Le pont Colbert du port de Dieppe menacé comme on sait de destruction par un satrape de circonscription demi-régional, l'église Saint-Paul de Rouen au pied de la Côte Sainte Catherine désaffectée et abandonnée au milieu d'un échangeur routier, un célèbre acteur de cinéma qui fait son trou normand sur les hauts de Trouville et l'irruption saugrenue de sculptures d'art contemporain au beau milieu de la place St Sauveur de Caen "restaurée", "requalifiée" qui risque plutôt d'être un Enfer repavé de bonnes intentions: le point commun entre ces quatre situations?

Nos élus et certains "milieux autorisés" s'autorisent des choses que le citoyen lambda ne pourrait s'autoriser: la loi s'applique avec rigueur sur les particuliers quand il s'agit, par exemple, d'une parabole ou d'une fenêtre de toit en PVC au travers d'une charpente ancienne dans un secteur sauvegardé ou dans un périmètre de monument classé... Mais si on est député-maire, directeur des affaires culturelles, président de région ou acteur connu trop riche pour rester en France, alors oui ! on peut tout se permettre...

 

1) Le pont Colbert de Dieppe, dernier grand pont tournant métallique encore en activité en France est menacé, comme on le sait d'une "déconstruction" de la part d'un satrape demi-régional bien connu: un bel article paru récemment dans la presse locale lui rend amplement hommage! Qui osera lui ôter le premier boulon? Et reproduire ce que des troupes allemandes en déroute ont osé faire lors de la dernière guerre Mondiale? Symboliquement, détruire un pont, on peut quand même trouver mieux comme projet surtout lorsque l'intéressé lorgne, dit-on, sur la mairie des lieux... aux prochaines élections municipales!

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2) l'église Saint Paul de Rouen vient d'être désacralisée: abandonnée depuis des années au beau milieu d'un échangeur routier, la municipalité rouennaise assure qu'elle ne serait pas démolie... En attendant, que pourrait-on en faire?

Rouen : l’église Saint-Paul est-elle condamnée ?


Tendance Ouest Rouen. Publié le 03-02-2013 



L’archevêché a donné son autorisation pour la désacralisation des lieux, qui devrait se faire dans les mois à venir.

Noyée dans un nœud de circulation, fermée depuis des années, l’église Saint-Paul semble laissée à l'abandon.

Le bâtiment devrait d’ailleurs être désacralisée dans les semaines qui viennent : cela fait quinze ans qu’elle ne sert plus, ou presque, au culte. Aujourd’hui, la Ville cherche un projet viable pour accompagner sa reconversion.

Chapelle du XIIe siècle

C’est l’architecte de l’Hôtel de ville de Rouen, Charles-Félix Maillet du Boulet, qui fit construire l’église entre 1827 et 1829, à l’emplacement d’un ancien prieuré. Il reste de cette époque une chapelle romane, édifiée au XIIe siècle, inscrite à l’inventaire des monuments historique. Et pour cause : elle est l’un des plus vieux édifices de Normandie.

Pas de destruction

Reprise vers 1880 par Jacques Eugène-Barthélémy, l’église est fermée au public. La Ville, en lien avec l’Institut de formation et de recherche pour les artisanats des métaux (IFRAM), avait étudié la possibilité d’y installer un centre de formation. Le projet, trop coûteux, a dû être abandonné. Les lieux se cherchent un avenir. Mais quoi qu’il arrive “il n’est pas question de la détruire", rassure Guy Pessiot, adjoint en charge du patrimoine à la Ville.


 

3) Gérard DEPARDIEU, adepte du "trou normand": pour construire une nouvelle villa sur les hauteurs de Trouville sur Mer, la colline a été sérieusement entaillée... Mais le permis de construire a été accepté par la municipalité: deux poids, deux mesures?

Trouville (14). La villa de Gérard Depardieu fait polémique

Ouest-France. People jeudi 31 janvier 2013

La maison que Gérard Depardieu fait construire sur les hauteurs de Trouville-sur-Mer, dans le Calvados, se situe en zone protégée.

 

Sur le chantier, les ouvriers sont à la peine. Il pleut : les bâches déployées sur le haut de la colline à l’endroit où elle a été creusée ne suffisent pas à retenir la terre. Elle a tendance à s’ébouler.

 Les Amis de Trouville voient rouge

 Dessous, la future maison de l’acteur Gérard Depardieu, en construction depuis l’automne. Une villa en bois de près de 250 m2 sur un terrain de 6 ha située sur le flanc d’une colline verdoyante de Trouville-sur-Mer encore relativement préservée de l’urbanisation. Et pour cause : elle est protégée.

 Voilà pourquoi l’association les Amis de Trouville voit rouge : « Pour nous, ce permis de construire est illégal », avance son président Henri Luquet. Le Plan d’occupation des sols, en vigueur dans la commune lors de l’obtention du permis de construire, classe la parcelle en zone non constructible, « sauf pour l’aménagement ou l’extension des constructions existantes ».

 Or, sur le bord du terrain en question, se trouve un ancien bâtiment agricole en ruines, recouvert de ronces. « Est-ce qu’on peut considérer une ruine comme un bâtiment existant pour pouvoir y rattacher une maison de 250 mètres carrés ? », s’agace-t-il.

 Un premier permis de construire refusé

 Christian Cardon, le maire, répond : « Nous avions refusé à M. Depardieu un premier permis car on ne pouvait construire que dans la continuité d’un bâtiment ancien sur ce terrain. »

 Il a alors consulté le préfet (à l’époque Didier Lallement), « qui a fait étudier la question ».

 L’acteur a présenté une seconde demande de permis rattachant « un garage, avec accès à la maison », au bâtiment en ruines. Cette nouvelle demande « a donc été acceptée de manière normale », assure le maire. En concédant cependant que « les conseils » du préfet à l’acteur « sont un fait inhabituel », voire même « un cas unique ».

 Précision de l’ancien préfetSauf que l’ancien préfet du Calvados Didier Lallement, en poste de juillet 2010 à août 2012, précise qu’il n’a eu « aucun contact direct ou indirect avec M. Depardieu ou quelque personne se recommandant de lui » et qu’à « aucun moment » il n’a eu « à connaître ce dossier ». Une information confirmée par le maire de Trouville, Christian Cardon. À l’époque où le dossier a été examiné, c’est le prédécesseur de Didier Lallement, Christian Leyrit, qui était préfet du Calvados.

 Virginie ÉNÉE.

 


4°) Place Saint Sauveur à Caen: une "caravane" doit passer et des chiens seront obligés d'aboyer parce que tel est notre bon plaisir! Le Directeur des affaires culturelles de Basse Normandie, M. Kléber Arhoul avec la complicité du député-maire Philippe Duron s'offre un geste parfaitement régalien sinon "louisquatorzien" en imposant l'arrivée prochaine d'un groupe sculpté de 11 figures vaguement humaines de 2 mètres de haut en fonte d'aluminium sur le pavé fraichement restauré de la place Saint Sauveur. Le tout pour un coût total TTC de 204 000 Euros partagés entre l'Etat et la municipalité au titre de la commande publique d'oeuvres d'art...

Voici la chose, censée évoquer les passions et les mouvements contradictoires des Hommes face à la "grande hache de l'Histoire" (Georges Pérec): on veut visiblement évoquer, une fois de plus, le bombardement de 1944 mais franchement! Par les temps qui courent, il y a d'autres priorités à financer avec notre argent public! Non?!  

 



 

Caen. Onze silhouettes de deux mètres de haut pour la place Saint-Sauveur

 

Ouest- France Urbanisme vendredi 01 février 2013

 

 

Elles formeront un ensemble intitulé La Caravane, exprimeront l’héroïsme, la peur, la rébellion, la survie, la fuite, la compassion, la lâcheté, la joie ou encore la solitude. Au printemps, onze silhouettes en fonte d’aluminium de près de deux mètres de haut viendront cohabiter avec Louis XIV, actuellement en restauration, sur la place Saint-Sauveur. Une œuvre du sculpteur-plasticien néerlandais Joep van Lieshout, en cours de création au sein de son atelier, sur le port de Rotterdam.

 

Cette volonté de la ville de Caen d’associer l’art contemporain à l’histoire passée s’inscrit dans le cadre d’une commande publique, qui impose la validation du projet par le ministère de la Culture. D’un coût de 204 000 €, cette œuvre sera fixée, sans socle, de part et d’autre de la place. Elle est financée pour un tiers par l’État et deux tiers par la Ville. L’artiste viendra à Caen, à la mi-février, pour réfléchir sur « sa mise en espace ».

Place Saint- Sauveur repavée de frais: vide, elle attend le retour en place de la statue de Louis XIV avec son socle d'origine en pierre ainsi que la fameuse "caravane"...


  

De plus... N'y avait-il pas d'autres lieux, d'autres espaces publics à "requalifier" à Caen, précisemment dans les quartiers de la Reconstruction, plutôt que d'offrir la place St Sauveur, la dernière place ancienne de Caen, à un bombardement d'art contemporain?

Il ne s'agit pas ici d'être pour ou contre l'art contemporain en tant que tel: nous disons même qu'il a toute sa place à Caen, ville qui a perdu son patrimoine statuaire entre 1940 et 1944 et qui ne dispose toujours pas de statue équestre ou autre à la gloire de son illustre fondateur, Guillaume le Conquérant... 

Nous avons fait pourtant quelques suggestions, à l'occasion des prochains jeux équestres mondiaux de 2014 en proposant la création d'une oeuvre d'art contemporaine sculptée évoquant, par exemple, la fuite du jeune Guillaume menacé de mort à 19 ans, accroché à l'encolure d'un cheval lancé au galop, traversant la baie des Veys...

Voilà une oeuvre qui signifierait vraiment quelque chose, à l'inverse de ces machins con-sensuels qui veulent vaguement dire quelque chose à condition de se farcir la lecture d'un cartel abscon en français expérimental pour avertir le pékin moyen qu'il est en train de s'asseoir, de manger, d'écrire ou d'uriner sur une... oeuvre d'art contemporaine!