L'intérêt pour le patrimoine artistique, culturel ou architectural régional et national ne faiblit pas dans la société civile française contrairement à nos élites publiques politiques et administratives qui, craignant on ne sait quel repli passéiste ou "identitaire", préfèrent s'en détourner pour livrer notre beau pays à la standardisation d'une banalisation mondialisée aussi laide que médiocre au nom de la nouvelle religion du progrès et de la modernité:

On ne va pas, tout de même, s'encombrer éternellement de tous ces vieux rossignols qui ne chantent plus puisqu'ils remontent à des époques révolues où les gens croyaient encore en Dieu, comme des enfants croyant au Père Noël avec des coutumes et traditions archaïques sinon étranges qu'on ne saurait tolérer que derrière les vitrines blindées de nos musées parisiens plus enclins, d'ailleurs,  à exposer le foklore lointain de peuples dits "premiers" que le nôtre dans une sorte d'ultime repentir post-colonial.

Comme une vielle à roue normande du XVIIIe siècle n'intéressera jamais les conservateurs du FRAC Normandie (pour Fonds Régional d'Art Contemporain) à moins d'en faire un ready made duchampien ou un trophée exotique stimulant une révolution artistique pour notre temps à l'instar des masques arrachés à leurs racines africaines dans les années 1920, la société civile normande doit se mobiliser pour sauver cet instrument de musique pour qu'il puisse être conservé dans le meilleur état possible (et en faire une copie à l'identique pour faire, à nouveau, de la musique). Voire, qu'il soit possible d'en faire une restauration intégrale et scrupuleuse pour que cet instrument puisse sonner à nouveau.

C'est important car le patrimoine musical de nos régions est, ces derniers temps, fort mal considéré par des tutelles publiques qui ne jurent que par les musiques dites "du Monde" (sauf du nôtre) ou par les musiques dites "Actuelles" (à l'exception de toutes les autres époques) au nom d'une idéologie jeuniste et molle qui ne s'assume pas elle-même en se croyant anti- élitaire au risque de nous conduire dans un je m'en foutisme général.

C'est ainsi que dans une indifférence quasi générale, une manufacture pourtant séculaire d'instruments à anches (hautbois et clarinettes) a fermé ses  portes en 2012. Elle était établie à la Couture-Boussey, petit village de l'Eure du bassin "Couturiot" qui s'est spécialisé dans la facture instrumentale depuis près de 400 ans et qui est aussi la patrie de l'un des plus grands compositeurs français du XVIIIe siècle, le flûtiste Jacques-Martin Hotteterre (qui se souvient de lui?)

En 2012, l'Etoile de Normandie avait dénoncé cette indifférence consternante à l'égard de notre patrimoine musical normand:

http://normandie.canalblog.com/archives/2012/11/08/25534134.html

Espérons que le sort de la vielle à roue dont il est question désormais sera différent grâce à notre mobilisation collective. Voici donc le message que la rédaction de l'Etoile de Normandie a reçu de l'association Le Pucheux:


 

Bonjour,
L'association Le Pucheux dont le but est de promouvoir l'histoire, la langue et les traditions normandes, souhaite sauvegarder une vielle à roue du 18e siècle fabriquée pour un Normand, écuyer du roi Louis XV.
Vous trouverez en pièce jointe toutes les explications sur notre projet et sur l'instrument.
Nous espérons que vous serez sensibles à la conservation de ce patrimoine et que vous serez généreux.
Faites en part en transférant à vos amis et connaissances.
En vous remerciant à l'avance,
Sincères salutations normandes,
Denis Ducastel
Président de l'association Le Pucheux
06.21.87.70.35

 

 SAUVONS UNE VIELLE A ROUE exceptionnelle du 18e siècle possédant les armoiries d’un Normand, écuyer du roi

Une magnifique vielle ancienne du luthier Melling à Paris est à vendre sur Rouen. Réalisée pour un Normand, Louis-Jean-Baptiste Le Trésor de Fontenay de Vauville, vers 1750, elle fait partie de notre patrimoine régional. La Normandie se doit de sauvegarder cet instrument de musique d’exception pour qu’il reste en Normandie et ne disparaisse pas, par exemple, à l’étranger dans des pays friands de nos antiquités pour terminer sans intérêt, au-dessus d’une cheminée.

Le souhait de l’association Le Pucheux, est de conserver ce patrimoine unique dans des lieux appropriés et qu’il puisse revivre lors de manifestations
musicales. Son prix est en rapport avec la qualité de sa lutherie, de sa décoration, de son ancienneté. L’association Le Pucheux a quelques
fonds mais ne peut malheureusement financer à elle seule, sans votre aide, l’achat de cet instrument sans mettre en péril les finances de sa trésorerie. Le prix demandé de cet instrument est de 9 000 euros.

C’est pourquoi nous avons besoin de votre aide. Nous connaissons un luthier compétant en restauration de vielles anciennes qui est prêt à la remettre en état de jouer. Pour toute aide financière, nous vous offrirons à parution, le numéro hors-série « Spécial Vielle en Normandie » de la revue "Le Pucheux", qui sera complété et réédité en couleur fin 2018, et, pour un don de plus de 100 €, vous recevrez une invitation à un concert que nous organiserons accompagné d’une exposition d’instruments de musique populaire une fois que la vielle Melling sera restaurée. Chaque donateur sera tenu informé de l’évolution de l’acquisition, de la restauration, puis la possibilité de voir et d’entendre cette oeuvre d’art par des expositions temporaires dans des musées et autres lieux de Normandie ou d’ailleurs. Soyez généreux. Merci d’avance.

LA VIELLE MELLING du XVIIIe siècle

Description : Cette vielle à roue est de forme ronde que l’on appelle aussi bateau. Elle est en bois fruitier avec de nombreuses incrustations d’ivoire, de nacre et d’ébène. Les décors représentent des trophées aux instruments de musique, de fleurons et d’arabesques. Le chevillier porte des armoiries sommées d’une couronne de comte. Le chevillier est terminé par une tête de femme sculptée en ivoire aux yeux en sulfure et ornée d’un collier de strass. La roue en bois clair est décorée d’un genre de rosace. Elle est signée « Melling à Paris ». Longueur 63 cm - largeur 28 cm.

Particularités exceptionnelles :

Outre les superbes incrustations des décors du couvercle et du cache-roue, la grande originalité jamais retrouvée sur aucune vielle ancienne ou récente, réside dans le positionnement des clés sur le côté du chevillier (comme un violon) et non sur le dessus comme toutes les vielles, pour laisser apparaître la sculpture des armoiries du propriétaire. Il est très rare de trouver dans une vielle de commande de cette époque, la marque du musicien pour qui la vielle a été fabriquée.

Fait rare également, le clavier n’est pas collé entièrement sur la table, mais repose sur six points d’appui qui laisse apparaître des trous d’ouïes à deux endroits, tout ceci pour une meilleure sonorité. Rappelons la tête de la vielle en ivoire, ce qui est assez exceptionnel (habituellement l’ivoire est réservé à la poignée pour les vielles de qualité). Cette vielle possède encore son boîtier d’origine en cuir, ce qui est aussi unique.

Le luthier :

Nicolas Melling était d’origine strasbourgeoise. Il s’était établi à Paris. Il était installé rue Froidmanteau ou Fromenteau attesté en 1750 et 1763, puis place du Louvre à l’enseigne « A la belle Vielleuse », rue des Orties, galerie du Louvre en 1771. Il se fit aussi une réputation dans la facture spéciale de vielles organisées. On peut voir une autre vielle Melling de 1750 (plus sobre) au Musée de Grasse (à voir sur le site en tapant : « vielle à roue musée de grasse »).

Le destinataire :

Cette vielle d’exception, par ses armes, était destinée à Louis-Jean-Baptiste-Marie Le TRESOR de FONTENAY de Vauville, écuyer, né le l7 septembre 1733 et reçu page du roi dans sa petite écurie le 18 octobre 1747. Famille originaire de Normandie, élection de Bayeux.

Restaurations nécessaires :

Le clavier est décollé de la table d’harmonie. Sur le front de la femme, manque un diadème peut-être ressemblant au collier. Il manque un petit morceau
de nacre sur le cache-roue et peut-être un système de changement d’accord de la trompette (La trompette est la corde posée sur un chevalet mobile qui permet de donner le rythme musical en donnant des à-coups sur la poignée de la vielle). Des côtes ne se joignent plus à deux endroits et une côte près de la manivelle est enfoncée. Un recollage complet de la vielle est à prévoir.
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Chèque à l’ordre du Pucheux, 84, rue du Moulin de la Nation, 76690 Fontaine-le-Bourg. Si l’acquisition de cette "Vielle Melling" ne pouvait se faire, nous vous restituerions le montant de votre don.

L’association Le Pucheux :

Le Pucheux est d’abord une revue sur l’histoire, la langue et les traditions normandes fondée en 1978. L’édition est complétée par la publication de livres sur les mêmes thèmes depuis 20 ans. L’association s’intéresse également à la musique traditionnelle par l’insertion dans sa revue, de collectages de musiques et chants normands et de la publication d’un numéro spécial « Vielle en Normandie » paru en 1978, complété et réédité en 1995 et qui le sera à nouveau en 2018. L’autre but de l’association est la défense du patrimoine et la promotion de la Normandie qui s’est concrétisé par cinq expositions (dont une sur les instruments de musique populaire), des excursions, six bals folks, et surtout "Le Salon du Livre normand" pendant 25 ans. Tous les ans, Le Pucheux participe à la Fête de la Langue normande (Jersey, Guernesey ou Normandie continentale) au son de la chifournie, nom normand de la vielle à roue.