Mardi 3 décembre 2019, à l'auditorium du musée des Beaux arts de Caen, enceinte du château ducal, Landry Lefort, fondateur des éditions de l'Athènes normande, nous proposait une intéressante conférence publique sur la vie et l'oeuvre d'Arcisse de Caumont (1801-1870) dans le cadre de notre séminaire "Normandie" de l'université populaire de Caen.

Cette conférence est en deux parties: la première, qui a eu lieu, donc, le 3 décembre dernier, a retracé le parcours intellectuel passionnant d'Arcisse de Caumont en tant que père véritable de l'archéologie monumentale médiévale et initiateur des politiques publiques de protection des monuments historiques.

Le 14 janvier 2020, la seconde partie sera consacrée à l'aspect le moins connu et le plus original des activités d'Arcisse de Caumont qu'il faut aussi considérer comme l'un des pionniers de la renaissance régionale sinon régionaliste en France après la Révolution française. Arcisse de Caumont, père d'une certaine forme de décentralisation locale et régionale...

Landry Lefort nous a aimablement donné l'autorisation de publier sur l'Etoile de Normandie, en guise de compte-rendu, le texte de sa conférence à consulter ci-après:

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Commentaire de Florestan:

Après cette conférence qui a beaucoup intéressé le public présent désireux d'en savoir plus sur l'un des grands oubliés célèbres de l'histoire normande, la discussion générale fut animée, abordant de nombreux sujets...

On en retiendra deux:

1) La position du normand Arcisse de Caumont dans les questions intellectuelles de son temps, notamment celle du romantisme et de l'influence évidente du contre- modèle culturel anglais pour penser le traumatisme de la Révolution française et de l'Empire: il a été précisé que ce fut Germaine de Stael, qui fut à l'origine de la toute première armature intellectuelle du romantisme entendu comme un anditote d'enthousiasme face au monopole des Lumières françaises qui sont celles d'un rationalisme desséchant les âmes individuelles et collectives (cf. le chapitre "de l'enthousiasme" du livre 2 de l'essai de Germaine de Stael sur l'Allemagne qui passionnera la première génération des romantiques européens).

2) La terminologie utilisée par les savants et les érudits décrivant l'art de bâtir du Moyen-âge:

Le terme de "gothique", au départ dévalorisant, fut utilisé et généralisé à partir du XVIIe siècle pour mieux opposer le Moyen-âge et la Renaissance italienne à l'antiquité gréco-romaine... La chose s'est aggravée au XVIIIe siècle passionné par le "néo-classique" notamment romain, tout particulièrement en France alors qu'en Angleterre, dès 1750, un "gothic revival" d'abord littéraire (dans le roman) se développe. Après 1815, cette mode anglaise débarque définitivement en France (par la Normandie) et lance la nouvelle passion romantique pour le Moyen-âge en faisant du "gothique" un terme valorisé.

Pour ce qui est du terme pour qualifier l'art de bâtir médiéval précédant l'époque "gothique, la réflexion fut particulièrement intense dans l'aire anglo-normande puisque dès la fin de la guerre de Sept ans (1763), des touristes anglais venaient visiter les monuments normands (abbayes, cathédrales, châteaux, tapisserie de Bayeux) pour les comparer aux monuments de leur pays: l'expression de "norman art" ou d'art normand vint assez rapidement, dès le XVIIIe siècle. Mais au XIXe siècle avec la généralisation des études comparatives et monumentales, le terme plus générique et moins spécifique d'art "roman" ou "romanesque art" fut préféré pour spécialiser l'appelation "art normand / norman art" au seul domaine anglo-normand des XI et XIIème siècles.

Mais le plus intéressant est de tenter de savoir par les sources historiques disponibles des XI et XIIIeme siècles comment les contemporains de l'époque médiévale pouvaient nommer l'art de bâtir de leur pays. La recherche historique depuis Arcisse de Caumont a ainsi mis en évidence que nommer l'art de bâtir avait déjà une importance, d'autant plus importante qu'elle confinait au symbolique et à la lutte d'influence politique.

A la toute fin du XIIe siècle, on distinguait en effet très clairement un "opus normanorum" auquel s'oppose un "opus francigena", un "art des Normands" auquel s'oppose un "art français" (qui est le vrai nom du "gothique") car cette opposition traduit symboliquement dans la pierre l'opposition politique entre la dynastie des Plantagenêts anglo-normands qui dominaient dans tout l'Ouest de la France et la dynastie des Capétiens déjà centrée sur Paris...

Et nous savons tous comment cette histoire s'est terminée...