Le grand clocher de l'église Saint-Pierre de Caen qui fut pendant des siècles l'église publique officielle de la ville (car l'hôtel de ville était situé, juste en face, dans l'actuel hôtel d'Escoville jusqu'en 1792), va faire l'objet d'une réfection intégrale qui va durer deux ans. Jusqu'en 2019, un grand échafaudage va recouvrir le plus grand clocher de l'Ouest de la France culminant à 72 mètres de hauteur pour le 3ème plus grand chantier de restauration et d'entretien dans l'histoire séculaire et mouvementée de ce chef d'oeuvre d'architecture extraordinaire qui fait depuis 1308 la fierté de la ville de Caen.

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http://france3-regions.francetvinfo.fr/normandie/calvados/caen-mer/caen/caen-clocher-eglise-saint-pierre-va-disparaitre-plusieurs-mois-1172713.amp

Pour connaître l'histoire de l'église Saint-Pierre et de son clocher:

https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89glise_Saint-Pierre_de_Caen

La haute flèche de l'église Saint Pierre donne son identité à la ville de Caen depuis le XIVe siècle. Elle a subi les passages de l'Histoire parfois avec sa grande hache sur la ville. En 1944 notamment. Evidemment...

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Quelques vues de l'église Saint Pierre et de son clocher dans le contexte urbain d'avant 1944:

  • Vue prise depuis la place Courtonne et la tour Leroy lorsque le grand Odon coulait encore à ciel ouvert:

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  • Vue prise depuis le début de la rue Saint Jean: il y avait, autrefois, un vraie place de ville sur le parvis de l'église Saint Pierre. Le château était invisible.

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  • L'église Saint Pierre vue depuis la pente menant au château: il y avait là tout un quartier central au pied du château qui a totalement disparu...

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  • L'église et son portail Nord vus depuis la rue Montoir-Poissonnerie, au début du XXe siècle:

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  • Au début du XXe siècle, la flèche de l'église Saint Pierre avait fait l'objet d'un chantier de restauration d'ampleur avec pause d'un échaufaudage impressionnant:

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  • En 1944 et notamment dans la nuit du 8 au 9 juin, l'église St Pierre subit de graves dommages (la flèche touchée par un obus de marine anglais s'effondre sur l'église):

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  • Vue des ruines du clocher de l'église Saint Pierre prise depuis la rue Montoir Poissonnerie dont une partie existe toujours aujourd'hui. Au fond, on entrevoit le portail Nord surmonté d'un tympan circulaire dans lequel prenait place, autrefois, l'horloge du marché aux poissons:

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  • Vue du Portail Nord pendant les années 1950 durant le chantier de reconstruction à l'identique du clocher: on remarquera que le tympan circulaire est percé d'un trou qui permettait la liaison entre le cadran et le mécanisme de l'horloge qui se trouvait derrière...

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 Nous avons donc écrit à Madame Emmanuelle Dormoy, adjointe au Maire de Caen en charge de la culture, pour lui faire part de nos réflexions quant à ce chantier exceptionnel et son résultat: faire à nouveau du clocher de l'église Saint Pierre, le "phare" de Caen.

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Caen, le 12 février 2017

Madame,

Ce sont là de grands travaux indispensables et il est heureux que la ville de Caen qui dispose d’un patrimoine architectural monumental exceptionnel, se donne les moyens techniques et financiers de les programmer : le grand échafaudage qui va recouvrir pendant près de deux ans, jusqu’à 72 mètres de hauteur, l’ensemble du clocher et de la flèche de l’église Saint Pierre, véritable symbole de la ville dans son histoire (bien plus que les deux abbayes, voire le château ducal), impressionne les Caennais dont les plus avertis se réjouissent d’avance de retrouver, dans son éclatante blancheur initiale, l’un des plus beaux clochers gothique de France, longtemps surnommé le « roi des clochers de l’Ouest de la France ». En effet, ce chef d’œuvre élevé à partir de 1308, a servi de modèle aux grands chantiers bretons du XVe siècle, à commencer par le Kreisker de Saint Pol de Léon ou les tours de la cathédrale de Quimper qui s’en inspirent directement.

Ce chantier qui va s’achever en 2019, est le 3ème grand chantier de restauration dans l’histoire du clocher qui symbolise notre ville après la reprise en sous- œuvre, en 1850, qui a sauvé le clocher d’un risque d’effondrement et la reconstruction à l’identique de la flèche, réalisée de 1953 à 1957, après la tragédie de 1944.

Ce grand « carénage » du clocher de l’église Saint Pierre va demander un effort financier important : il faut donc imaginer un projet de valorisation du plus grand clocher de Caen qui puisse bénéficier à l’ensemble de notre agglomération, en terme d’image et d’attractivité notamment touristique, au-delà du devoir d’entretien de notre patrimoine historique qui incombe à la municipalité.

L’enjeu est le suivant : faire du clocher de l’église Saint Pierre le « phare de Caen » et mettre en branle avec cet objectif, une grande politique de valorisation du patrimoine historique et culturel de notre ville pour en faire non plus seulement une ville fonctionnelle dont les espaces publics et les architectures se banalisent et dont les entrées s’enlaidissent par ailleurs (on s’interrogera sur l’activité de l’actuel ABF du Calvados par trop laxiste), mais une vraie ville de destination touristique (ex. Bayeux) : comme vous le savez, le commerce du centre-ville de Caen souffre (le taux de vacance dans l’immobilier commercial caennais est supérieur à 10%) et l’une des solutions pour rendre le centre-ville de Caen plus attractif est de capter le flux des 400000 visiteurs annuels du Mémorial qui ne connaissent de notre ville que sa souffrance et sa destruction en 1944 alors qu’elle reste l’une des plus belles villes « d’art et d’histoire » de France.

Je sais que Joël Bruneau est conscient du problème consistant à sortir la ville de Caen du trou identitaire et symbolique où elle se trouve : entre 1066 et 1944 il n’y aurait donc plus rien à montrer aux touristes et à partager avec des Caennais qui sont, hélas, les premiers à ne pas connaître l’histoire et les trésors de leur ville telle qu’existe aujourd’hui.

Valoriser l'épopée de Guillaume le Conquérant (quid du projet de statue ?°) dans la salle de l’Echiquier et achever la restauration du château ducal, c’est bien. Même remarque pour mettre en lumière et utiliser le bijou d’architecture peu connu de l’église St Nicolas située à proximité d’une rue Caponière, encore authentique, en passe d’être le futur cœur culturel de la ville avec l’ouverture prochaine du FRAC Normandie dans l’ancien couvent de la Visitation. Mais il faudrait mettre en œuvre le cahier des charges du label « ville d’art et d’histoire » en créant un centre d’interprétation dédié à l’histoire de Caen, par exemple, dans l’ancienne église St Etienne le Vieux, idéalement située à proximité du futur emplacement de l’office de tourisme qui prendra ses quartiers dans l’ancienne orangerie de l’abbaye aux Hommes. Comme il faudrait une valorisation globale de la qualité architecturale et urbaine dans le cadre d’une AVAP pour éviter l’enlaidissement actuel des façades et des espaces publics ou pour exiger des promoteurs immobiliers une qualité architecturale supérieure. Ou encore : trouver un nouveau rôle pour l’inestimable hôtel d’Escoville, projeter en « sons et lumières » l’histoire de la Normandie sur les murs du château de Caen (cf. « Les deux léopards » proposition de Michel Onfray), le tout pouvant trouver sa place dans un parcours patrimonial et touristique à repenser complètement tant dans le centre-ville d’avant 1944 que celui reconstruit Après-Guerre.

Aussi, il serait possible, dans le cadre d’une contractualisation financière avec l’Etat et la Région Normandie identique à celle qui permet actuellement le financement d’un ambitieux programme de restauration et d’embellissement de la cathédrale de Rouen (restitution à l’identique de la charpente médiévale du chœur avec ses grands décors Renaissance, restauration intégrale de la flèche centrale avec tous ses décors avec mise en lumière, restauration du carillon, le second plus grand de France, « mapping » spectaculaire sur la façade ), de faire du clocher de l’église Saint Pierre de Caen, le phare de notre ville.

D’où les trois propositions suivantes pour valoriser le clocher de l’église Saint Pierre de Caen au-delà de sa restauration structurelle :

  1. Restituer l’horloge publique de l’ancien marché Saint Pierre aux poissons qui se trouvait dans le tympan circulaire au-dessus du portail Nord (rue Montoir-Poissonnerie) : la chose a été faite récemment avec succès à la cathédrale de Bayeux. Pourquoi pas à l’église St Pierre de Caen ?

  2. Installer dans le beffroi du clocher un carillon d’une dizaine de cloches pour marquer les heures de cette horloge publique et embellir ainsi le paysage sonore au cœur même de la ville. Ce projet pourrait l'objet d'un financement participatif mobilisant les Caennais.

  3. Habiller de lumière, de sa base à son sommet, le clocher « phare » de la ville avec un code couleur pouvant varier en fonction de l’événementiel caennais, normand ou national : il en est déjà ainsi de la Tour Eiffel à Paris et c’est ce qui sera fait sur la « Tour Eiffel des Normands », à savoir, la grande flèche en fonte conçue par l'architecte Alavoine qui couronne la tour lanterne de la cathédrale de Rouen à l’horizon 2023.

Dans l’espoir que ces réflexions et ces propositions pourront vous intéresser, recevez, Madame l’assurance de mes salutations distinguées.

Philippe CLERIS, citoyen caennais, normand et français.


 

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  • Le chevet de l'église Saint Pierre venant d'être restauré, fait éclater la beauté dorée de sa pierre calcaire et resplendir son décor exubérant datant de la première Renaissance à l'italienne en France (chef d'oeuvre de l'architecte et sculpteur Blaise Leprestre vers 1525) et qui autrefois, se mirait dans l'eau du grand Odon. Aujourd'hui c'est une station de bus: dans le cadre du réaménagement urbain lié au passage du nouveau tramway, il serait judicieux d'installer au pied du chevet de l'église, un miroir d'eau.
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  • Une image devenue classique: l'église Saint Pierre et son clocher pris dans l'embrasure circulaire de la porte du château de Caen qui porte le même nom. Si les abords étaient plus soignés et la promenade plus agréable (dans le dos du touriste photographe on trouve un pylône noir avec une caméra de vidéo-surveillance), nous aurions là l'un des plus beaux panoramas de la ville !