Ce n'est pas parce qu'il fallait réunifier le cadre du jeu normand (la région, l'académie) qu'il faille, pour autant, fusionner tous les acteurs.

Sur l'Etoile de Normandie nous avons dit et redit qu'il ne fallait pas confondre réunification et fusion voire fusion et... confusion!

Il y a trois universités en Normandie parce qu'il y a trois grandes villes et agglomérations susceptibles d'accueillir les jeunes Normands qui veulent se construire un avenir intellectuel et professionnel grâce à l'enseignement supérieur tout en restant dans leur région. Il y a trois universités qui correspondent à trois histoires et trois identités universitaires bien différentes.

L'université de Caen est, certes, la plus ancienne, la plus vaste et la plus prestigieuse des trois universités normandes ce qui n'enlèvent rien aux universités de Rouen Mont-Saint-Aignan ou du Havre.

index

Cette lubie quantitative plus que qualitative de fusion entre les universités de Caen et de Rouen outre qu'elle laisse de côté celle du Havre qui est la plus petite des trois, risque surtout de détruire ce qui fonctionne bien dans la Normandie de l'enseignement supérieur et de la recherche, à savoir la Communauté universitaire et d'établissements (COMUE) héritière elle-même du PRES et d'une tradition de coopération normande inter-établissements dont les prémices remontent au Pôle Universitaire Normand (PUN) créé en 1998 alors que la Normandie n'était pas encore rétablie dans son unité. A l'époque, les universitaires normands étaient à l'avant-garde avec, notamment, la mise en place d'écoles doctorales communes.

7202949

Archive: http://normandie.canalblog.com/archives/2006/10/02/2816561.html

L'annonce de la fusion universitaire entre Caen et Rouen voulue par leurs présidents respectifs (Pierre Denise et Joël Alexandre) a d'ailleurs contribué à destabiliser sinon à ruiner le bon fonctionnement de la COMUE normande.

Archive: http://normandie.canalblog.com/archives/2019/12/12/37861478.html

Enfin, s'il s'agit de lutter contre la fuite des jeunes cerveaux normands qui est, hélas, incontestable (on estime qu'au moins 5000 post-bac normands fuient notre région chaque année), il faudrait que le remède ne soit pas pire que le mal:

La Normandie de par sa géographie régionale urbaine dispose d'un atout précieux. Trois grandes villes au lieu d'une seule et une ville de 10000 habitants tous les 30 km qui permettent de créer une politique publique de l'enseignement supérieur de proximité plus favorable à la réussite des étudiants qu'un grand machin où les complexités d'organisation et de mobilité risqueraient de l'emporter sur l'essentiel: c'est, précisément, la relative simplicité, la proximité et le cadre de vie agréable pour un coût de la vie modique proposés par nos trois villes universitaires normandes qu'il faudrait valoriser et mettre en avant en terme d'attractivité ainsi que le réseau des IUT déjà développé dans les autres villes normandes notamment dans la Normandie de l'Ouest.


 Lire ci-après:

https://actu.fr/normandie/mont-saint-aignan_76451/la-reunion-entre-etudiants-president-sur-fusion-universites-tourne-court-rouen_31647525.html

La réunion entre des étudiants et le président sur la fusion des universités tourne court à Rouen

Vendredi 21 février la réunion entre le président de l'Université de Rouen Normandie et des étudiants sur la fusion des universités, s'est très vite terminée. Précisions.

vlcsnap-2020-02-21-16h55m40s891-768x432

À 8h30 vendredi 21 février 2020, Joël Alexandre, le président de l’université de Rouen (Seine-Maritime), pensait recevoir des étudiants et doctorants pour une réunion sur la fusion des universités de Rouen et Caen (Calvados). Mais, il ne s’attendait vraisemblablement pas à ce que cette réunion tourne court aussi rapidement. Alors qu’il venait d’ouvrir la porte, un membre du groupe a dégainé une lettre ouverte surprise – contenant les revendications des étudiants – pour l’exposer au président. Un « coup de théâtre » que ce dernier n’a pas apprécié. 

Lire aussi : Retraites : la présidence de l’Université de Rouen bloquée par une centaine de manifestants

Un acte « très théâtral » pour le président de l’université

La façon de procéder des étudiants réunis vendredi matin pour ce qui devait être un débat autour du sujet de la fusion des universités n’a pas été du goût du président. Ce dernier a juge immédiatement la scène « très théâtrale » et impropre au « débat ».

Mais pour Alexis, le lecteur de la lettre, il s’agissait purement et simplement du « meilleur moyen » pour exposer leurs revendications :

On a déjà eu une réunion avec lui et ce n’était vraiment pas top… Il n’y avait pas de débat et ses réponses n’étaient pas du tout claires. Aujourd’hui, on ne sait toujours pas à quelle sauce on va être mangé sur cette question de fusion.

Le président claque la porte

 Alors que ce dernier, doctorant en philosophie lisait cette « lettre ouverte » portée par « l’assemblée générale de l’université de Rouen », le président a rapidement dénoncé un « coup de théâtre ». À chaud, il a claqué la porte au nez des étudiants et doctorants avant de ressortir et de feindre de les ignorer en marchant dans les couloirs. Une réaction qu’il a justifiée par la « tromperie », dont il déclare avoir été victime : 

J’ai accepté de les rencontrer pour qu’on instaure un débat. Je suis totalement ouvert au dialogue et prêt à écouter leurs craintes. Mais là, on n’était pas dans un lieu de débat.

Lire aussi : Ces docteurs et doctorants de Rouen, « travailleurs invisibles », dénoncent leur précarité

  • Retrouvez le direct Facebook assuré par les étudiants au cours de la lecture de cette lettre:

https://www.facebook.com/Universit%C3%A9s-Rouen-en-Lutte-2076371262577632/

Des incompréhensions et « un manque de transparence »

Pour les étudiants et précaires de l’ESR (Enseignement Supérieur et de la Recherche), leurs craintes d’une fusion se portent principalement sur la place des formations dans ce nouveau système. « Des filières vont elles déménager à Caen ? Est-ce qu’on aura des formations à cheval entre Caen et Rouen ? Les enseignants devront-ils travailler d’un site à l’autre ? », autant de questions auxquels les étudiants disent n’avoir obtenu « aucune réponse claire ». 

Lire aussi : Vers une fusion des universités de Rouen et Caen pour janvier 2022

De son côté, Joël Alexandre soutient : « Ça ne changera pas grand chose. Au lieu d’avoir deux instances différentes (Rouen et Caen, NDLR), il n’y en aura plus qu’une seule. Au lieu d’avoir deux présidents, il n’y en aura plus qu’un seul. » dit-il avant de préciser que les classes trop peu nombreuses des deux universités seront « communes » à « un même site ».

Pour une étudiante présente pendant la lecture de la lettre, si ce rapprochement des deux facultés était « une bonne solution, on pourrait l’entendre » :

Mais là, c’est fait discrètement… Il n’y a aucune communication et un gros manque de transparence sur ce sujet. Quand on en parle avec d’autres étudiants, la plupart du temps ils ne sont même pas au courant…

Pour l’heure, le projet de fusion est encore en discussion. Il devra attendre les prochaines élections à la présidence des deux universités de Normandie. À Rouen, c’est au mois de mai que le successeur de Joël Alexandre prendra ses fonctions. À moins qu’il assure lui-même sa suite. Mais on en « n’est pas encore là « , assure-t-il. Ce qui reste sûr, c’est que « le projet sera porté » avec ou sans lui.


 Commentaire de Florestan:

Contrairement au président universitaire interpellé, nous avons écouté jusqu'au bout la lecture de la lettre ouverte faite par cet étudiant contre le projet de fusion universitaire dont nous partageons tous les arguments, notamment celui d'une promotion des universités normandes par la proximité. En revanche,  si les auteurs de ce texte fort clair et bien écrit s'étaient réellement informés de la question régionale normande ils n'auraient pas suggéré l'idée que la fusion régionale normande n'est qu'un projet  "big is beautiful" parmi d'autres sur lequel "singer" une fusion comptable au profit d'un projet quantitatif... 

Ils auraient, comme nous, dénoncé une instrumentalisation de la "fusion" normande pour justifier, ailleurs, des fusions comptables...

"Singer la fusion entre la Haute et la Basse-Normandie" disent-ils... Ils ont raison et la formule est bonne.

Mais la fusion normande n'était pas une singerie. Elle correspondait à une urgence de nature géo-politique, économique, sociale et culturelle: ce sont d'ailleurs les enseignants chercheurs en géographie de l'université de Rouen Mont-Saint-Aignan qui se sont chargés de le dire publiquement, à partir des années 2010, préparant en cela un précieux chemin intellectuel vers le retour à l'unité normande.

En conséquence, ils auraient pu aussi, avec force, rappeler à Joël Alexandre et plus encore à Hervé Morin, partisan historique de l'unité normande qu'ils font, précisément sur ce sujet, une erreur d'analyse et que le développement d'un fédéralisme régional dans l'enseignement supérieur et la recherche à la tête d'un réseau de proximité serait le meilleur outil pour lutter contre l'un des pires passifs laissés par la division normande, soixante années durant, à savoir: le retard socio-scolaire ou dans le sous-développement de la recherche et de l'enseignement supérieur dans notre région.

Bref! au lieu de tout fusionner, privilégions la proximité à Caen, Rouen et Le Havre ainsi que dans les autres villes normandes...


 Exemple à Caen avec l'implantation d'une future école d'ingénieurs (on appréciera l'argumentaire à la fin de cet article...)

https://actu.fr/normandie/caen_14118/lisen-future-ecole-dingenieurs-caen-sera-construite-sur-presquile_31763594.html

L’ISEN, la future école d’ingénieurs de Caen sera construite sur la presqu’île

vue-du-nouveau-bassin-de-caen-isen

Une école d'ingénieurs (ISEN) spécialisée dans le numérique va s'implanter sur la presqu'île à Caen (Calvados). Son emplacement a été dévoilé mercredi 26 février 2020.

La presqu’île de Caen (Calvados) accueillera un nouveau bâtiment, d’ici 2024. L’ISEN, une école d’ingénieurs spécialisée dans le numérique, fera son apparition à la place du parking situé derrière le tribunal et la meunerie Axiane. L’information a été révélée par les porteurs du projet, mercredi 26 février 2020.

Un coût de 20 millions d’euros

Le coût du bâtiment est estimé à 20 millions d’euros. Il sera financé par le Conseil régional et la Communauté urbaine de Caen la mer. C’est la société SHEMA qui assurera la construction de l’édifice.

Lire aussi : Près de Caen, l’école du numérique IMIE ferme ses portes, les étudiants en rade

Pour le moment, on ne sait pas encore à quoi va ressembler le bâtiment. Bien que la formation des futurs étudiants débutera dès la rentrée de 2020, il faudra attendre 2024 pour voir le bâtiment sortir de terre. En attendant, les 96 élèves attendus en septembre, iront dans les locaux de l’institution Saint-Marie à Caen. Les pré-inscriptions ont commencé sur Parcoursup.

Garder les étudiants dans la région

« Le modèle c’est Brest où 80 % des étudiants de l’école restent travailler en Bretagne », souligne Jean-Loup Monier, président d’Yncréa OUEST. En Normandie, ils sont nombreux à quitter la région. « Au niveau MASTER, ils sont 3 000 à partir chaque année », avance Hervé Morin, le président de la région. Il estime « qu’il n’y a pas assez de matière grise qui reste en Normandie ». La construction de l’école pourrait être une des solutions de l’équation.