Actualité maritime et portuaire spectaculaire aujourd’hui :

UPR : "Il faut davantage de privé dans les stratégies portuaires"

L’Antenne Jeudi 22 Novembre 2018

https://www.lantenne.com/UPR-Il-faut-davantage-de-prive-dans-les-strategies-portuaires_a44274.html

Directeur général du groupe Normandie Logistique (450 salariés), Christian Boulocher (62 ans) a pris, le 5 juillet dernier, la présidence de la puissante Union portuaire rouennaise (UPR). Dans un esprit de continuité après dix années assurées avec combativité par Philippe Dehays. Mais aussi d’ouverture tous azimuts.

Commentaire :

     «  … puissante Union portuaire rouennaise (UPR) … » : c’est ce qu’on appelle familièrement « annoncer la couleur »…

© Éric Houri

Depuis plusieurs mois, une réforme de la gouvernance des ports, et en particulier de ceux de l'axe Seine est dans l’air du temps. Avez-vous des informations sur l’évolution de ce dossier ?

Je n’ai pas la moindre information et effectivement le temps passe. Avec tous nos interlocuteurs, le message préalable que nous délivrons, c’est : une réforme, pourquoi pas mais surtout pour quelle stratégie ? Il faut toujours se méfier des fausses bonnes idées. En cas de rapprochement des entités portuaires, va-t-on réellement faire baisser les coûts, ce qui semble l’un des objectifs affichés. Le plus important, c’est que les ports existent, avec leurs spécificités, leurs particularités, leur savoir-faire. Quels trafics supplémentaires pourront-ils capter ? Il faut éviter que toute modification ne devienne un frein au développement de chacun d’entre eux. Rouen est un port d’intérieur avec un hinterland à 360 °C et des capacités foncières idéales pour s’imposer comme une place logistique majeure, à proximité du bassin de consommation francilien. Ce port doit se développer appuyé sur ses trois piliers : les vracs solides, les vracs liquides et les marchandises diverses, dont les conteneurs. En termes de respect de l’environnement, il est quand même plus écologique de faire remonter des bateaux à Rouen que toute autre solution logistique.

Commentaire :

     Les portuaires rouennais n’hésitent apparemment pas à parler d’hinterland à 360° autour du port de Rouen… tout en faisant obstinément obstacle à l’ouverture à au moins 180° de l’hinterland du port du Havre, en tout cas dans le domaine ferroviaire, par un franchissement proche du Havre…

     Il faut oser déclarer : « En termes de respect de l’environnement, il est quand même plus écologique de faire remonter des bateaux à Rouen que toute autre solution logistique. » Comme si remuer chaque année le fond de la Seine sur 120 km et rejeter environ 4,5 millions de mètres cubes de sédiments dans la baie de Seine était négligeable… Tout ça pour permettre à des navires de haute mer de plus en plus gros de venir à Rouen charger des céréales qui auraient pu être acheminées au Havre en convois ferroviaires…

  Christian Boulocher, président de l’UPR © Éric Houri

Votre prédécesseur, dont on ne peut pas mettre en doute sa combativité au service du port de Rouen, reconnaissait toutefois volontiers le handicap d’être un port de rivière. Vous semblez préférer l’expression port intérieur…

Les mots ont un sens et port de rivière me semble réducteur. Rouen est un port maritime et fluvial. Et grâce à ses terminaux en aval de l’agglomération mais aussi à Radicatel, Honfleur, etc., ce sont les trafics maritimes qui font les tonnages. Il serait donc stupide de sacrifier Rouen au fluvial. On le sait, la grande force de Rouen, ce sont les céréales. Pourquoi ne pas capitaliser sur cette force et ne pas massifier davantage les flux plutôt que les disperser sur la façade atlantique par exemple.

Commentaire :

     Nombreux sont ceux qui ignorent que le domaine du port de Rouen s’étend jusqu’à Tancarville, sur la rive droite de la Seine, et Honfleur, sur la rive gauche. Pourquoi ? Pour garantir à perpétuité l’accès maritime au port de Rouen, quel qu’en soit le coût ! Est-ce bien raisonnable que cela dure alors qu’on constate un accroissement de la taille des navires de mer ?!…

     A part M. Boulocher, quelqu’un a-t-il entendu parler de la dispersion des flux de céréales à l’export vers la façade atlantique au détriment du port de Rouen ? Les mêmes qui voudraient drainer les flux de céréales à l’export sur des centaines de km vers le sud-ouest sont ceux qui empêchent autant qu’ils peuvent le port du Havre d’étendre son hinterland !

Dès votre élection, vous avez mis en place des groupes de travail avec pour maître-mot l’ouverture et pour objectif de rendre les premières copies en septembre. Quels ont été les bons élèves ?

Les premières réunions se sont déroulées pendant l’été. Je ne sais pas si le terme groupe de travail est le meilleur. L’important est de travailler en équipe et en entonnoir. Lors du conseil d’administration du 18 septembre, une première sélection d’actions à mener sera opérée, avec hiérarchisation et priorités à soumettre ensuite au comité directeur. Un exemple, Catherine Cornu, présidente du pilotage de Seine qui anime le volet Cop21 et RSE, a travaillé avec Loïc Thomas, président du groupe TSM, en charge des aspects techniques et technologiques. Ils ont rencontré Frédéric Sanchez, le président de la métropole pour être force de proposition, sous forme d’avant-projet sommaire dans le projet de navette traversant la Seine à Rouen.

Comment se porte à vos yeux le port de Rouen, les points positifs et les points négatifs ?

On connaît l’importance des céréales à Rouen. Après une année de grande dépression entre 2016 et 2017, on semble s’orienter vers un bon cru. C’est d’autant plus encourageant que l’approfondissement du chenal s’achève et va autoriser l’accueil de navires plus capacitaires. Autre très bonne chose, même si on peut considérer que le Grand Port maritime de Rouen (GPMR) a communiqué sur ce sujet tardivement, c’est la baisse des droits de ports, ce qui n’est pas courant. On peut ajouter le dialogue retrouvé de l’UPR avec la métropole, le GPMR et la région. Enfin, la parution de l’appel à projets pour l’extension de la zone Rouen Vallée de Seine Logistique (RVSL) est également une bonne chose. Parmi les points négatifs, en premier lieu me viennent les incertitudes qui demeurent sur la gouvernance des ports. Les aspects stratégiques doivent être prioritaires, avec une prise en compte plus importante des attentes des entreprises privées pour les aspects marketing et commerciaux. Dans ce domaine, Haropa n’a pas donné toute satisfaction. Ce qui est sûr, c’est que nous avons beaucoup de travail à venir. La cohésion, nous l’avons. Peut-être devons-nous y ajouter plus de cohérence collective.

Commentaire :

                Cet approfondissement du chenal d’accès au port de Rouen aura coûté près de 200 Millions d’euros financés en majeure partie par l’Etat et les collectivités territoriales…

"Un port d’intérieur avec un hinterland à 360 °C"

Sur quoi repose, selon vous, l’avenir du port de Rouen ?

Les sujets sont différents selon les filières. Il faut réfléchir en termes de tonnes, d’emplois et d’investissements. Les opérateurs de vracs sauront s’adapter et gérer la transition énergétique en investissant. J’ai confiance. Concernant les marchandises diverses, il existe une tradition rouennaise qu’il ne faut pas oublier. Bien sûr, Le Havre peut accueillir des porte-conteneurs de plus de 20 000 EVP, ce qui est impossible à Rouen. Mais si le port du Havre atteint les objectifs qu’il s’est fixés, il ne pourra pas tout traiter avec ses terminaux et ses dessertes routières déjà congestionnés. Le terminal multimodal ne suffira pas. Pourquoi ne pas imaginer de traiter les boîtes au Havre au plan documentaire et la marchandise à Rouen, mieux positionné au plan géographique ? Il faut être vigilant au maintien de l’outil à Rouen.

Commentaire :

     Ils ont beau jeu, les portuaires rouennais, d’évoquer la congestion des dessertes routières autour du port du Havre, eux qui contrarient le transfert de trafic de la route vers le rail en empêchant le désenclavement ferroviaire dudit port vers le sud !…

     Et, en plus, ils voudraient s’accaparer la majeure partie des retombées commerciales du trafic de conteneurs du premier port français pour ce trafic !... Si ça ne s’appelle une déclaration de guerre implicite, qu’on me dise ce que c’est…

Pourquoi certains projets rouennais semblent scotchés ou à tout le moins avancer au ralenti. Je pense à Alizay ou aux extensions autour de Radicatel ?

En matière portuaire, certains projets peuvent aller très vite, d’autres moins voire être enterrés. Il faut davantage de concertation entre privé et public. Ce qui, je le répète, est l’un des objectifs prioritaires de l’UPR, un ensemble de plus de 120 entreprises, bien organisées, bien structurées et soucieuses d’être un acteur positif avec ses interlocuteurs privilégiés, le port, la région et la métropole, avec l’objectif de participer aux réflexions pour le développement sans oublier ce qui a déjà été fait.

Vincent Rogé

Jeudi 22 Novembre 2018