1786... Année bénie dans le règne de Louis XVI qui finira, comme tout le monde le sait, coupé en deux par la guillotine révolutionnaire du Destin, tué, sacrifié comme une victime expiatoire afin d'établir un nouveau régime politique sur la mort de l'ancien:

Louis XVI a été finalement condamné à mort moins pour le chef d'accusation de haute trahison (après la malheureuse aventure de Varennes) que parce qu'il fut paralysé par son devoir de roi très chrétien face à une Révolution qui n'avait rien de laïque en ce qu'elle voulait remplacer l'antique religion chrétienne par la nouvelle religion de la Raison et de l'Etre suprême. Cela empêcha Louis XVI d'être le souverain d'un Etat qui lui était devenu étrange sinon étranger. Le seul vrai sujet sur lequel Louis XVI tenta d'avoir prise sur les événements révolutionnaires fut celui de s'opposer à la mise en place d'une église catholique constitutionnelle et nationale formée d'un clergé de fonctionnaires de l'Etat car il savait que cette innovation aussi idéologique qu'inutile allait être un terrible ferment de guerre civile: Louis XVI avait vu juste.

L'autre devoir qui paralysa ce roi qui fut, aussi, un honnête homme du Siècle des lumières, était qu'il refusa de faire tirer sur son peuple et sur le peuple révolutionnaire de Paris: s'il l'avait fait, il serait alors devenu un tyran comme tous les autres en rétablissant provisoirement la solidité de son trône avec le sang du peuple. Mais il est vrai que Louis XVI ne sut ni ne put imposer les réformes qui auraient été nécessaires pour éviter qu'une énième émeute contre la cherté des grains après un été pourri et un hiver trop froid ne se transforme en Grande révolution. Au contrôle général des finances, Necker (le père de Madame de Staël) avait eu de bonnes idées de réformes... Trop bonnes hélas pour avoir eu l'heur de plaire aux puissantes cotteries dont bruissait la Cour de Versailles: il est vrai qu'il était question de mettre les aristocrates à l'impôt!

Cette impuissance politique de Louis XVI qui avait tant attristée et déçue notre Charlotte Corday, finira par en faire un roi martyr: d'abord au sens grec du terme, à savoir, un témoin qui ne ne sera jamais réellement un acteur de la Révolution. Enfin, au sens chrétien du terme lorsqu'il fit preuve d'un courage admirable durant tout son procès jusqu'à son exécution capitale sur l'échaffaud, en ce triste jour de janvier 1793 en laissant derrière lui une femme qui fut reine de France et un petit enfant qui fut, à la fois, le dernier Dauphin de France de l'Ancien régime mais aussi le dernier... duc de Normandie.

Ce petit enfant, innocente victime de l'Histoire, mourut dans des circonstances pour le moins affreuses et indignes!

https://actu.fr/normandie/rouen_76540/histoire-etait-dernier-duc-normandie-louis-xvii_29093583.html

Louis_Charles_of_France5-500x613

Revenons à cette année 1786, année d'une bienheureuse escapade normande du Roi hors de Versailles et qui fut pour Louis XVI un très grand succès populaire. Les populations normandes réservèrent, en effet, un accueil triomphal à Louis XVI partout où il passa et si Louis XVI avait eu plus de génie politique, il aurait pu répéter pour chaque province de France ce pélerinage célébrant une union nationale entre les sujets de France et leur roi: ainsi Louis XVI n'aurait pas eu le besoin de tenter de fuir hors du pays pour n'être plus le jouet d'une Convention dominée par le parti jacobin de Paris. La Vendée ainsi que tout l'Ouest de la France étaient prêts à le recevoir. Mais Louis XVI n'avait pas davantage l'étoffe d'un chef de guerre pour vaincre dans une nouvelle guere civile à l'instar de son ancêtre Henri IV...

Bref! en ce 21 janvier 2020, on retiendra que Louis XVI aimait beaucoup les Normands depuis son voyage de 1786...

Et depuis ce jour funeste du 21 janvier 1793, le fantôme du roi rôde au dessus du corps politique de la France qui mit plus d'un siècle à se trouver une forme à peu près stable. Emmanuel Macron et avant lui le Général de Gaulle, le fondateur de l'actuelle monarchie républicaine élective, ont noté que "la place du roi demeure vide" et ce d'autant plus lorsqu'on s'essaye, avec maladresse, de l'occuper!

louis-xvi


 Pour en savoir plus:

https://actu.fr/normandie/cherbourg-en-cotentin_50129/histoire-parenthese-enchantee-louis-xvi-decouvre-mer-voyage-normandie_19363429.html

À la différence de son aïeul, le Roi-Soleil, Louis XVI a peu voyagé dans son royaume. C’est donc un événement quand en 1786, il décide de traverser la Normandie pour aller voir les travaux du port de Cherbourg (Manche). Le succès populaire de cette escapade normande de huit jours, ne laisse pas présager la chute prochaine de la monarchie.  

09-854x488

Un voyage express et peu discret

5 h 15. Château de Rambouillet. En ce 21 juin 1786, le cortège royal s’élance en direction de la Normandie. La Cour n’est pas du voyage au grand bonheur de Louis XVI mal à l’aise au milieu des courtisans. Même réduit, le convoi ne passe pas inaperçu. Il comprend près de cent chevaux pour tirer les quelques berlines et cabriolets et transporter les gardes du corps, les officiers de bouche, les valets de chambre et les pages.

Au fur et à mesure de la route, les craintes du souverain s’envolent. On lui avait décrit les Normands comme réservés. Ils sont au contraire enthousiastes à son passage : acclamations et vivats saluent le cortège.

L’Aigle, Verneuil-sur-Avre, Argentan, Falaise : les kilomètres défilent. Le soir, Louis XVI est déjà arrivé à Thury-Harcourt (Calvados) en Suisse normande. Le lendemain, il parvient à Cherbourg alors que la nuit tombe.

Pas de temps à perdre. Après avoir dormi quelques heures, le roi descend jusqu’au port où il s’apprête à vivre un moment inoubliable.

Première expérience marine

En ce matin du vendredi 23 juin, Louis voit pour la première fois la mer. Car, depuis le début de son règne, il n’a jamais voyagé jusqu’aux rivages de son royaume : il s’est principalement déplacé entre ses différents palais d’Île-de-France, notamment Versailles.

Imaginons les sensations nouvelles du souverain devant la Manche : l’air iodé qu’il respire à pleins poumons, le fracas des vagues contre les rochers, les cris des mouettes qui volent au-dessus de sa tête.

Non seulement Louis découvre la mer, mais il fait sa première sortie en bateau. Il peut ainsi voir au plus près l’avancée des travaux titanesques. Cherbourg accueille l’un des plus grands chantiers de son règne. Une digue longue de quatre kilomètres doit enfermer la baie au large. Cette construction s’appuie sur la mise en place de 90 cônes en charpente, lestés de pierres. Quatre forts défendront la rade ainsi créée.

LIRE AUSSI : Histoire. France-Angleterre : la guerre sur mer aux XVIIe et XVIIIe siècle, en Normandie

Le navigateur sur papier

Le lendemain, 24 juin, le programme consiste en une revue navale. Louis embarque donc sur le Patriote, un vaisseau portant 74 canons. Louis se montre très intéressé par la visite. Il questionne, fait des remarques, observe. Et ce n’est pas par politesse. La mer passionne cet homme qui ne l’a pourtant jamais vue. Ses connaissances sont principalement livresques. Longtemps, il s’est contenté de lire des traités maritimes, des cartes marines ou de regarder des modèles réduits de bateaux évoluer sur le grand canal de Versailles.

À bord du Patriote, il peut vivre une expérience de marin et échanger avec des gens du métier. Tout cela, heureusement, sans que le mal de mer l’indispose… au contraire de quelques-uns de ses accompagnateurs. De la visite royale, l’équipage en sort charmé.

Le dernier voyage

Sur le quai, les habitants attendent le retour de Louis XVI. À son arrivée sur la terre ferme, les clameurs s’intensifient : « Vive le roi ! ». Ému, le monarque répond : « Vive mon peuple ! » Les Normands sont conquis. Les inspections continuent le lendemain. Habituellement si timoré au milieu de la cour, Louis XVI se montre à l’aise parmi les humbles, les soldats et les marins.

C’est donc avec regret qu’il quitte Cherbourg à l’aube du 26 juin. Une parenthèse enchantée dans son règne. Il ne fera plus d’autres voyages en province. Sauf, cinq ans plus tard. La France est alors en plein Révolution. Les circonstances n’ont plus rien à voir. Incognito, le roi tente de fuir le pays. On connaît l’issue fatale : reconnu, il est arrêté à Varennes et ramené à Paris. Un retour bien plus sombre que son escapade normande.


 Lire ci-après, le compte-rendu intégral de l'escapade normande de Louis XVI:

Le Voyage de Louis XVI en Normandie, 21-29 juin 1786, Textes et documents réunis par J.M. Gaudillot, préface de Charles H. Pouthas

https://www.persee.fr/doc/rhmc_0048-8003_1970_num_17_2_2074_t1_0323_0000_1