes
C’est ma grand-mére qui m’peuille les tatoueuges.
• Eh bin Manon, te v’là là ? J’penseus point t’rencontreu an’hui autour du pian d’iau !
• Non, j’seus do mes parents et des z’onques et tantes. Aprés l’fricot, i z’ont deucideu de s’deugourdi les pattes pour la digeussion. Faut bin sieuve. Si j’feus bande à part, ma mére va m’dire que j’feus core la téte. Faut pas que j’la braque. C’est lé qui c’mmande cheu nous et si j’vieux sorti l’sam’di souér, eh bin, tu vois, faut feure eul’tour du pian d’iau. Comme ça ol est contente. Si non, tu penses bin que j’s’reus dans ma chambe à teuleuphonneu à qui tu seus bin… Mais ta qu’é qu’tu feus là eutou ?
• Ma, c’est core pus pire ! Je seus comme tu l’vés do ma grand-mére ! J’eume pas m’feure vé do lé. Mais j’eu pas l’chouéx. C’est bintôt mon n’anniveursaire. Faut pas que j’la deutourbe. Ol est fiére de montreu qu’ça p’tite fille o s’occupe de lé. Si o saveut ! Mais c’est lé qui m’a peuyeu l’tatoueuge que j’eu là, sû la chuille de pieud. J’en vieux un aute c’t’année que j’meuttreus sû l’eupaule, là, ça f’ra bin ! Alors faut feure des sacrifices. Pace que ma, j’eu pas les moyens d’m’aj’teu des tatoueuges. Ça vaut la piau des fesses ces trucs-là. Mais mon bonn’ami, il eume bin ! Alors j’assure ! Tu comprends !
• T’as bin d’la chance ! Ma, do les parents qu’j’eu, eh bin j’seus pas prête d’aveu un tatoueuge. Faura qu’j’attende d’aveu 18 ans, et core….
Traduction en français scolaire normalisé jacobin:
• Eh bien Manon, que fais-tu ici ? Je ne m’attendais pas à te rencontrer aujourd’hui autour du plan d’eau !
• Non, je suis avec mes parents et des oncles et tantes. Ils ont décidé après le repas, de faire une promenade digestive autour du plan d’eau. Il faut bien suivre. Si je fais bande à part, ma mère va dire que je fais la tête. Il ne faut pas que je la contrarie. C’est elle qui commande à la maison. Si je veux sortir le samedi soir, je dois faire le tour du plan d’eau, comme cela elle est contente. Si non, je serais restée dans ma chambre à téléphoner à qui tu sais. Mais toi, qu’est-ce que tu fais là ?
• Moi, c’est encore pire parce que je suis avec ma grand-mère ! Je n’aime pas me faire voir avec elle. Mais comme c’est bientôt mon anniversaire, il ne faut pas que je la contrarie parce que tu vois, le tatouage que j’ai sur la cheville, c’est elle qui l’a payé. Alors je dois faire des sacrifices parce que je n’ai pas les moyens de m’offrir cette fantaisie. Cela coûte cher ! Et comme j’en veux un autre sur l’épaule et que mon copain aime bien ça, alors j’assure. Tu comprends !
• Tu as bien de la chance ! Mes parents ne veulent pas entendre parler de tatouages. Il faudra que j’attende mes 18 ans et encore…